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Santé : RH, numérique… la réforme s’accélère

Entre affectation de médecins, déploiement des GST et digitalisation des soins, l’objectif est de rapprocher durablement l’offre de soins de santé du citoyen, notamment en milieu rural.

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À partir d’août prochain, un total de 530 médecins spécialistes seront affectés dans les différentes régions du Royaume dès l’obtention de leurs diplômes. Une décision qui marque un tournant majeur dans la refonte du système de santé public marocain et qui s’inscrit dans une logique de rééquilibrage territorial de l’offre de soins.

L’annonce a été faite par Amine Tehraoui, ministre de la Santé et de la protection sociale, lors des questions orales tenues à la Chambre des représentants sur les Groupements sanitaires territoriaux (GST), lundi 1er juin à Rabat.

«Nous sommes en train de rompre avec une situation qui a duré plus de 30 ans, afin de garantir une contribution équitable de tous les médecins spécialistes au service public durant une phase essentielle de leur parcours», insiste le ministre.

Désormais, tous les nouveaux médecins spécialistes seront tenus d’effectuer une période de service obligatoire dans les établissements publics de santé après leur diplomation, à savoir quatre années pour les promotions 2026 et 2027, puis trois années à partir de 2028.

Cette mesure rompt avec une situation qui perdure depuis plus de trois décennies et consacre un principe nouveau, celui de la contribution systématique des médecins spécialistes au service public durant une phase clé de leur carrière.

L’objectif est double : renforcer durablement les capacités hospitalières et corriger les déséquilibres territoriaux dans l’accès aux soins. Dans la même dynamique, près de 2.000 postes ont été ouverts cette année pour les médecins résidents dans le cadre du nouveau système de formation.

Ces promotions intégreront progressivement les établissements publics à partir de 2030, constituant un pilier central des futurs Groupements sanitaires territoriaux (GST), nouvel échelon de gouvernance du système de santé.

Parallèlement, une campagne de recrutement de 1.000 médecins est actuellement en cours afin de répondre aux besoins urgents des hôpitaux. Et dans une structure institutionnelle importante, le premier conseil d’administration des GST s’est tenu le 28 juillet 2025 au siège du Centre hospitalier universitaire Mohammed VI de Tanger, consacrant le démarrage opérationnel de cette nouvelle architecture territoriale.

S’ensuivent après ceux de Rabat-Salé-Kénitra (14 mai 2026), Souss-Massa (25 mai 2026) et enfin Laâyoune-Sakia El Hamra (fin mai 2026) avec pour but de centraliser la gestion sanitaire à l’échelle de chaque région, englobant les hôpitaux, les CHU et le réseau de soins de proximité.

L’objectif est d’assurer une meilleure complémentarité des établissements de santé et une répartition optimale des ressources humaines et financières.

Le monde rural au cœur de la réforme
Au-delà des ressources humaines, la transformation du système de santé s’inscrit dans une ambition plus large : réduire les disparités territoriales, notamment entre les centres urbains et les zones rurales.

Le renforcement de l’offre de soins dans le monde rural constitue aujourd’hui l’un des axes structurants de la réforme.

«L’accès aux soins ne peut pas dépendre du lieu de résidence. Notre objectif est de garantir la dignité du citoyen et l’égalité réelle devant le service public de santé», souligne Tehraoui.

Le ministère agit selon une approche intégrée articulée autour de trois leviers. D’abord, la réhabilitation des infrastructures sanitaires, avec la rénovation d’environ 1.400 centres de santé à travers le Royaume, dont plus de 70% situés en milieu rural ou montagneux.

Une deuxième phase a été lancée dès cette année, portant sur 1.600 centres supplémentaires, avec pour objectif l’uniformisation des standards de qualité et d’équipement sur l’ensemble du territoire.

Le deuxième axe concerne les ressources humaines, avec une orientation marquée des nouveaux postes budgétaires vers les zones rurales, représentant 70% des affectations en 2025. À cela s’ajoutent des incitations financières et organisationnelles destinées à stabiliser les professionnels de santé dans ces régions souvent sous-dotées.

