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Chronique

Actifs, passifs, nocifs

«Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde», écrivait Albert Camus en 1944. La science (et la société) avançant par catégorisation, nous avons peut-être, si nous voulons avancer, besoin de mieux nommer nos maux et nos idées. Réflexions autobiographiques pour un «Agir collectif».

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Jeune, j’étais beaucoup plus radical que ce que je suis «devenu» aujourd’hui. Tellement «extrémiste» dans ma radicalité que quand je parlais à quelqu’un, je me posais, en mon for intérieur, toujours la même question : «En cas de guerre, mon interlocuteur collaborerait-il avec l’ennemi ou agirait-il en résistant ?». Cela me permettait (ou m’obligeait) à prendre une position définitive à son égard. À présent, j’avoue que ce n’était pas la meilleure posture. Car ce fut, à chaque fois, un jugement de valeur, ni scientifiquement juste ni moralement correct. Manichéisme d’adolescent.

Mieux connaître les protagonistes pour agir collectif
Aujourd’hui, j’ai mis de l’eau dans mon «thé». L’âge ou l’expérience m’ont appris que tout ce qui était excessif était insignifiant. Et que la revendication outrancière pourrait être contreproductive dans son impact, car trop exagérée, et fragile dans sa constitution, car trop facilement critiquable.

Cependant, l’envie de se poser la même question à propos de quelques interlocuteurs, collègues, amis ou adversaires… subsiste et revient de temps à autre. Le contexte nous met le nez, en effet, devant la même persistante réalité. Celle qui nous oblige à conclure que nous avons toujours autant de mal à agir collectivement. Et à faire confiance à d’autres personnes, dans quelque combat que ce soit.

L’assurance que les protagonistes peuvent respecter quelques fondamentaux ou avoir un code d’honneur inviolable n’est toujours pas garantie. Une sorte d’un «minimum syndical» de dignité et de loyauté que tout le monde respecterait empêcherait que les personnes à qui l’on accorde sa confiance ne retournent leur veste à la première alléchante proposition monnayant leur traîtrise.

Du radicalisme binaireà la catégorisation ternaire
Depuis, mon radicalisme binaire s’est mué en une catégorisation ternaire. La nuance étant meilleure conseillère qu’un aveugle radicalisme, je classe à présent mes interlocuteurs dans l’une des trois catégories suivantes : actifs, passifs et nocifs. Les actifs, et ils sont très rares, sont des personnes qui militent et travaillent pour l’intérêt général dans une société qui n’a pas muté génétiquement en installant ce commun dans son ADN.
Les nocifs sont ceux qui n’ont aucun intérêt à ce que la situation change. Parce que si elle change, ils risqueraient d’y perdre de l’argent et du pouvoir.

Du coup, ils luttent de toutes leurs forces pour que rien ne change. Les passifs sont représentés par ce qu’on appelle ailleurs la majorité silencieuse. Ici, c’est toujours une majorité, sans qu’elle soit forcément silencieuse.
Elle est plutôt fataliste. Publiquement, elle accepte son sort, qu’elle critique quand elle est dans la sphère privée. La différence réside dans le courage de dire ce que l’on pense en public.

Le travail qui reste à accomplir est celui de combattre les nocifs, car il n’y a pas de raison ni d’espoir qu’ils changent, et essayer de ramener les passifs dans le rang des actifs. Pour ce faire, il faudrait les émanciper, les rendre citoyens. Des personnes qui savent d’où ils viennent avec une certaine idée de là où ils veulent aller. Deux conditions : mieux les armer en connaissances et leur ouvrir le robinet de la liberté d’expression. Nous parlerons des détails quand le moment viendra.

La Culture est la Solution.