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Chronique

2026-2030 : Le super-cycle qui rebat les cartes de la Bourse

Le super-cycle 2026-2030 est un cycle pour toute la Bourse, sauf pour les quelques canards boiteux qui font encore de la figuration dans la corbeille.

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Il y a des moments où un pays bascule dans une nouvelle dimension. Le Maroc en a déjà connu : celui des barrages à l’ère Hassan II, celui des autoroutes, des grandes infrastructures et des zones industrielles au début du règne de Mohammed VI, puis celui du solaire, des énergies renouvelables et de l’expansion africaine dans les années 2010.

Le prochain commence en 2026. Et il sera plus massif, plus long, plus transformateur que tout ce qu’on a vu depuis vingt ans.

Entre 2026 et 2030, le Royaume entre dans un super-cycle des infrastructures : nouvelles LGV, doublement ferroviaire, extension d’aéroports, stades de Coupe du monde, pipelines, méga-usines de dessalement d’eau de mer, centrales solaires, nouvelles zones industrielles, nouveau programme de développement territorial, investissements massifs dans les provinces du Sud…

Ce n’est pas une série de chantiers, mais un basculement. C’est un pays tout entier qui se reconstruit, se modernise pour assumer son ambition de puissance pivot dans la région. L’ampleur des investissements programmés est inédite.

La facture globale dépasse les 1.500 milliards de dirhams sur cinq ans, si on ne compte que les 300 milliards de dirhams que l’État met tous les ans sur la table dans son budget pour l’investissement public, et sans prendre en compte l’effet de levier sur l’investissement privé.

C’est l’équivalent d’un plan Marshall marocain, financé majoritairement par l’investissement national, public et privé, avec une composante d’IDE qui va en s’accélérant. Puisqu’on parle ici de «Votre Argent», la question est simple : qui va en profiter en Bourse ? D’abord, les secteurs directement arrimés aux chantiers: ciment, acier, BTP, logistique, énergie…

Avec l’introduction imminente de SGTM, un nouvel indice officieux apparaît : l’indice du Maroc qui construit. Il regroupe déjà des valeurs comme Taqa Morocco, TGCC, LafargeHolcim, Ciments du Maroc, Sonasid, Managem, Marsa Maroc…, et demain, potentiellement, d’autres acteurs du ferroviaire, de l’ingénierie et des infrastructures.

Mais ce mouvement va bien au-delà. Chaque grand cycle d’infrastructure est un cycle de financement massif. Crédit long terme, ingénierie financière, project finance, dettes obligataires, financements verts: c’est le cœur de métier des grandes banques marocaines, qui restent les poumons du système économique, et, avec elles, le secteur des assurances qui vient couvrir les nouveaux risques nés de cette grande vague d’investissements.

Les valeurs bancaires, les compagnies d’assurances cotées, les courtiers et l’ensemble des sociétés financières de la cote sont mécaniquement exposés à ce boom. Autre gagnant évident : le secteur de la santé, en pleine mutation.

C’est l’un des chantiers majeurs des prochaines années: généralisation de la protection sociale, réhabilitation hospitalière, montée en gamme du privé, attractivité pour les investisseurs étrangers, développement de l’industrie pharmaceutique…

Et la Bourse, plateforme qui anticipe par essence les tendances, commence déjà à refléter cette dynamique. En réalité, le super-cycle 2026-2030 est un cycle pour toute la Bourse, sauf pour les quelques canards boiteux qui font encore de la figuration dans la corbeille.

Il réactive les valeurs industrielles, stimule celles liées à l’énergie, renforce les financières, ouvre la porte à de nouvelles IPO et donne un nouvel horizon aux investisseurs long terme, mais aussi aux opérations de va-et-vient rapides si chères aux amateurs des coups de fusil.

La dernière période où la Bourse de Casablanca avait connu une dynamique similaire remonte à l’après-2004, quand l’effort national d’infrastructure et la vague de privatisation enclenchée par l’État tiraient tout le marché vers le haut. Cette fois, le contexte est encore plus large.

La place financière finira inévitablement par refléter cette mutation. À une condition : que les entreprises qui profitent de ce cycle acceptent le jeu de la transparence et de l’ouverture du capital et osent le pas de la Bourse.

Sans nouvelles introductions, la Bourse restera un miroir trop étroit pour un pays qui change trop vite. Pour la Bourse de Casablanca, ces cinq années glorieuses (2026-2030) ne seront pas un simple cycle d’investissement, mais un test de maturité.

Le Maroc prétend au statut de puissance régionale. Le marché financier doit suivre et être à la hauteur de cette nouvelle histoire qui s’écrit.