Chronique
Cette inconsolable tribu des «Il-n’y a-qu’à» !
Ce qui a été réalisé en 25 ans est d’ores et déjà éblouissant en termes d’amplitude comme en transversalité. Rendez-vous est déjà pris avec l’émergence en 2030. Continuez à déconner, le Royaume, lui, décolle !
L’opposition partisane, notamment de gauche, étant en hibernation chronique, sinon dans un coma profond, seul le flanc crédible de la société civile fournit le louable effort d’évaluer le rendu gouvernemental avec plus ou moins d’objectivité. Mais cela reste globalement peu suivi, voire inaudible, pour une opinion publique largement intoxiquée par une blogosphère largement vouée au manichéisme et souventement au nihilisme. Quoi que l’on fasse de vertueux, les «niqueurs de mouches» vous clouent au pilori, fake news et pulsions complotistes à l’appui.
Habituellement, mes séjours au Maroc dépassaient rarement deux semaines, à raison de deux à trois fois par an. Cette année, pour la première fois, en plus de quarante ans de résidence à Paris, j’ai sciemment prolongé mon séjour. Cela fait donc plus de cinq bons mois que je parcours le Royaume du sud au nord, d’est en ouest. J’ai opéré une immersion profonde dans ce pays multiculturel, dans les cosmogonies urbaine et suburbaine, dans les bleds frappés de plein fouet par la sécheresse devenue endémique. J’ai parcouru les autoroutes, les routes, les pistes. J’ai emprunté bus, trains, tramways, cars et taxis, toutes catégories.
C’est un Maroc transformé en un gigantesque chantier à ciel ouvert qui m’a accueilli. Ce sont des populations mieux vêtues et chaussées que j’ai croisées, y compris dans des douars reculés. Si j’ai rencontré parfois la soif dans des contrées non encore pourvues de canalisations venant de je ne sais quel barrage ou source, de je ne sais quelle station de dessalement d’eau de mer, je n’ai jamais vu de douars, de villages, de quartiers sciemment livrés à la famine. Dans le Haouz récemment dévasté par la malédiction sismique, les habitations que le tremblement de terre avait aplaties rejaillissent de plus belle sous le contrôle sourcilleux des équipes techniques locales. Les versements destinés à la reconstruction ont été effectués selon le calendrier promis. La physionomie du relief se rétablit en plus dur et plus sûr à une vitesse qui m’a étonné, sachant que j’étais dans la région de Marrakech lors des frappes sismiques de septembre 2023.
Outre Marrakech où se situe ma «résidence principale» marocaine, je fus littéralement bluffé par la somptueuse rénovation urbaine de Rabat, la fantastique extension de Tanger, le sublimissime éclat de Chefchaouen qui vient d’être classée parmi les dix plus belles villes du monde. Faut-il rappeler ici le chantier multidimensionnel engagé à Agadir et sa périphérie, en dépit du stress hydrique qui frappe l’ensemble du Souss-Massa. Cet espace ne suffirait point à énumérer toutes les aires urbaines, suburbaines, rurales ou désertiques que j’ai visitées dernièrement et dont la majorité m’a agréablement surpris. Au chapitre de la requalification urbaine, un effort inédit campe l’ensemble des villes, fussent-elles des plus petites. La guerre contre les bidonvilles vient d’être frontalement engagée. La tribu des «Il-n’y a-qu’à» se fout avec superbe des business plans, des durées de réalisation, de la complexité des montages financiers, des impacts écologiques, sociologiques, ethnoculturels ou même économiques des projets ou des réformes. Au registre social, cette tribu, qui privilégie le dare-dare, prône la prompte et universelle distribution d’une richesse nationale, soit en cours de constitution soit carrément inexistante. À croire qu’elle vit sous l’ex-URSS ou l’un de ses ex-satellites où le défunt «Politburo» décidait à sa guise du destin individuel et collectif à l’abri de toute réflexion pragmatique.
Plus globalement, si la croissance de ces deux dernières décennies n’était que très partiellement inclusive, force est de constater que la grande pauvreté a considérablement reculé et l’INDH n’y était pas pour peu. Néanmoins, l’honnêteté intellectuelle impose moult bémols, notamment au chapitre de l’enseignement et de la justice socioterritoriale. Mais à qui, hic et nunc, en incombe la responsabilité? Les lobbies corporatistes et les forces régressives font montre d’un activisme toxique intense face au souffle moderniste, comme le prouvent les manifestations contre les réformes touchant les programmes scolaires ou le cursus des facultés de médecine. Ceux qui tiennent mordicus à préserver le coefficient stratosphérique des «études islamiques» ou la possibilité de l’équivalence du doctorat marocain en médecine, permettant ainsi l’intensification de l’émigration des médecins marocains, ne sont pas près de rendre les armes.
Bien sûr que le taux actuel du chômage (13%) ne réjouit personne, mais les projets colossaux et les investissements spectaculaires qui se déploient crescendo en vue du rendez-vous universel de 2030 ne manqueront sûrement pas de générer des dizaines de milliers d’emplois. Les experts inventorient d’ici 2030 pas moins de 800 à 1.000 milliards de dirhams en termes d’investissements infrastructurels et entrepreneuriaux allant du ferroviaire au BTP, en passant par les secteurs énergétique, automobile, aéronautique ou sportif.
Tout cela se fait dans un vécu politique serein, une situation sécuritaire alerte, un climat des affaires de plus en plus amène et une veille géostratégique des plus vigilantes. Également sous une œuvre d’apurement éthique intense où les criminels en col blanc, les pilleurs des deniers publics, les élus corrompus et les fonctionnaires ripoux sont traqués par la justice et les différents services de la police.
Ce qui a été réalisé en 25 ans est d’ores et déjà éblouissant en termes d’amplitude comme en transversalité. Rendez-vous est déjà pris avec l’émergence en 2030. La tribu des «Il-n’y a-qu’à», si méprisante des timings, des cadences, des modus operandi et de la dimension civilisationnelle de la vision de MohammedVI n’aura alors plus droit au chapitre. Continuez à déconner, le Royaume, lui, décolle !
