Au Royaume
Soutenir le pouvoir d’achat et financer les chantiers sociaux
Le prix du gaz ne sera pas libéralisé. Il n’y aura aucune augmentation des prix en corrélation avec la décompensation partielle du prix de la bonbonne de butane. Les économies de compensation serviront à financer en partie les chantiers sociaux.
L’augmentation de 10 dirhams du prix de la bonbonne de gaz de 12 kg et de 2,5 dirhams celle de 3 kg n’a pas été prise du jour au lendemain. Le processus de décompensation est engagé depuis plusieurs années. C’est donc une mesure attendue parce qu’annoncée il y a longtemps, très longtemps même. En 2015, le chef du gouvernement d’alors annonçait l’imminent arrêt de la subvention du gaz par le gouvernement. C’était dans le sillage de la libéralisation des prix des carburants. Réforme que le gouvernement avait mal entreprise et dont les séquelles subsistent aujourd’hui encore, une décennie plus tard. C’est sans doute pour cette raison que la décision de l’équipe Akhannouch d’entamer, à compter du lundi 20 mai, un processus de décompensation partielle du gaz est reçue, par ailleurs à tort, avec quelques appréhensions. Le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaâ, a eu l’occasion de l’expliquer au Parlement, en séance plénière, diffusée directement par les médias publics. «Le gouvernement n’a pas libéralisé le prix du gaz», martèle-t-il. «Ce que nous avons fait, c’est augmenter de dix dirhams le prix de la bonbonne de 12 kg. Son prix réel est aujourd’hui de 88 dirhams. L’État continue à la subventionner à hauteur de plus de 35 dirhams». L’État continuera même après l’achèvement de cette décompensation partielle, en tout cas à moyen terme, de subventionner ce produit de base, en fonction, bien sûr, de l’évolution des cours internationaux. Voilà qui est dit.
En réalité, et même si certaines parties préfèrent faire mine de l’ignorer, la situation est la suivante : de 2015 à 2023, l’État a consacré 111 milliards de dirhams pour la subvention du gaz butane. Résultat : les 20% des couches sociales considérées comme les plus pauvres n’ont bénéficié que de 2,5 milliards de dirhams par an. Cela au moment où le tiers du montant global de la subvention est allé dans les poches des 20% des couches sociales les plus riches. En termes plus communs, l’État subventionne les riches, les gros agriculteurs et les cafetiers, les boulangers, les blanchisseurs… avec l’argent du contribuable. D’où cette question posée par le ministre devant les députés : doit-on continuer à consacrer des dizaines de milliards de dirhams de subventions pour soutenir les couches aisées et les professionnels ou les économiser pour les redistribuer directement aux plus pauvres ? Le ministre parle de 3,6 millions de familles aujourd’hui touchées dans le cadre du programme de l’aide sociale directe qui vont percevoir cette année 25 milliards de dirhams et 29 milliards en 2026.
Baisse des impôts et hausse des recettes fiscales
Le fait est que le gouvernement est tenu de chercher de nouvelles marges budgétaires pour les reverser à ces couches sociales. Évidemment, il ne compte pas sur les quelques milliards de dirhams grattés sur le budget de la Caisse de compensation pour financer un chantier aussi important que le déploiement de l’État social.
Les engagements sociaux de l’État se chiffrent à 90 milliards de dirhams comme budget prévisionnel en 2026, soit 8% en termes du PIB actuel. «Nous espérons arriver à un chiffre moindre en 2026», a déclaré le ministre faisant sans doute allusion à la détermination du gouvernement de relever le niveau de croissance du PIB.
Pour couvrir ces dépenses sociales : l’amélioration des recettes. À ce niveau et grâce aux réformes menées, «de manière collective et concertée», les recettes de l’État enregistrent une croissance de 12,5% par an. À ce rythme et entre 2022 et 2025, l’on aura cumulé un total de près de 100 milliards de dirhams. «Cette marge budgétaire que nous avons constituée, de manière collective, va permettre au gouvernement de mettre en œuvre les chantiers sociaux et de financer ses engagements, tout en maintenant intacts les équilibres macroéconomiques», souligne le ministre. Plus encore, le gouvernement a pu réduire de moitié le déficit budgétaire qui passe de 7,1% en 2021 à environ 3% en 2026. Les premiers chiffres de l’exécution de la Loi de finances montrent qu’au terme des quatre premiers mois de cette année 2024, les recettes fiscales ont augmenté de plus de 17,5%, alors que la pression fiscale est passée de 23 à 21%. Pourtant, il n’y a pas eu de hausse des impôts. C’est tout le contraire. C’est l’assiette qui est élargie en intégrant progressivement, toujours de manière concertée, certaines catégories professionnelles qui ne payaient pas ou ne payaient pas assez leurs impôts. En fait, la baisse de l’IS et de la TVA, dans le cadre de la réforme fiscale globale, n’a entamé en rien cette tendance. Ce sera sans doute le cas lorsque la réforme de l’IR, avec la baisse de la branche salariale selon les termes de l’accord social du 29 avril dernier, sera enclenchée à compter de janvier prochain. Encore une mesure pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages, ceux de la classe moyenne en particulier.
Pas d’effet d’entraînement
Face à ce qui a été dit sur un éventuel effet de cette hausse du gaz sur un ensemble de produits, il faut dire les vérités telles qu’elles sont. L’État a consacré 10 MMDH pour que le blé soit disponible sur le marché au prix réel et en quantités suffisantes, c’est pour cela que le prix du pain a été maintenu et sera maintenu au même niveau et ne connaîtra aucune hausse. Il n’y a aucune corrélation entre les deux sujets. Pour les fruits et légumes, même si les gros agriculteurs sont les plus grands consommateurs avec environ 30% du gaz butane consommé, cette hausse ne devrait pas se répercuter sur les prix. Tout le monde le sait et le Conseil de la concurrence vient de le confirmer, ce n’est pas le coût de la production qui alimente l’inflation, mais les marges des intermédiaires. Celle-ci est de l’ordre de 34% du prix de vente. Pour le reste, l’État a débloqué 8 MMDH pour maintenir les prix en général à leur niveau actuel et endiguer l’aggravation du phénomène inflationniste. Cela sans compter les 9 milliards de dirhams de subventions accordées à l’ONEE pour maintenir inchangé le prix de l’électricité.
