Au Royaume
PLF 2025 : Les quatre priorités du gouvernement
Tout est urgent certes, mais il y a des priorités. C’est le cas du chantier du renforcement des fondements de l’État social, l’aide sociale directe, la bataille de l’emploi et la lutte contre le stress hydrique. La note d’orientation du projet de Loi de finances (PLF) 2025 fixe le cap.
L’Exécutif peut se targuer d’avoir clôturé la première moitié de son mandat sous le signe d’une multitude de réalisations. Il était dès lors prévisible que le projet de Loi de finances 2025 s’inscrive dans une certaine continuité tout en s’adaptant aux nouvelles exigences qu’impose la conjoncture. D’ailleurs, la note d’orientation du projet de Loi de finances au titre de l’exercice 2025 en décline les contours. D’abord, en insistant sur la poursuite du renforcement des fondements de l’État social, cité comme étant au fronton des priorités de l’Exécutif. En toutes lettres, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, explique que «le Maroc a inauguré une nouvelle phase de réformes majeures et sans précédent qui renforcent son modèle social et de développement, sous le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à travers notamment le lancement de projets visant à généraliser la protection sociale et à renforcer les fondements de l’État social». Dans les faits, les deux dernières années ont été marquées par la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) pour l’ensemble des citoyens. Or, à juin dernier, ce sont plus de 4 millions de familles, soit plus de 11 millions de Marocaines et de Marocains qui en bénéficient, et ce, pour un coût annuel de 9 milliards de dirhams.
Santé, encore plus et mieux
Toujours est-il que le chantier reste ouvert. Ce n’est donc pas pour rien que la note d’orientation, adressée par Aziz Akhannouch aux départements ministériels, relève que dans le cadre de l’accompagnement de la généralisation de l’AMO, le gouvernement poursuivra la mise en œuvre de la réforme globale du système de santé national en vue d’offrir des soins de santé de qualité aux citoyens. Ce qui devra passer par la réhabilitation de l’offre de soins, mais aussi la valorisation et le renforcement des ressources humaines dédiées, ainsi que l’amélioration de la gouvernance dudit système. Dans ce sens, l’année 2025 sera marquée par la réhabilitation des centres hospitaliers régionaux et provinciaux. Maintenant, si aujourd’hui l’Exécutif a pu réhabiliter quelque 872 centres de santé, il va falloir ajouter pas moins de 524 autres qui seront livrés avant fin avril prochain.
De même que l’exercice prochain verra la poursuite de la construction et de l’équipement des hôpitaux universitaires à Errachidia, Béni Mellal et Guelmim. Ce dernier chantier entre dans le cadre de l’objectif tracé dans le programme gouvernemental tendant à doter chaque région d’un CHU.
L’élément humain n’est pas en reste. En effet, selon la note, le gouvernement mettra en œuvre la loi de la fonction publique de la santé en revoyant à la hausse le niveau de l’encadrement médical et paramédical avec pour objectif d’atteindre 25 professionnels pour 10.000 habitants à l’horizon 2026 et 46 en 2030. Des évolutions planifiées qui se traduiront par la création des postes budgétaires nécessaires pour répondre aux besoins du secteur de la Santé en ressources humaines. Dans cette même perspective, et dans le souci de renforcer la gouvernance hospitalière et la planification territoriale de l’offre de soins, annonce est faite d’activer les groupements sanitaires régionaux, la Haute autorité de la santé, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé et l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés.
Poursuite de l’aide sociale directe
Dans la même note, on relèvera aussi la place particulière accordée au projet de l’aide sociale directe. Dans l’objectif d’«assurer la réalisation et la durabilité des impacts sociaux et économiques attendus de ce programme royal», l’Exécutif procédera à l’opérationnalisation de l’Agence nationale de soutien social. En outre, il est à noter que, à fin juin, le nombre des familles bénéficiaires a atteint environ les 3,8 millions, comprenant pas moins de 5 millions d’enfants. Le tout pour un coût de 25 MMDH. Un chiffre qui va devoir augmenter dès janvier prochain, puisqu’il sera de 250 dirhams par enfant pour les trois premiers enfants scolarisés ou de moins de six ans ou en situation de handicap (à hauteur de 350 dirhams pour ces derniers). Alors que ce soutien sera de 175 dirhams pour les enfants non scolarisés. Quant aux orphelins de père de moins de six ans ou poursuivant leurs études, ce soutien atteindra 375 dirhams par enfant pour les trois premiers enfants avec un minimum de 500 dirhams par famille. En somme, le coût global, pour 2025, devra s’élever à 26,5 milliards de dirhams. Par ailleurs, si d’aucuns s’interrogeraient sur le financement relatif à la généralisation de la couverture médicale et l’aide sociale directe, la note d’orientation précise que le gouvernement procédera par la «réorientation (des) ressources initialement allouées à plusieurs programmes sociaux et les revenus de la contribution solidaire sur les bénéfices et revenus des entreprises, ainsi que les recettes fiscales dédiées au Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale et les marges résultant de la poursuite de la réforme progressive de la Caisse de compensation».
L’emploi au fronton des priorités
En conformité avec l’engagement pris, qui consiste à mettre, au cours de la deuxième moitié du mandat, le paquet sur l’emploi, la note d’orientation consacre une bonne partie à cette question «cruciale». À ce propos, il est précisé que l’Exécutif compte mettre en œuvre une feuille de route en la matière, adossée à des plans d’action, couvrant les 5 à 10 prochaines années, avec en appoint des mesures concrètes qui seront déclinées dans le PLF 2025. Des mesures qui viseront, «principalement», le soutien de l’emploi en milieu rural, la restructuration des programmes actifs d’emploi, l’accompagnement des TPME, ainsi que le soutien de l’activité économique des femmes. Bien entendu, le gouvernement poursuivra le soutien de l’investissement public et privé créateur de richesses et d’opportunités d’emploi. Avec en toile de fond le souci de la réduction des disparités territoriales. En outre, l’Exécutif s’engagera à poursuivre le déploiement des mesures visant l’amélioration de l’environnement des affaires, avec, entre autres leviers, l’amélioration des marchés publics, le financement collaboratif, la simplification des procédures administratives, etc. Sur ce front, également, la dynamique impulsée par l’entrée en vigueur de la nouvelle Charte de l’investissement, la réforme des CRI et d’autres entités structurelles devront participer à la dynamisation du marché de l’emploi, en créant davantage d’opportunités.
Gérer l’eau autrement
Sans surprise, l’autre priorité, qualifiée de «majeure», est celle relative à la sécurité hydrique. À ce propos, la note d’orientation affirme que le gouvernement s’attellera à l’achèvement du programme de construction des barrages, en priorisant ceux programmés dans les zones qui connaissent des précipitations importantes. De même qu’il compte accélérer la cadence en ce qui concerne la réalisation des grands projets de transfert de l’eau. Dans la même veine, un coup d’accélérateur devra être donné en vue de l’achèvement des usines de dessalement de l’eau de mer, avec l’objectif de mobiliser plus de 1,7 milliard de mètres cubes d’eau annuellement. Sachant, indique la note, que l’objectif ultime à l’horizon 2030 est que le pays puisse couvrir la moitié de ses besoins en eau potable, en plus de l’irrigation agricole. Plus encore, l’Exécutif envisage même de développer une industrie nationale en la matière, de former des ingénieurs et des techniciens dans le domaine.
