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Chronique

Bourse de Casa : Extension du domaine des paris

La vie des traders, des brokers, des gérants de portefeuille et des analystes va complètement changer. Depuis la fin des années folles 2005-2008, nos cols blancs s’ennuient dans un marché peu liquide, trop prévisible.

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Les cols blancs de Casablanca et de la place Pietri à Rabat doivent être heureux suite aux nouvelles annonces de la ministre des Finances Nadia Fettah. Aux côtés des dirigeants de la Bourse de Casablanca, du gendarme du marché et de Bank Al-Maghrib, l’argentière du Royaume a annoncé en ce début de semaine le lancement officiel d’un projet dont on entend parler depuis au moins 20 ans : le marché à terme.

Pour le marché marocain des capitaux, ceci est une grande avancée qui mettra enfin notre place financière aux standards des grandes places mondiales, offrant désormais, en plus des instruments basiques (actions, obligations et autres valeurs mobilières), des produits dérivés, un peu plus complexes, permettant de diversifier les opérations d’investissement, de se couvrir contre les risques, de protéger son portefeuille…

Ce nouveau marché attirera donc une nouvelle caste d’acteurs étrangers au Maroc et plus de liquidités investies sur notre marché. C’est bon pour l’économie du pays, pour le marché financier, mais aussi pour les opérateurs de la place qui draineront plus de volumes, plus de commissions et plus de profits.

Mais il y a un côté humain très important dans tout cela : la vie des traders, des brokers, des gérants de portefeuille et des analystes va complètement changer. Depuis la fin des années folles 2005-2008, nos cols blancs s’ennuient dans un marché peu liquide, trop prévisible, avec des possibilités de placement et de paris très limitées : acheter une action que l’on estime sous-évaluée en attendant la hausse de son cours ou investir sur des titres de dette, souvent publique, en espérant que les taux baissent pour générer quelques points de gains.

Bref, opérer sur la place casablancaise, dans ses deux compartiments actions et taux, se résumait à parier sur la hausse des cours ou des indices actions ou encore sur la détente des taux. Rien de bien excitant pour nos financiers…

Avec la mise en place du marché à terme, les choses vont complètement changer et l’on pourra désormais monter des stratégies d’investissement et de placement beaucoup plus ambitieuses, en calquant des indices par exemple à moindres frais, en se couvrant avec des contrats à terme contre le risque de perte ou, plus enthousiasmant encore, en pariant sur la baisse de valeur d’un titre ou d’un indice comme le MASI par exemple.

Oui, oui, cela sera désormais possible. Ne pas attendre que le MASI monte pour gagner de l’argent, mais miser aussi sur sa baisse, voire son effondrement, pour générer des gains pour soi et ses clients institutionnels ou particuliers. Dans le jargon du monde des Futures (contrats à terme pour les plus intimes), cela s’appelle «shorter» le marché, le prendre de court, miser sur un crash, ou simplement une mauvaise tendance.

Les possibilités de gains, dans un marché qui offre jusque-là peu d’opportunités de placements, se verront multiplier par deux, par trois, voire par dix, à mesure que les banques et leurs salles de marché innovent en termes de produits et de fonds structurés mis sur le marché.

Cette perspective apportera de la fraîcheur à notre place, injectera plus d’adrénaline dans les salles de marché et plus de profits pour l’ensemble de la chaîne de valeur du marché des capitaux. Avec l’introduction d’un nouveau langage auquel, nous journalistes, on doit aussi s’habituer : acheter/vendre un call ou un put, faire une stratégie de levier, fixer un strike, honorer un appel de marge, shorter un titre ou un marché…

De quoi nous sortir tous de la torpeur des quinze dernières années, remotiver nos cols blancs, notre presse financière, capter de nouvelles compétences dans les domaines de la haute finance, redynamiser le marché, offrir à nos zinzins de nouvelles opportunités de placement et de couverture de risque et permettre à notre place financière de réaliser enfin son ambition de devenir une plaque tournante pour l’investissement dans les instruments financiers en Afrique.