Au Royaume
Forte impulsion royale pour booster les investissements
Depuis le discours royal du 20 août 2022, des consignes ont été données pour définir les contours d’une politique publique efficiente, favorisant les investissements de la diaspora marocaine dans son pays d’origine.
Estimée à plus de 5 millions de personnes, la diaspora marocaine joue un rôle déterminant dans le développement économique et social du Royaume, unie par un lien indéfectible avec la mère patrie qui ne s’est jamais démenti, génération après génération. Le volume des transferts de fonds des MRE vers le Maroc témoigne de l’importance de ce lien: en 2023, ces transferts ont culminé à plus de 115 milliards de dirhams, établissant un nouveau record !
Il reste que cette manne est très peu orientée vers l’investissement.
La part des transferts des MRE destinée à l’investissement ne dépasse pas en effet 10%, dont moins de 2% sont orientés vers l’investissement productif, selon les derniers chiffres disponibles. Une part qui culmine à 45% au Nigéria et 35% au Kenya… Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), les transferts de fonds servent essentiellement à améliorer l’accès aux biens de consommation de première nécessité, au logement, à l’eau et à l’électricité. Une étude du Haut-commissariat au plana, quant à elle, établi que seuls 2,9% des MRE actuels ont déclaré avoir réalisé des projets d’investissement au Maroc, avec le secteur immobilier qui se taille la part du lion. En effet, plus de 40% de la part des transferts des MRE investie l’est dans ce secteur, loin devant l’agriculture (19%), la construction (16,6%), le commerce (5,5%), la restauration et les cafés (4,5%) et les autres services (6%). Ces études montrent qu’en dépit du potentiel réel de savoir-faire et de ressources dont disposent les Marocains résidant à l’étranger, ce potentiel demeure largement sous-exploité à ce jour. Ce faible engagement des MRE dans les investissements dans leur pays d’origine n’est nullement le fait d’un manque d’intérêt ou d’opportunités, mais s’explique plutôt par le manque de véhicules et de dispositifs attrayants capables de drainer massivement les fonds vers l’investissement productif. Une étude du HCP, publiée en décembre 2022, a révélé que les raisons du non-investissement des MRE dans leur pays d’origine sont nombreuses. Les plus courantes sont liées à l’insuffisance de capital (38,9%), aux procédures administratives compliquées et à la corruption (21,5%). L’étude cite également le faible appui financier ou le manque d’incitations fiscales (8,6%) et la faible expérience (5,5%) parmi les principaux freins à l’investissement. Pourtant, il existe bien un fonds dédié aux MRE désireux d’investir au Maroc. Dénommé MDM Invest (voir encadré), ce fonds lancé en 2009, n’a pas rencontré le succès escompté, à cause de certains critères qui ont montré leurs limites.
Un nouvel élan
Face à ce constat, les pouvoirs publics ont pris à bras-le-corps la question des investissements des Marocains du monde. L’impulsion est venue du Roi Mohammed VI qui, dans son discours du 20 août 2021, avait souligné que «bon nombre d’entre eux, hélas, se heurtent encore à plusieurs écueils pour régler leurs affaires administratives ou pour lancer leurs projets. Il convient par conséquent de remédier à cet état de fait». Le Souverain a appelé à la création d’un mécanisme dédié qui aura pour mission d’accompagner les compétences et les talents marocains à l’étranger, d’appuyer leurs initiatives et leurs projets.
Il a également invité les jeunes et les porteurs de projets parmi les Marocains du monde à profiter «des multiples opportunités d’investissement offertes par le Royaume» ainsi que des mesures d’incitation et des garanties que prévoit la nouvelle Charte de l’investissement. Depuis ce discours, une forte impulsion a été donnée pour définir les contours d’une politique publique efficiente en matière de gestion des affaires des Marocains du monde et aussi en faveur du raffermissement de leur rôle dans le développement du pays. Ainsi, la Commission ministérielle chargée des MRE, présidée par le Chef du gouvernement, a mis en place un comité de la promotion des investissements des MRE au Royaume. Piloté par le ministère délégué chargé de l’Investissement, la CGEM et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), ce comité élabore une feuille de route visant à renforcer considérablement l’investissement des Marocains du monde dans le Royaume.
En attendant l’opérationnalisation des nouvelles mesures, une panoplie de plateformes d’encouragement à l’investissement des MRE sont disponibles. C’est le cas de la plateforme multilingue d’orientation et d’information en faveur des MRE porteurs de projets, mise en place par le ministère de tutelle. Elle leur permet d’accéder aux informations nécessaires, comme les procédures liées à l’investissement au Maroc, le climat des affaires, les potentialités dont disposent les différentes régions, ainsi que les différents mécanismes d’appui, de financement et d’accompagnement disponibles pour la création d’entreprise au Maroc. Citons également la plateforme MeM (Marocains Entrepreneurs du Monde) by CGEM, qui vise à faciliter l’intégration des MeM dans l’économie marocaine. Les Centres régionaux d’investissement se sont également mis au diapason en lançant des plateformes d’accompagnement des MRE dans leur démarche. En outre, un desk Marocains du monde a ainsi été mis en place au niveau de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations. Ajoutons à cela les nombreuses initiatives privées, qui fourmillent au Maroc ou ailleurs, pour rapprocher les entrepreneurs de la diaspora de la communauté d’affaires du Royaume. En tout état de cause, la mobilisation est totale pour que nos concitoyens de l’étranger puissent apporter leur pierre à l’édifice du Maroc de demain.
Ce que MDM Invest propose aux MRE
Lancé en 2009, ce fonds, géré par l’ex-Caisse centrale de garantie (Tamwilcom), finance, conjointement avec les banques, des projets d’investissement d’un montant au moins égal à 1 million de dirhams, promu directement par un MRE seul ou associé à des investisseurs marocains ou étrangers. Les projets bénéficient d’une subvention étatique de 10% du montant de la quote-part des MRE dans le projet, plafonnée à 5 millions de dirhams. Un apport en fonds propres en devises à hauteur de 25% au minimum est toutefois exigé.Ces critères ont montré leur limite. Raison pour laquelle ce produit doit faire l’objet de certains réglages pour en faciliter l’accès, dont la réduction de l’apport minimum en fonds propres. À noter que les secteurs éligibles à ce mécanisme sont les industries et services liés à l’éducation, l’industrie, l’hôtellerie et la santé.
