Chronique
Ce que dit le budget de l’État de notre gouvernement
Un projet de budget d’un État n’est pas seulement un alignement de chiffres, répartis entre dépenses et recettes, et une série de mesures fiscales, douanières et financières, permettant aux gérants des finances publiques de retomber sur leurs pieds à la fin d’une année, sans trop de dégâts.
Un projet de Loi de finances est bien plus que cela. C’est d’abord le reflet le plus concret et tangible d’une politique d’État, d’une vision économique et sociale pour un pays.
Et c’est aussi une preuve palpable du respect ou non des engagements des politiques vis-à-vis de leur électorat et de la cohérence d’ensemble d’une politique gouvernementale sur un mandat.
Le projet de Loi de finances pour l’année 2025 présenté devant le Souverain en Conseil des ministres et devant les élus de la nation nous permet-il de voir les choses au-delà de la logique purement comptable qu’impose tout exercice de préparation budgétaire ? Est-ce qu’il nous donne les clés pour comprendre les orientations générales du gouvernement, ses priorités ? Ou de s’assurer de son sérieux politique, de la cohérence d’ensemble de son action et de sa capacité à respecter ses engagements ?
Au-delà des débats techniques, des polémiques sectorielles ou corporatistes qui vont éclater dans les prochains jours, comme dans tout projet de budget qui ne peut satisfaire tout le monde, force est de constater que la réponse est oui. Et c’est assez réjouissant de le constater, après plusieurs années d’un yo-yo budgétaire illisible, sans réellement fil rouge macroéconomique, fiscal et social.
Accélérer la dynamique d’investissement
Depuis son investiture, ce gouvernement s’est engagé sur quatre priorités très coûteuses : mettre en place les bases d’un État social, améliorer le pouvoir d’achat des ménages, accélérer la dynamique d’investissement dans le pays et rétablir les équilibres macroéconomiques mis à mal par deux années d’un «quoi qu’il en coûte» budgétaire imposé par la pandémie du Covid et ses conséquences sociales et économiques.
L’équation paraît insoluble, ou en tout cas difficile à tenir, dans un contexte de sortie de crise, de resserrement des marges budgétaires des États dans le monde entier et de nécessité d’enclencher une politique sociale dépensière, expansive, sans pour autant augmenter les impôts et ajouter une pression fiscale supplémentaire sur les agents économiques censés être le moteur de création de richesse dans le pays, à savoir les entreprises et les consommateurs.
Le PLF 2025 nous montre deux choses : les engagements du gouvernement sont toujours là, présents en force, et des moyens colossaux sont alloués pour les tenir.
Et l’exercice d’équilibrisme qui permet de financer tout cela sans chambouler les équilibres macroéconomiques ou l’attractivité de l’investissement privé est pour le moins réussi. Ceci n’est pas un jugement politique, idéologique, mais un constat froid appuyé par des chiffres : en 2025, l’investissement public augmentera à 340 milliards de dirhams, c’est 110 milliards de plus qu’en 2021.
On est sur une tendance que le Maroc n’a jamais connue auparavant, avec un record inédit en termes d’effort public dans l’investissement. Côté social, même constat : le programme de généralisation de la protection sociale se poursuit, avec, en plus de l’assurance maladie pour tous et des aides directes, un élargissement dès l’année prochaine des bénéficiaires du système des retraites et de l’indemnité pour perte d’emploi.
Les secteurs de l’éducation (+11,5 milliards) et de la santé (+1,9 milliard) se voient allouer encore plus d’enveloppes budgétaires pour soutenir les réformes enclenchées et améliorer le service rendu par l’État dans les écoles et les hôpitaux publics.
Les programmes spécifiques à l’emploi seront renforcés de 14 milliards de dirhams de plus, sans compter les effets directs et indirects de la hausse des investissements publics sur la création de nouveaux postes de travail dans l’économie.
Effort budgétaire louable
Sur l’investissement, la création d’emplois et la poursuite de la politique sociale de l’État, toutes les cases sont cochées avec un effort budgétaire louable, généreux. Tout cela, ajouté aux autres contraintes sécuritaires internes et régionales qui imposent un renforcement des budgets des forces de sécurité et de nos armées, nous mène à une expansion des charges de l’État de 14,8%, ce qui n’est pas rien.
Face à cela, le gouvernement aurait pu opter pour un choix de facilité : des augmentations d’impôts tous azimuts, qui feront du bruit certes, mais passeront sans grosses difficultés, au vu de la large majorité parlementaire dont dispose l’Exécutif.
Mais le choix qui a été fait est à l’inverse de cette logique simpliste, dans laquelle s’est englué par exemple le gouvernement français qui essaie de rattraper le trou de la politique trop expansionniste de la période Covid.
Le PLF 2025 envoie même des signaux positifs aux agents économiques : pas de hausse d’impôts sur les entreprises ou sur les ménages, mais une baisse de l’impôt sur le revenu à travers un réaménagement de son barème, qui boostera le pouvoir d’achat chez les classes moyennes.
Ce qui s’ajoute aux différentes augmentations de salaire dans le public et le privé (SMIG et SMAG) consenties jusque-là. Qui dit mieux ? Et pour boucler la boucle et tendre, mieux encore, vers l’objectif de réduction du déficit budgétaire à 3,5% et l’allégement de l’endettement public rapporté au PIB sous le seuil des 70%, on va chercher de nouvelles ressources en augmentant la base des contribuables, en élargissant l’assiette fiscale et, par ricochet, en rétablissant un peu de justice fiscale dans la société.
Budget lisible politiquement
Résultat : les charges de l’État augmentent de 14,8%, mais les recettes progressent plus vite à un rythme de 18,5%, avec une participation positive de quasiment toutes les rubriques d’impôts et taxes, et sans pénaliser le secteur privé, l’attractivité économique du pays, ou brader les joyaux de famille comme nous l’imposait la politique des privations de la fin des années 1990.
Continuer de réformer, d’investir, d’améliorer les conditions de vie des classes moyennes et pauvres, tout en menant une politique sociale-révolutionnaire, et sans pour autant augmenter la pression fiscale pour financer tout cela, avec à la fin un déficit budgétaire allégé : c’est une prouesse technique notable.
Et livrer dans ces conditions un projet de budget lisible politiquement et économiquement, cohérent dans sa construction globale et qui colle aux orientations générales de l’État et aux engagements du programme de l’Exécutif, l’est encore plus. C’est un signal d’audace réformatrice, de sérieux budgétaire et politique envoyé aux Marocains et au reste du monde qui ne fera que renforcer la confiance dont jouit le Maroc auprès de ses partenaires internationaux et des investisseurs de tout bord.
