Au Royaume
L’aboutissement d’une phase, le début d’une autre
Le 31 octobre aura été un tournant. Une victoire pour la diplomatie marocaine. C’est le commencement d’une nouvelle phase. La légitimité internationale telle que redéfinie ouvre la voie à des changements majeurs dans toute la région.
Sans peut-être s’en apercevoir, sans doute l’effet de la durée, le Maroc a accompli ces 26 dernières années une deuxième Marche verte. Une marche verte diplomatique. Il y a 26 ans, le dossier du Sahara était dans une situation pour le moins difficile.
La diplomatie marocaine, dans une logique de réaction, peinait à répondre aux attaques. Il y a un quart de siècle, nous sortions des négociations de Houston qui ont débouché sur le fameux Plan Baker, surtout dans sa deuxième version. À l’époque, une proposition de partition du Sahara était également en l’air. Avec l’adoption d’un accord-cadre imposé aux parties, le plan de partition figurait même parmi les options mises sur table, en 2002, comme solution à ce conflit.
La présentation par le Maroc, le 11 avril, de la proposition d’autonomie, vient renverser la vapeur. La diplomatie marocaine se met en mode action. Elle propose, agit et prend des initiatives. Depuis cette date, elle façonne le cours du processus, année après année. Comme l’a d’ailleurs souligné le Souverain dans l’un de ses discours, «nous sommes passés d’une phase de gestion proprement dite à celle d’une dynamique de changement».
Un travail minutieux, de longue haleine, soutenu et méthodique a été entrepris pour présenter, expliquer et convaincre. Le Plan d’autonomie gagne en soutiens et en appuis. L’annonce, en 2016, du déploiement d’un nouveau modèle de développement des provinces sahariennes, décliné en Programmes de développement intégrés, doté d’une enveloppe de 77 milliards de dirhams, a été la deuxième étape marquante dans cette longue marche.
Développer, mettre à niveau et préparer les provinces du Sud à accueillir des projets d’investissement d’envergure, nationaux et internationaux, a été à tous les égards une démarche visionnaire.
D’autant que cela coïncide avec une phase d’ouverture de la diplomatie marocaine sur toutes les régions du Monde, avec la conclusion de partenariats stratégiques tous azimuts. En novembre 2020, l’opération menée par les Forces Armées Royales pour rétablir la circulation du commerce à El Guerguerat vient placer, aux yeux de la communauté internationale, les provinces sahariennes dans une autre dimension.
Nouvelle réalité
Les partenaires économiques découvrent en cette zone un portail qui donne sur un marché de 1,2 milliard de consommateurs. Les voisins européens, ébranlés par un conflit inattendu en Ukraine, y voient aussi une source pour leurs besoins futurs en énergie. Le grand tournant, c’est sans doute la reconnaissance, le mois suivant, par les États-Unis de la marocanité du Sahara.
Auparavant, en 2017, le retour du Maroc parmi sa grande famille africaine marque une autre étape décisive. Le Royaume s’active, non pas pour contrer ou gérer les initiatives hostiles, mais pour les tuer dans l’œuf. C’est un édifice diplomatique construit pierre par pierre qui nous vaut, aujourd’hui, l’ouverture d’une trentaine de consulats à Dakhla et à Laâyoune, la reconnaissance ferme et sans ambages de plusieurs dizaines de pays de la marocanité du Sahara.
Dans sa dernière résolution, le Conseil de sécurité y a d’ailleurs fait clairement allusion. L’ONU ne peut plus aller à l’encontre de la volonté de la majorité des membres qui la composent.
La résolution, votée vendredi 31 octobre, vient conforter cette nouvelle doctrine de la diplomatie marocaine. Elle consacre, un peu moins de deux décennies après sa présentation, la Proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine à la fois comme cadre de négociations et comme aboutissement et solution du conflit.
La résolution 2797 ayant été approuvée par une majorité confortable de 11 voix pour, alors qu’il n’en fallait que neuf (l’Algérie ayant décidé de ne pas participer au vote), cela ne doit pas occulter que l’Initiative d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine compte aujourd’hui avec l’appui des deux tiers des membres de l’ONU.
Engagement américain
Cela sans oublier que tous les membres permanents du Conseil de sécurité, en plus de plusieurs autres pays influents dans le monde, reconnaissent aujourd’hui, de facto, la souveraineté économique du Maroc sur ses provinces sahariennes. La résolution, en elle-même, dicte ce qui est désormais la légitimité internationale, dans le strict respect des droits légitimes du Maroc. Une légitimité à laquelle doivent se conformer États et institutions, onusiennes et régionales.
Ainsi et sans tarder, après avoir exprimé, au plus haut niveau de l’État, dans un discours royal diffusé quelques dizaines de minutes après ce vote, sa «satisfaction» après le vote de cette résolution, le Royaume annonce qu’il «procédera à l’actualisation et à la formulation détaillée de la Proposition d’Autonomie en vue d’une soumission ultérieure aux Nations unies».
