Chronique
2024, l’année des défis majeurs
Jamais un gouvernement marocain n’a eu à affronter dans l’urgence et la simultanéité autant de défis majeurs !
Arrivé aux affaires au lendemain des affres du Covid-19, il a eu à mettre en branle la révolution sociale multidimensionnelle, lancer la seconde génération de grands projets structurants et gérer les dégâts dévastateurs du séisme du 8 septembre. Mais le courage de ce gouvernement sera davantage mis à l’épreuve durant l’année 2024. En effet, l’année prochaine sera, pour le Royaume, celle de tous les challenges. Autant sur le plan intérieur qu’au niveau international.
L’action gouvernementale devra être en première ligne au moins sur quatre impératifs majeurs : crever l’abcès de la compensation en entamant le «régime minceur» de la Caisse du même nom, boucler la réforme de l’enseignement initiée au moyen du décret portant statut des fonctionnaires du département de l’Éducation nationale, finaliser la nouvelle mouture de la Moudawana, telle qu’examinée et validée par le Souverain, avant de la faire voter au Parlement et, enfin, déclencher les préparatifs des rendez-vous footballistiques de 2025 et 2030.
Néanmoins, les deux défis les plus difficultueux et surtout les plus sensibles seront ceux de la Caisse de compensation et de la réforme du système éducatif. Le fait même de braver le sempiternel dogme de la compensation après avoir réalisé d’ores et déjà un dégraissage significatif de la Caisse dédiée constitue un bon point. Alors que le «mammouth» pesait 42 bons milliards de dirhams en 2022 (sur fond de hausse des prix énergétiques), il devrait baisser de manière significative durant les prochains exercices. En effet, ces dépenses ne dépasseront guère la vingtaine de milliards en 2023, 16,9 milliards en 2024, puis 11,5 milliards en 2025, avant d’être ramenées à moins de 8 MMDH en 2026.
Ainsi, en avril prochain, trois mois après le démarrage de l’octroi des aides sociales directes, la décompensation débutera progressivement et résolument en vue de mettre fin à un non-sens qui n’a que trop duré. Jugeons-en : «De 2015 à ce jour, la Caisse de compensation a pesé lourdement sur les finances de l’État, avec un coût estimé à près de 175 milliards de dirhams», affirme Fouzi Lekjaa. Le pire est que seulement 20% de cette somme a bénéficié aux plus démunis, tandis que plus des deux tiers ont profité à des segments plus aisés de la population ! Les aides ciblées directes vers les couches défavorisées auront donc cette vertu «nécessaire et universelle» d’extraire les classes aisées d’un privilège longtemps toléré par des gouvernements ayant manqué autant de courage que de sens de l’équité.
Au chapitre de la réforme du système éducatif, le même courage devra être de mise en 2024. Si l’on ne peut plus accepter la dégradation de la situation des enseignants, tous cycles confondus, on ne peut plus également tolérer le laisser-aller au sein des académies, le déficit de formation et la multiplication des défaillances qui gangrènent l’enseignement public depuis l’aube des années 80. Après le grave charcutage de la saison scolaire 2023, celle de 2024 sera cruciale pour l’ensemble de la décennie et au-delà. Une chose est sûre, le décollage du Maroc dépendra structurellement de l’enseignement qu’il se sera donné au moyen d’une réforme statutaire, programmatique et formationnelle dynamique.
Sur le plan international, l’année 2024 sera enceinte d’échéances capitales, non seulement pour le Maroc mais également pour le Maghreb et l’ensemble de la région MENA. D’abord l’Algérie voisine qui intégrera le Conseil de sécurité de l’ONU durant les années 2024-2025. Nul doute que la capacité de nuisance du régime militaire sera suractivée, d’autant que la surenchère hégémonique sera de mise à la faveur de l’approche de l’élection présidentielle prévue en décembre 2024.
Une autre élection présidentielle sera minutieusement scrutée par le Royaume, celle du 5 novembre 2024 aux États-Unis. Si l’issue de la présidentielle algérienne ne semble pas faire de doute quant au dogme du «changement dans la continuité» si cher à la soldatesque d’Alger, avec ou sans Tebboune, l’enjeu de la magistrature suprême à la Maison-Blanche est autrement plus déterminant pour la cause nationale. Néanmoins, en dépit des appréhensions légitimes de nombre de nos compatriotes, je reste convaincu que la question saharienne a franchi la phase de non-retour avec brio, en dépit d’une certaine frilosité de l’administration Biden. Pourtant, la vigilance sera toujours de rigueur, telle qu’enracinée dans la doctrine diplomatique du Royaume.
Nous voyons bien donc que l’année 2024 sera décisive à plus d’un titre quant aux futurs proche et lointain de notre pays. Aussi est-il aujourd’hui hautement indispensable que les forces vives du Royaume élisent la mobilisation en mode de fonctionnement en lieu et place des chicayas vaseuses et des joutes politiciennes. Il serait, en effet, proprement criminel, en ces temps où la sécurité internationale est mise de plus en plus gravement à l’épreuve, d’aliéner les atouts majeurs capitalisés par le pays au prix de moult épreuves. Et ces atouts-là sont de taille, comme l’atteste le panier d’accords vitaux conclus, il y a quelques jours, avec les Émirats arabes unis. Ces mémorandums d’entente, tout comme l’hommage rendu par les institutions de Bretton Woods, ne certifient-ils pas la crédibilité acquise à l’international par notre pays, grâce au sérieux et au volontarisme déployés au service d’une vision magistrale ?
Le Maroc est à deux doigts de l’émergence. Saisissons-là !
