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Mohamed Saad Berrada : «Placer l’élève au cœur de la réforme et réussir ensemble le changement»

L’école publique connaît une transformation majeure dans le sillage d’un système éducatif qui change de paradigme. Le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports détaille les axes et réalisations de cette réforme.

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Quelles avancées ont été réalisées depuis le lancement effectif de la réforme de l’Éducation nationale au début de la législature ?
Depuis le lancement de la feuille de route 2022-2026, nous avons enclenché une dynamique profonde de transformation de l’école publique. La réforme n’est plus un horizon théorique, elle est à l’œuvre dans les établissements.

Nous avons agi simultanément sur les apprentissages fondamentaux, les conditions d’exercice des enseignants et la gouvernance du système.

Les premiers résultats sont encourageants: davantage d’établissements engagés dans des projets pédagogiques structurants, une mobilisation accrue des équipes éducatives et une montée en puissance de dispositifs qui placent l’élève au cœur de l’action publique. Cette réforme avance avec méthode, constance et ambition.

La réussite de cette réforme dépend de l’implication de tous les maillons d’une longue chaine qui va du directeur de l’établissement scolaire à l’enseignant, en passant par le corps de l’inspection. Comment peut-on articuler une telle équation ?
La réussite de cette réforme repose sur une chaîne d’acteurs interdépendants, mais avec une boussole très claire : l’élève est au centre de la réforme. Toutes les actions, à tous les niveaux, doivent converger vers un seul objectif : la réussite et l’épanouissement de l’élève.

La clé, c’est la cohérence dans l’action et la confiance entre l’ensemble des parties prenantes. Nous avons fait le choix d’une responsabilité partagée, où chacun assume pleinement son rôle dans un cadre clair et structuré.

Le directeur d’établissement est reconnu comme un véritable leader pédagogique, l’enseignant est conforté dans son rôle central dans les apprentissages, et le corps de l’inspection assure un accompagnement continu fondé sur l’expertise, le conseil et l’évaluation.

Cette articulation ne peut fonctionner que si toutes les parties prenantes sont engagées : administration, équipes éducatives, inspection, mais aussi familles et partenaires locaux. Lorsque les objectifs sont clairs, partagés et suivis, et que chacun dispose des moyens d’agir, le système gagne en efficacité et en cohérence.

Est-ce facile de déployer cette approche sur le terrain ?
Ce que nous observons aujourd’hui sur le terrain, c’est justement cette dynamique collective nouvelle, avec une mobilisation forte autour d’un projet commun : placer l’élève au cœur de la réforme et réussir ensemble le changement.

Mais cette mobilisation ne se limite pas au terrain éducatif. Elle s’inscrit dans un engagement gouvernemental clair en faveur de la construction de l’État social.

Ce mandat constitue un moment fondateur pour la mise en œuvre des grands axes du Nouveau modèle de développement, avec une priorité affirmée donnée aux politiques sociales, crédibles et réalistes.

La réforme de l’Éducation s’inscrit pleinement dans cette dynamique structurante. L’État social ne se décrète pas, il se construit à travers des engagements concrets : généralisation de la protection sociale, réduction des disparités sociales et territoriales, élargissement de l’accès à un enseignement primaire de qualité dès le plus jeune âge, protection et renforcement de la classe moyenne.

L’éducation joue ici un rôle central, car elle est le premier levier de mobilité sociale et de lutte contre la pauvreté. Ce que nous observons aujourd’hui sur le terrain, c’est justement cette dynamique collective nouvelle, avec une mobilisation forte autour d’un projet commun : placer l’élève au cœur de la réforme et contribuer, par l’école, à la consolidation d’un État social équitable et durable.

L’un des chantiers majeurs est celui de la généralisation progressive des «écoles pionnières». Où en est-on actuellement ? Quid des collèges pionniers ?
Les établissements pionniers constituent l’un des leviers les plus puissants de la réforme. Ce projet produit aujourd’hui des résultats mesurables et reconnus. Les évaluations d’impact montrent que les élèves y progressent nettement plus vite que dans les établissements comparables, avec des performances supérieures de l’ordre de 1,6 fois.

