Chronique
Business : La leçon Gerard Piqué !
Un nouveau modèle de sport-loisir-business voit le jour. La compétition séduit des centaines de millions de jeunes, offrant au passage aux gros annonceurs des fenêtres de placement de leur marque.
La Kings World Cup Nations. Si ce nom ne vous dit rien, c’est que vous êtes réellement déconnecté du monde des réseaux sociaux. Nouvelle compétition de foot, inventée par l’ancienne star du Barça, Gerard Piqué, cette Coupe du monde d’un nouveau genre révolutionne tous les codes du football tel qu’il est pratiqué depuis plus d’un siècle.
C’est ce qu’on appelle dans l’univers des startuppers un modèle «disruptif». Et sur tous les plans. D’abord, les règles du jeu, qui sont complètement différentes du foot classique, devenu un peu ennuyeux, trop long et barbant pour une jeunesse qui ne peut plus accorder 90 minutes de son temps de cerveau disponible pour regarder 11 jeunes hommes, tous formatés aux mêmes codes académiques, contre 11 autres, courir derrière un ballon.
La compétition de Piqué apporte sur ce plan de la fraîcheur, un jeu qui allie du fun, du sérieux, avec des matchs courts, de deux fois 20 minutes, et des phases de jeu très différentes, surprenantes, amusantes. Le tout avec des équipes où on peut retrouver d’anciennes stars du ballon rond, de simples amateurs, des freestylers, des joueurs de futsal ou de beach soccer… Chez Piqué, on vient s’amuser entre potes, pratiquer du sport, mais faire également du business.
Et c’est là la deuxième rupture que nous offre cette Kings League et sa formule mondiale qui se joue actuellement et où l’équipe du Maroc, menée par le célèbre et controversé streamer Ilyas El Malki, a été conviée pour représenter l’Afrique.
Si le foot traditionnel, géré par la très conservatrice et riche FIFA se base essentiellement sur les onéreux droits télé, la Kings League est retransmise totalement sur Internet, en streaming, et gratuitement sur YouTube ou Twitch. Pas de droits télé ni de retransmission, mais une ouverture sur les nouveaux médias avec l’appui des plus grands influenceurs du monde, triés sur le volet pour présider les équipes en compétition.
Résultats : des centaines de millions de vues en cumulé, assurant une large diffusion de la compétition et, par ricochet, des sponsors de premier plan prêts à mettre un gros paquet pour toucher cette cible de jeunes fans de football, qui préfèrent regarder des highlights de 5 minutes sur YouTube que des matchs de 90 minutes sur des chaînes de télé payantes.
En alliant innovation dans le jeu, avec un mélange de fun et de nouvelles règles strictes, et en misant à 100% sur les nouveaux médias, les streamers, l’interaction directe avec les fans, Gerard Piqué – plus connu jusque-là pour son talent défensif que pour son côté créatif – crée un nouveau modèle de sport-loisir-business qui donne aux retraités du foot et aux amateurs une nouvelle chance pour faire durer le plaisir de caresser la balle et se distinguer à l’international, tout en offrant aux gros annonceurs de la planète de nouvelles opportunités et des fenêtres de placement de leurs marques.
Et générer au passage beaucoup d’argent pour les organisateurs qui entendent tout réinvestir pour faire essaimer ce foot 2.0 dans les quatre coins du monde. Et pourquoi pas un jour bousculer la maison FIFA et l’obliger à sortir de son conservatisme pour se mettre à l’ère du temps, se réinventer, nous surprendre avec de nouvelles règles, de nouvelles manières de jouer au foot, le consommer, le regarder.
Tout cela pour dire que même dans les domaines où l’on croit que l’innovation n’est plus possible, que l’on a atteint les limites du possible, que les modèles actuels sont tellement lourds et bien installés qu’il serait difficile de les faire bouger, il y a toujours une place pour tester de nouvelles idées, prendre des risques et créer des ruptures qui peuvent changer le cours de l’Histoire.
Ou du moins créer des choses qui peuvent exister aux côtés de l’Ancien Monde, le challenger, le déranger, le pousser à se remettre en question.
Piqué a montré que cela est valable dans le monde très conservateur et normé du foot. Mais cela vaut aussi en économie et dans le monde de l’entreprise où l’innovation, le renouvellement de la manière de faire, de penser son business, manager ses équipes, deviennent de nos jours un prérequis pour la survie de toute firme…
Avec la banalisation d’Internet, de l’IA, le changement rapide du monde du travail et des modes de consommation, l’apparition de nouveaux médias et créateurs de contenus…, c’est ou s’adapter ou être condamné à l’oubli.
