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Au Royaume

En Couv’. Pour en finir avec les amalgames autour du Plan Maroc Vert

La vision stratégique s’est achevée en 2020. Son impact est indéniable sur la valorisation agricole, toutes filières confondues, le PIB et les exportations. Aujourd’hui, un autre plan est en marche. Mais en est-on au moins conscients ?

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Sait-on au moins de quoi on parle ? Les partis de l’opposition auront démontré, s’il en est encore besoin, l’urgente et inéluctable nécessité de donner corps à cet appel royal, du discours d’ouverture du Parlement en octobre 2018, invitant les formations politiques à se doter de cadres et de compétences à même de les aider à mieux appréhender leur mission.

L’occasion du débat, dans le cadre d’une séance de questions de politiques publiques, sur un sujet aussi vital que la souveraineté alimentaire a montré que les groupes parlementaires de l’opposition sont loin de la réalité. Le chef du gouvernement a d’ailleurs bien fait de préciser, et cela contrairement à certains de ses prédécesseurs, qu’il n’est pas prêt à jouer le jeu du populisme. «Il n’y a rien à tirer d’un débat institutionnel s’il est dominé par le populisme et si son objectif est de détourner le débat, le vrai, et de l’instrumentaliser à des fins étriquées».

Cette précision ayant été faite, Aziz Akhannouch en avance une autre. «Nous ne sommes pas ici pour faire le bilan du PMV». La question est tranchée depuis longtemps, et comme il se doit.

D’ailleurs, Génération Green a été justement pensée et lancée pour combler les lacunes, corriger les imperfections et renforcer les acquis du PMV qui, faut-il le souligner, a pris fin en 2020. Le bilan de ce dernier a, de ce fait, bien été établi en son temps. Douze présidents de région et 19 responsables des interprofessions, en plus d’autres acteurs concernés, ont planché sur la question pendant trois mois et ont élaboré un rapport circonstancié.

Le chef du gouvernement l’assume : «Nous n’avons aucun problème à parler du PMV. Au contraire, nous sommes fiers de ce qu’il nous a permis de réaliser».

Maintenant, il y a certaines réalités nécessaires à souligner. Le PMV n’a jamais eu pour vocation d’arriver à l’autosuffisance de notre pays dans tous les produits agricoles. Ce n’est d’ailleurs le cas nulle part dans le monde. Du reste, la souveraineté alimentaire n’est point synonyme d’autosuffisance en tout. Oui, même si la pluviométrie est favorable et que la stratégie actuellement en cours arrive à terme, le Maroc continuera d’importer une partie de ses besoins en céréales. Le Maroc ne sera jamais autosuffisant dans ce domaine parce que les céréales nécessitent de grandes quantités d’eau et de vastes terres agricoles.

Le Maroc n’en a pas. Par contre, et le PMV l’a déjà permis depuis des années, le Maroc peut être autosuffisant dans les produits laitiers, les viandes, les fruits, les légumes, entre autres. Pour les deux premiers secteurs, nous traversons certes une situation difficile, résultante de trois grands facteurs, une campagne éminemment politique lancée en 2018 dont tout le monde est aujourd’hui en train de payer les frais, la crise sanitaire et une sécheresse que le Maroc n’a jamais connue en ces 30 dernières années qui nous renvoie vers l’époque de 1981 et un peu moins en 1995.

Mais, rien n’est définitivement perdu. Dans un an, peut-être un peu plus, la filière recouvrera sa santé. En attendant, et pour contrer la hausse des prix, le gouvernement a pris la décision d’ouvrir la porte à l’importation des bovins d’abattage. A ce jour, 30.000 bêtes ont été importées et l’Exécutif suit l’opération de très près.

Le Maroc n’exporte pas son eau
Cela ayant été clarifié, le chef du gouvernement s’attaque à un deuxième amalgame que l’opposition, y compris institutionnelle, ne cesse d’entretenir. La question de l’eau. C’est une litanie qu’on ressasse à chaque fois que le mot agriculture est prononcé: «Le Maroc exporte son eau». Le chef du gouvernement est ferme : «Nous acceptons la critique, mais nous ne tolérerons pas que les citoyens soient induits en erreur». C’est la Banque mondiale qui le confirme. Et les chiffres ne sauraient mentir. Le Maroc exporte l’équivalent de 1,8 milliard de mètres cubes d’eau. En contrepartie, l’équivalent en eau de ses importations de céréales, de sucre et d’oléagineux atteint 20 milliards de mètres cubes. Plus encore, le PMV, avec notamment sa composante irrigation, a permis d’économiser 2 milliards de mètres cubes par an.

En parlant justement de la question de l’eau, le chef du gouvernement a mis à terre un autre mensonge savamment entretenu. Le PMV n’a pas contribué à épuiser les ressources en eau de notre pays. C’est la politique poursuivie par les deux précédents gouvernements dans le domaine qui nous a conduits à la situation actuelle. «Nous savions depuis le début que, compte tenu de l’évolution de la population et de ses besoins, la question de l’eau devrait être pensée autrement.

Ainsi, la veille de la mise en œuvre effective du PMV, nous avons convenu avec l’ancien ministre, Abdelkebir Zahoud, du temps du gouvernement El Fassi, de la mise en place d’un plan national qui répondrait à la fois aux besoins de l’irrigation ainsi qu’aux autres utilisations», confie le chef du gouvernement. Lequel programme comporte l’interconnexion des bassins hydrauliques, la fameuse autoroute de l’eau et la construction de dizaines de nouveaux barrages. Comme tout le monde le sait, le programme a été torpillé.

C’est le moins que l’on puisse dire, sachant que le gouvernement a pu réaliser en moins de neuf mois la connexion entre les bassins de Sebou et de Bouregrag. Ce que les deux anciens gouvernements n’ont pas pu faire en dix ans. C’est grâce au plan d’urgence qui comporte également le dessalement d’eau de mer et la construction de nouvelles retenues que le Maroc va pouvoir continuer à produire des tomates et autres fruits et légumes qu’il ne pourra pas importer, puisqu’aucun pays dans son environnement n’en produit.


Le dessalement pour élargir le périmètre irrigué

Sans la construction de la station de dessalement d’eau de mer à Agadir, il n’y aurait certainement pas de tomates aujourd’hui sur les étals de nos vendeurs de fruits et légumes. D’autres produits agricoles auraient disparu ou se feraient rares. Ce qui a sans doute poussé le gouvernement à mettre les bouchées doubles pour dupliquer cette expérience. A partir de 2025, un périmètre de 5.000 hectares va entrer en production à… Dakhla. Et le produit vedette sera évidemment la tomate. Et encore, ce projet accuse un retard d’une année. La station de dessalement sera prête un peu avant cette date. A Doukkala, l’extension de la station de l’OCP, actuellement en cours, pourrait contribuer à irriguer 20 ha de terres agricoles. A Tiznit, un nouveau périmètre irrigué sera aménagé autour de la nouvelle station aujourd’hui en projet. Il en va de même pour la région de Casablanca où le méga-projet de 300 millions de mètres cubes fait son chemin. Entre-temps, le projet d’interconnexion entre les bassins hydrauliques avance à pas de géant. C’est pour dire que, bientôt, la crise de l’eau ne sera peut-être plus qu’un mauvais cauchemar.