Autrement dit, un enfant inscrit dans une école pionnière améliore significativement sa maitrise des apprentissages fondamentaux et aborde le collège avec un avantage réel en termes d’apprentissages.

Aujourd’hui, nous avons franchi des étapes importantes avec une extension continue du dispositif et une forte adhésion des équipes pédagogiques. Les retours d’expérience montrent une amélioration tangible du climat scolaire, de l’engagement des enseignants et du suivi des apprentissages fondamentaux.

Cette réussite explique l’accélération du déploiement. Aujourd’hui, 4.626 écoles primaires adhèrent au projet, soit une couverture d’environ 56% des écoles primaires, avec près de 2 millions d’élèves bénéficiaires.

À la prochaine rentrée scolaire, nous allons atteindre 6.626 écoles. Nous avançons vers une généralisation progressive qui doit conduire à couvrir l’ensemble des écoles primaires dès les prochaines rentrées.

La même dynamique est désormais à l’œuvre pour les collèges pionniers, avec une montée en charge progressive qui permettra d’installer durablement ce modèle dans l’ensemble du territoire. La dynamique est tout aussi forte.

Aujourd’hui, nous avons atteint plus de 786 collèges pionniers, représentant environ 35% des élèves du cycle. La montée en charge se poursuivra rapidement pour couvrir 1.360 collèges l’année prochaine et dépasser le cap de la moitié des collégiens afin de toucher plus d’un million d’élèves.

Cela signifie davantage d’accompagnement pédagogique, de suivi individualisé et de lutte plus efficace contre le décrochage. Nous sommes donc passés d’une expérimentation à un véritable changement d’échelle.

Malgré des avancées notables, on continue de parler de «surcharge» des salles de classe dans certains établissements scolaires. Qu’en est-il exactement ?
La réalité est que la situation évolue positivement. Grâce à un effort soutenu en matière d’investissement, de planification et d’extension des capacités d’accueil, les indicateurs d’encombrement enregistrent une baisse progressive et continue.

La part des situations de surcharge est ainsi passée de 9,4% en 2022 à 5,7% en 2025, grâce notamment à la restructuration du système de planification menée par le ministère et à la prise en charge prioritaire des cas d’encombrement sévère.

De nouveaux établissements ont été mis en service, des milliers de salles de classe ont été construites ou réhabilitées, tandis que les opérations d’affectation des enseignants ont permis d’absorber une part importante de la pression démographique.

Il subsiste certes des zones où la surcharge persiste à cause des mutations démographiques, notamment dans les zones périurbaines des grandes villes comme Casablanca, Fès, Salé et Marrakech, mais la trajectoire nationale est résolument orientée vers l’amélioration.

Le travail se poursuit de manière ciblée, territoire par territoire, afin d’apporter des réponses adaptées aux besoins spécifiques de chaque contexte, avec un objectif clair à l’horizon de la prochaine année scolaire 2026-2027 : ramener le taux d’encombrement à 1% ou moins dans le primaire et à 5% dans le secondaire.

La Chambre des représentants a récemment adopté la loi 59.21 relative à l’enseignement scolaire. Quelles en sont les principales lignes directrices ?
L’élaboration de la loi 59.21 relative à l’enseignement scolaire s’est inscrite avant tout dans une approche participative et inclusive. Nous avons fait le choix d’ouvrir largement la concertation afin que ce texte soit le fruit d’un travail collectif et partagé.

Dans ce cadre, plusieurs parties prenantes ont été consultées : différents départements gouvernementaux concernés, le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, à deux reprises, ainsi que le Conseil de la concurrence, dont les recommandations ont été prises en considération, notamment concernant la situation concurrentielle dans le secteur de l’enseignement privé et le marché du manuel scolaire.

Les associations représentant l’enseignement scolaire privé ont également été impliquées, tout comme des composantes de la société civile, en particulier les fédérations des associations de parents d’élèves.

