Au Royaume
Gouvernement : Une urgence nommée «eau»
Aziz Akhannouch vient de présider une réunion consacrée à la situation hydrique. Message clé : accélérer les chantiers et, éventuellement, débloquer plus de fonds pour l’investissement afin que chaque citoyen ait accès à l’eau. En même temps, des ministres sont sur le terrain pour faire le tour des réalisations.
Les dernières pluies, fort abondantes par endroit et générales, auront eu l’effet d’un baume sur les citoyens, et pas uniquement les agriculteurs. Sauf que quelques jours plus tard, plusieurs régions du pays ont subi un pic de chaleur inhabituel pour cette saison. Ce qui pose un double défi pour le gouvernement. D’abord, la rareté des précipitations, ensuite, quand il pleut, leur impact risque d’être réduit et éphémère. La fonte des neiges s’accélère, les nappes ne sont plus correctement alimentées et le risque d’inondations s’aggrave. C’est ce qui explique aujourd’hui que le gouvernement se mobilise à tous les niveaux pour le traitement de la problématique de l’eau dans toutes ses dimensions. Avec une attention particulière pour les ouvrages destinés à améliorer les capacités de stockage et, en parallèle, les projets de dessalement et, surtout, avec cette nouveauté, l’impératif de la gestion des nappes phréatiques. Bref, le gouvernement est sur le pied d’œuvre, et sur tous les fronts et à tout moment.
Ainsi, le chef de l’Exécutif, Aziz Akhannouch, a présidé, mardi dernier tard dans la soirée, une réunion du Comité de pilotage du Programme national d’approvisionnement en eau potable et pour l’irrigation 2020-2027. La réunion à laquelle ont pris part notamment les ministres de l’Intérieur, de l’Équipement, de l’Agriculture, du Budget en plus du directeur général de l’ONEE a été consacrée à l’étude du problème de l’eau. Il a ainsi été passé en revue la situation hydrique dans le Royaume suite aux récentes précipitations, ainsi que l’état d’avancement des projets structurants lancés récemment.
Le chef du gouvernement a évoqué la nécessité d’accélérer le programme d’investissement dans le secteur de l’eau et même la programmation des investissements supplémentaires.
Au cours de la réunion, Aziz Akhannouch a également appelé tous les acteurs concernés à redoubler d’efforts pour relever le défi de la sécurité hydrique dans notre pays, et assurer l’approvisionnement en eau potable au niveau de toutes les régions du Royaume. Il a incité les parties concernées à accélérer le rythme de réalisation des infrastructures nécessaires pour garantir l’accès à l’eau potable pour tous les habitants et pour répondre aux besoins de l’agriculture et de l’irrigation.
À fond sur le terrain
C’est d’ailleurs dans cette logique que Nizar Baraka, ministre de l’Équipement, sillonne le pays, en même temps que son collègue de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, pour superviser les travaux d’infrastructure hydraulique et sensibiliser la population à cette problématique. Au début de la semaine, les deux ministres étaient sur le terrain, l’un dans le centre, à Taounate, au cœur du bassin hydraulique de Sebou, et le l’autre dans l’Oriental.
Après avoir passé en revue les importantes réalisations du Royaume dans le domaine de l’eau, Nizar Baraka a relevé que le bassin du Sebou a connu, au cours de l’année écoulée, la poursuite des travaux de construction de quatre grands barrages, qui feront passer l’offre en eau de 6,1 à 8,1 milliards de m3, citant à titre d’exemple le barrage M’dez, dans la province de Sefrou, d’une capacité de 700 millions de m3 et dont le taux de réalisation a atteint 93%. Dans la région de l’Oriental, le ministre de l’Agriculture a, de son côté, mis l’accent sur les projets structurants de sécurisation des ressources en eau d’irrigation pour la Moulouya, particulièrement le projet de dessalement de l’eau de mer de Nador. Ce dernier projet, fruit d’un partenariat public-privé, a pour objet de gérer la problématique de la raréfaction des ressources hydriques. Il vise la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable de la région, la pérennisation des investissements et le renforcement des ressources en eau pour l’irrigation du périmètre de la Moulouya. Il permettra l’irrigation des cultures à haute valeur ajoutée et offrira des perspectives prometteuses pour une agriculture irriguée plus productive, compétitive et durable dans la région.
Projets de barrages, en construction ou en surélévation, station de dessalement, y compris en monobloc pour parer à l’urgence, et traitement des eaux usées, ce sont les types de projets déployés partout dans le pays, et les deux régions citées ne sont que des exemples.
À travers cette sortie, le message des deux ministres, qui n’en sont d’ailleurs pas à leur premier déplacement sur le terrain ces derniers jours, est on ne peut plus clair. Le gouvernement a entrepris des mesures d’urgence pour faire face à la pénurie d’eau tant en milieu urbain qu’en milieu rural, et ce, pour assurer l’approvisionnement de la population et pour irriguer les terres selon un programme arrêté avec le ministère de l’Agriculture. Mais le citoyen a également son rôle à jouer dans cet effort collectif.
C’est ainsi que les projets de mobilisation des ressources en eau conventionnelles et non conventionnelles se réalisent avec une cadence accélérée. Et cela tout en se fixant pour cap de diversifier les ressources en eau. Il s’agit en gros du recours de plus en plus au dessalement de l’eau de mer pour l’approvisionnement en eau potable des villes côtières, permettant ainsi d’affecter plus les eaux des barrages aux zones intérieures et de montagne pour subvenir à leurs besoins en eau potable et pour l’irrigation des périmètres aménagés, ainsi qu’à la réutilisation des eaux usées épurées pour l’arrosage des espaces verts et des golfs. Les transferts des hauts interbassins constituent également des solutions aussi bien pour assurer l’approvisionnement en eau potable de la population que pour l’irrigation. En ce sens, il est prévu la mise en place de conduites d’interconnexion de systèmes hydrauliques. Dans certains cas, les nappes peuvent éventuellement être sollicitées avec la réalisation et l’équipement de forages d’eau, mais avec un suivi rigoureux de leur exploitation. Le cap étant ainsi défini, le gouvernement accélère les investissements nécessaires pour l’atteindre. Il est à rappeler que le coût global du programme national de l’eau, qui était initialement de 115,4 milliards de dirhams, a été revu à la hausse pour atteindre le montant de 143 milliards de dirhams.
