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Chronique

Critique de la critique

En paraphrasant Emmanuel Kant, ce qui, cela dit en passant, n’est pas rien, il existe dans notre société comme une critique de la faculté de critiquer, ou plus précisément celle du droit de critiquer. Et pourtant, nous serions tous d’accord que la critique est nécessaire pour faire avancer le monde.

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Si on parlait comme les jeunes d’aujourd’hui ou comme quelques-uns de nos politiques et décideurs (j’y reviendrai), E. Kant aurait passé sa vie à faire de la critique. Oui, ils pourraient être réducteurs, même à l’égard de Kant. Après tout, «chkoun ghadi ykoun ga3, had Kant!». Pour les francophones, la traduction pas littérale serait : «Il se prend pour qui ce Kant ?!».
C’est vrai que ses trois œuvres majeures ont été consacrées chacune à la critique de quelque chose. Le bougre. La «Critique de la faculté de juger», publié en 1790 (apr. J.-C.), est le troisième ouvrage d’une série qu’il avait commencée par la «Critique de la raison pure» suivi par la «Critique de la raison pratique».
Et pourtant, Kant a influencé des penseurs qui ont façonné la pensée occidentale pendant très longtemps, et encore. Pour les plus connus d’entre eux, on trouve Friedrich Hegel, Arthur Schopenhauer, Charles Sanders Peirce, Edmund Husserl, Martin Heidegger, Jean-Paul Sartre, Hannah Arendt… La liste est loin d’être exhaustive. Dans nos contrées, il a inspiré Mohamed Abed Al-Jabri pour sa «Critique de la raison arabe» ou Mohamed Arkoun pour sa «Critique de la raison islamique».

Qu’en est-il du statut de la critique chez nous ?
À présent, revenons à nos moutons. Qu’en est-il du statut de la critique chez nous ? Jusqu’à quel point est-elle acceptée par ceux qui la reçoivent ? La question peut être encore plus générale et plus philosophique, dans le sens où accepter la critique est partie prenante de l’éthique du débat public. Pour autant qu’il y en ait un, véritable, et que les conditions de son existence existent (pardon pour la redondance) et sont garanties par la loi, la société et l’État. Une grande question pour une petite chronique. Si cela provoque une amorce pour un début de réflexion, ce sera gagné.
Car accepter la critique devrait être un devoir et une culture de la part de ceux qui sont chargés de missions publiques payées par de l’argent public, tout comme eux-mêmes d’ailleurs. Cela s’appelle la reddition des comptes. La démocratie ne sort pas de nulle part, des moments d’évaluation sont importants pour son ancrage et son maintien. Car, toujours, la question au final est celle de la durabilité. L’action et son évaluation, et donc sa critique, sont forcément cycliques si on veut avancer. Bien entendu, il y a critique et critique. Des critiques négatives, positives, constructives, systématiques, nihilistes, gratuites…

Accepter la critique, un devoir démocratique
De la part de ceux qui émettent de la critique, ce serait intéressant qu’une bienveillance la précède pour qu’elle soit constructive et qu’elle soit destinée à faire améliorer les choses. Et donc, que la critique soit également accompagnée d’une autocritique afin d’améliorer sa propre critique pour qu’elle serve véritablement l’amélioration de la chose publique. Il faut suivre ! Hihi.
Du côté de ceux à qui la critique est destinée, une culture d’acceptation de cette critique, quand elle est constructive, est requise. Psychologiquement, socialement, politiquement et démocratiquement. Il ne sert à rien de traiter systématiquement ceux qui émettent des critiques de nihilistes. L’on ne peut pas obliger tout le monde à voir le verre à moitié plein.Le dithyrambe ne permet pas à lui seul d’avancer. Il faudrait faire la place à tout le monde. Nous sommes tous des Marocains. Et il n’y a pas de moyen pour décréter qui des thuriféraires ou des critiques seraient les plus patriotes. Nous pouvons critiquer la gouvernance d’un pays parce que, justement, nous l’aimons. Et que nous voudrions qu’il s’améliore dans la bonne direction. Parce qu’il le mérite et nous le méritons. La Culture est la Solution.