Cette démarche traduit une conviction forte : une réforme structurante de l’école ne peut réussir sans l’adhésion et l’implication de l’ensemble des acteurs concernés.

L’adoption de la loi 59.21 constitue une étape décisive dans la transformation de notre système éducatif à travers la déclinaison des dispositions de la loi-cadre n° 51.17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, notamment son article 17.

Elle parachève le processus législatif visant à doter l’enseignement scolaire d’un cadre juridique unifié et intégré, en parfaite cohérence avec les orientations stratégiques de la réforme et les objectifs fixés par la feuille de route 2022-2026.

Ce nouveau texte consolide les principes d’équité, d’égalité des chances et d’accès généralisé à un enseignement de qualité. Il met également l’accent sur le renforcement des apprentissages et la maitrise des compétences de base, la valorisation du capital humain, ainsi que l’amélioration de la performance globale du système éducatif.

Il vient en outre renforcer la gouvernance du secteur, mieux organiser l’offre éducative et réaffirmer le caractère obligatoire de l’enseignement, afin d’accompagner les mutations sociétales, technologiques et économiques que connaît notre pays.

Il s’agit ainsi d’un texte structurant, qui offre à la réforme davantage de cohérence, de lisibilité et de stabilité dans la durée, tout en créant un environnement favorable à l’innovation pédagogique et à l’amélioration continue.

Dans le corpus de cette loi, un focus particulier a été mis sur le secteur privé, principalement en ce qui concerne l’encadrement de la relation entre les parents d’élèves et les établissements scolaires relevant de ce secteur. Qu’est-ce qui a motivé cet intérêt ?
Notre priorité demeure la protection des familles et la garantie d’une offre éducative de qualité. Le secteur privé constitue une partie prenante importante du système éducatif national.

Il contribue de manière significative à la diversification de l’offre et à la dynamique globale du secteur éducatif. À ce titre, il est pleinement associé à l’effort national de réforme.

Cependant, pour que cette contribution soit durable et bénéfique à tous, il est indispensable d’instaurer un cadre clair, transparent et équilibré.

Les familles, les enfants et les établissements privés doivent évoluer dans une relation fondée sur la confiance, la lisibilité des engagements et le respect des droits et des responsabilités de chacun.

Dans ce sens, il était essentiel de préciser les règles afin d’assurer plus de transparence, de lisibilité et de confiance.

C’est cette relation de confiance qui permet de créer un environnement serein et stable, condition essentielle pour réussir la mission première de l’école : la réussite et l’épanouissement de l’enfant.

Qu’en est-il du déploiement des écoles de la deuxième chance ? À quel point contribuent-elles à atténuer le décrochage scolaire ?
Le programme connaît une montée en puissance remarquable. Les capacités d’accueil augmentent d’année en année et permettent de réintégrer un nombre croissant de jeunes dans des parcours de formation adaptés.

Parallèlement, les dispositifs de veille dans les collèges pionniers, appuyés par des outils numériques et un accompagnement social renforcé, permettent d’intervenir plus tôt et plus efficacement.

Nous observons déjà une baisse significative des situations d’abandon dans les établissements engagés dans ce modèle.

Pouvez-vous nous dresser un état des lieux du secteur du préscolaire ?
Le préscolaire constitue l’un des succès les plus visibles de ces dernières années. Le taux de généralisation atteint aujourd’hui un niveau très élevé, à savoir 80%, et continue de progresser, avec des centaines de milliers d’enfants accueillis désormais dans des structures encadrées et dotées de ressources pédagogiques adaptées.

Nous avons professionnalisé les éducateurs et les éducatrices, harmonisé les contenus pédagogiques et renforcé les passerelles avec le primaire afin de garantir une entrée réussie dans la scolarité obligatoire.

Cet effort représente un investissement stratégique et déterminant pour l’avenir de notre pays, car il pose les bases solides de la réussite éducative dès les premières années.