Enfin, le troisième levier vise le rapprochement des soins des citoyens, à travers la création de nouveaux établissements hospitaliers, le renforcement des services d’urgence et le recours croissant aux solutions numériques et à l’intelligence artificielle pour compenser le déficit en médecins spécialistes.

La transformation digitale du système de santé n’est plus perçue comme une option technologique, mais comme un véritable instrument de réforme structurelle. Elle vise à améliorer la qualité de prise en charge, fluidifier les parcours patients et renforcer la gouvernance du secteur.

«Le numérique n’est pas un projet technique, c’est un levier de transformation globale qui permet de rapprocher les soins du citoyen et d’améliorer la performance du système de santé», résume le ministre.

Un projet national de convergence des systèmes d’information sanitaires est en cours de déploiement. Il repose sur la généralisation progressive des systèmes numériques dans les hôpitaux, leur intégration dans les centres de soins primaires et la construction d’un écosystème digital unifié.

Un dossier médical unique est également en développement afin d’assurer le suivi continu du patient à travers les différents niveaux de soins.
Cette architecture numérique s’inscrit dans la logique des Groupements sanitaires territoriaux, permettant une gestion plus cohérente à l’échelle régionale.

Dans le même temps, plusieurs innovations basées sur l’intelligence artificielle sont expérimentées, notamment un programme d’aide à l’échographie pour les femmes enceintes en zones rurales et des solutions de détection précoce du cancer du sein au CHU Ibn Sina à Rabat.

La télémédecine se développe également pour rapprocher l’expertise médicale des zones les plus enclavées.

Sécurisation pharmaceutique et souveraineté sanitaire
La question de rupture de médicaments constitue également un enjeu central. Confronté à des tensions mondiales sur les chaînes d’approvisionnement, le Maroc accélère la restructuration de son système pharmaceutique.

Selon le ministre, «nous passons progressivement d’une gestion des pénuries à un système anticipatif, basé sur la planification, la veille et la souveraineté sanitaire».

Créée il y a un peu plus d’un an, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) commence à produire ses premiers résultats, notamment avec la mise à jour de la liste nationale des médicaments essentiels.

Un système de veille pharmaceutique a également été mis en place afin d’anticiper les tensions sur le marché et de permettre des interventions rapides. En parallèle, la digitalisation des procédures vise à renforcer la transparence et à réduire les délais administratifs. L’État accélère aussi sa stratégie de souveraineté pharmaceutique à travers la production locale et le développement des génériques.

Une réforme systémique sous tension, mais en accélération
Depuis octobre 2025, un plan d’urgence a été lancé pour améliorer la performance des établissements hospitaliers. Il repose sur la réorganisation des urgences, le renforcement des équipes médicales et l’amélioration de l’approvisionnement en médicaments, en hausse de 26%.

Sur le terrain, les effets commencent à se faire sentir, notamment sur les délais d’attente et la qualité de la prise en charge. Les capacités hospitalières ont également été renforcées avec 1.717 lits supplémentaires grâce à l’ouverture de 11 établissements, bénéficiant à près de 14 millions de citoyens. De nouveaux projets sont en cours, avec près de 2.900 lits supplémentaires attendus à court terme.

Enfin, la qualité de l’accueil est devenue une priorité opérationnelle, avec la réorganisation des services hospitaliers, la création d’unités d’assistance médico-sociale et la modernisation des circuits patients.

Au croisement des réformes humaines, territoriales, numériques et industrielles, le système de santé marocain entre dans une phase de transformation profonde.

«Nous construisons un service public de santé plus efficace, plus équitable et plus proche du citoyen, partout sur le territoire», tranche Tehraoui.
Une réforme qui, au-delà des annonces, se déploie désormais comme un chantier opérationnel multisectoriel, où l’enjeu n’est plus seulement celui des moyens, mais celui de la refondation durable de l’accès aux soins.