Lequel document sera la base des négociations qui auront lieu aux États-Unis, sous la conduite de l’envoyé personnel. Les États-Unis, rappelons-le, avaient déjà accueilli par le passé les négociations des accords de Houston et les rounds de négociations de Manhasset, dans les environs de New York. Sauf qu’aujourd’hui, la donne a changé complètement.
Les États-Unis ont reconnu, depuis décembre 2020, la souveraineté du Maroc sur le Sahara, une position qu’ils ne cessent de réitérer depuis, et ils travaillent actuellement, comme l’ont affirmé deux des conseillers du Président Trump, sur un accord de normalisation entre le Maroc et l’Algérie. Pour la suite des évènements, le représentant des États-Unis aux Nations unies, Mike Waltz, annonce déjà la couleur.
Il qualifie d’abord le vote de la résolution de «victoire historique», en soulignant que ce vote devrait être «le début d’un processus de paix» et que «toutes les parties doivent saisir ce moment pour venir à la table afin de négocier sérieusement et enfin mettre un terme à ce conflit vieux de 50 ans». Les États-Unis ont sans doute d’autres cartes à jouer.
D’après les observateurs, l’accueil favorable du Conseil de sécurité de la proposition des États-Unis d’abriter les négociations entre les parties est en soi un tournant majeur.
Les États-Unis d’Amérique passent ainsi d’un niveau de soutien à l’Initiative d’autonomie et d’appui à son adoption à un autre niveau, celui de l’action visant à mettre en œuvre les dispositions de la résolution votée, et, relève-t-on, «cela constituerait un point d’inflexion stratégique dans le dossier, car il garantirait l’engagement de l’Administration américaine dans la mise en œuvre de la solution et garantirait l’engagement des différentes parties, en particulier l’Algérie, dans des négociations sérieuses et responsables sur la base de la solution proposée par les Nations unies».
La résolution, et les spécialistes du droit international l’ont sans doute relevé, porte en elle-même l’indicateur d’un tournant dans la philosophie même de l’ONU. «L’Organisation ne se contente plus du rôle de médiateur qui gère les tensions, mais s’oriente vers celui de parrain qui prépare le terrain à un règlement définitif des différends», observe-t-on. C’est le début d’une nouvelle phase, où les Nations unies passent de la surveillance d’un conflit à l’accompagnement d’un règlement.
Ce qui va changer
Du côté marocain, ce changement ne fait que conforter sa position et confirmer la pertinence d’une doctrine diplomatique adaptée depuis des années. Aujourd’hui encore, le Souverain, dans le discours du vendredi 31 octobre, a, une nouvelle fois, invité le président algérien à «un dialogue fraternel sincère entre le Maroc et l’Algérie afin que, nos différends dépassés, nous jetions les bases de relations nouvelles fondées sur la confiance, la fraternité et le bon voisinage».
Dans le même discours, poursuit SM le Roi, «nous appelons sincèrement nos frères dans les camps de Tindouf à saisir cette opportunité historique pour retrouver les leurs et jouir de la possibilité que leur offre l’Initiative d’autonomie de contribuer à la gestion des affaires locales, au développement de leur patrie et à la construction de leur avenir, dans le giron du Maroc uni».
En attendant l’aboutissement à cette solution mutuellement acceptée, chose qui, étant donné tout ce qui précède, ne saurait tarder, les premiers signes de changement après le vote de cette résolution devraient déjà se manifester dans les jours à venir. En toute logique, l’on devrait s’attendre à de nouvelles expressions de soutien à l’Initiative d’autonomie de la part de nouveaux États.
La nouvelle réalité devrait également se traduire par de nouveaux investissements dans la région, surtout de la part des entreprises des pays jusque-là hésitants, dans le respect de la légitimité internationale. On pourrait également voir les relations entre la Mauritanie et le Maroc connaître un bond en avant.
Des initiatives, comme l’Initiative Afrique Atlantique et Sahel-Atlantique, lancées par le Royaume et des projets structurants à l’image du Gazoduc Afrique Atlantique, devraient connaître un coup d’accélérateur. Dans la même logique de légitimité et de légalité internationale, et eu égard à l’écrasante majorité des membres de l’ONU qui appuient le Plan d’autonomie, il n’y a plus aucune raison que la question du Sahara continue à figurer sur l’ordre du jour de la Quatrième commission.
C’est toute la rhétorique de l’ONU qui est amenée à changer. Le Sahara ne sera plus une «zone contestée» ou un «territoire non autonome», elle devient une question en voie de règlement dans le cadre de la souveraineté marocaine. Aucune raison ne justifie non plus la présence de la république fantoche au sein de l’Union africaine. Et là, c’est juste une affaire de temps.

