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Maroc-Espagne : Construire ensemble au-delà du Mondial 2030

Les deux pays sont en train de mettre en place un vaste réseau d’infrastructures de transport qui reliera l’Europe au cœur de l’Afrique. Le ministre espagnol des Transports et de la mobilité durable, Oscar Puente, était à Rabat pour asseoir les bases de ce chantier.

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Tout commence par les infrastructures. La récente visite, lundi 4 mars, du ministre espagnol Oscar Puente le confirme. Les deux pays co-organisateurs, avec le Portugal, du Mondial 2030 ont intérêt à créer une synergie entre leurs équipements de base en matière de transport. La thématique a été discutée par le ministre espagnol avec ses deux homologues marocains, Mohamed Abdeljalil, du Transport et de la logistique, et Nizar Baraka, de l’Équipement. Il est même question d’une feuille de route qui sera déclinée prochainement pour être mise en œuvre tout de suite après. Et si au passage des groupes espagnols ou même franco-espagnols peuvent rafler quelques contrats, notamment dans le cadre du gigantesque programme de modernisation et d’extension lancé par l’ONCF (un marché estimé à 1,16 milliard d’euros), nos voisins du Nord ne demandent que cela.
Pour l’heure, le ministre Oscar Puente, dont c’est le premier voyage officiel à Rabat, a relevé l’importance de profiter des canaux de communication et des bonnes relations qui existent entre l’Espagne et le Maroc pour renforcer la collaboration dans le développement des infrastructures et des transports du pays et faire face aux défis que représente notamment l’organisation conjointe de la Coupe du monde.
Il n’a d’ailleurs pas manqué de souligner que «pour le gouvernement espagnol, la relation avec le Maroc est une relation prioritaire. Nous pensons que le Maroc est un pays qui représente une énorme opportunité pour l’Union européenne pour des raisons économiques, de coopération et migratoires». Ainsi, les trois ministres se sont entendus pour créer des groupes de travail visant à articuler les cadres de collaboration pour le développement des infrastructures et des transports, conformément aux protocoles d’accord (MoU) signés au début de l’année dernière. Les deux documents paraphés alors proposent, en effet, différents domaines de collaboration dans tous les modes de transport, mettant en évidence, pour l’Espagne, tout ce qui concerne le domaine ferroviaire et ses infrastructures.

Liaison fixe
Avec le ministre de l’Équipement, Nizar Baraka, le responsable espagnol a évoqué certes des projets d’infrastructures comme les ports et les aéroports, mais surtout un projet vieux de plus de quarante ans. La liaison fixe à travers le détroit de Gibraltar, projet si vieux que l’on n’y croit vraiment plus. Sauf qu’en Espagne, aujourd’hui l’économie la plus dynamique au sein de la zone euro affichant une croissance de 2,5% en 2023 – la plus importante de la zone –, on y croit réellement. Faut-il rappeler que l’Espagne est la quatrième économie de l’Union européenne et aujourd’hui le pays compte diversifier ses débouchés. Bref, pour preuve de son engagement pour ce projet, la Loi de finances de 2023 y consacrait déjà une dotation budgétaire de 750.000 euros justement pour la poursuite des études de sa réalisation. C’est peu, mais c’est un signe, d’autant qu’en mai de la même année, le gouvernement espagnol a annoncé l’allocation de 2,3 millions d’euros pour l’actualisation de l’avant-projet sommaire de la liaison fixe. En puissance économique montante, c’est évidemment au-delà du Maroc que l’Espagne vise dans les années à venir. Notons en ce sens que juste avant la visite de Puente, le ministre mauritanien de l’Équipement était lui aussi en visite au Maroc pour évoquer des projets d’infrastructures communes. Les médias mauritaniens qui ont commenté ce déplacement ont évoqué notamment la possible contribution effective du Maroc à la réalisation de l’axe routier Nouakchott-Nouadhibou. Ailleurs, il est fait mention de l’aménagement d’un nouveau passage frontalier, plus au Nord, entre les deux pays, avec la réalisation d’un nouvel axe routier reliant Smara à la frontière mauritanienne et même au-delà à la ville Zouerate, en passant par Amgala. La perspective change, du coup. Selon les observateurs, la liaison fixe à travers le détroit de Gibraltar pourrait ainsi devenir la clé maîtresse d’un réseau routier qui s’étend depuis l’Europe jusqu’au cœur de l’Afrique en empruntant deux voies, l’axe Tanger-Lagos et la voie terrestre devant relier les quatre pays du Sahel à la côte atlantique aussi bien au port de Dakhla Atlantique qu’à celui de Nouadhibou. Un schéma qui n’est pas sans rappeler le nouveau corridor ferroviaire et maritime qui relie l’Inde et l’Europe, et dont une grande partie traverse les pays du Golfe et du Moyen-Orient.
Bref, on comprend bien qu’en soulignant «le caractère stratégique du projet de liaison fixe entre le Maroc et l’Espagne à travers le détroit de Gibraltar», le ministre espagnol ne fait pas dans la langue de bois. Les deux pays, a-t-il précisé, «continuent d’y travailler». Dans ce sens, les deux parties sont en train de finaliser une date pour la tenue de la 44e réunion du Comité mixte hispano-marocain qui planchera sur ce projet. Là, cette déclaration du ministre, «nous pensons que le Maroc est un pays qui représente une énorme opportunité pour l’Union européenne», prend tout son sens.


TGV : Le match Espagne-France
Le Royaume a lancé un chantier de modernisation et d’extension de son infrastructure ferroviaire. Jusque-là, une dizaine d’opérateurs de différents pays, dont l’Allemagne, la Chine, le Japon et la Corée du Sud, se sont manifestés pour ce projet. Mais c’est l’Espagne et la France qui font littéralement le coude-à-coude pour le remporter. Le ministre espagnol des Transports a évoqué le sujet avec ses homologues marocains. Bruno Lemaire, ministre français de l’Économie, attendu au Royaume dans les semaines à venir, profitant sans doute du réchauffement des relations entre les deux pays, ne manquera pas lui non plus d’aborder le sujet. Soutenu par le ministère français de l’Économie, le géant Alstom est bien positionné sur le mégaprojet de renouvellement des 168 rames de l’ONCF et, éventuellement, des deux lignes TGV, Kénitra-Marrakech et Marrakech-Agadir. Au point de compter sur la filiale espagnole du groupe français pour remporter au moins une partie de ce marché. Il doit néanmoins faire face à la vive concurrence des deux groupes espagnols, CAF et Talgo. Ce dernier espère mettre en avant deux de ses produits phares : le train à grande vitesse Avril (Alta Velocidad Rueda Independiente Ligero) et le train léger EMU, pour le réseau RER, qui est capable d’atteindre une vitesse de 160 kilomètres par heure.