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Au Royaume

En Couv’. En 25 ans, le Maroc a changé

Réconcilié avec son identité et son histoire, le Maroc a entrepris de faire un diagnostic de sa réalité avant d’amorcer sa marche de développement. Une démarche qui, au fil d’un quart de siècle, a érigé le Royaume en modèle.

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« Nous voudrions à cette occasion expliciter un nouveau concept de l’autorité et de ce qui s’y rapporte, un concept fondé sur la protection des services publics, des affaires locales, des libertés individuelles et collectives, sur la préservation de la sécurité et de la stabilité, la gestion du fait local et le maintien de la paix sociale». Dans ce discours prononcé le 12 octobre 1999, devant les responsables des régions, wilayas, préfectures et provinces du Royaume, cadres de l’Administration et représentants des citoyens, le profil du nouveau Maroc est déjà brossé. Service public, affaires locales, libertés individuelles et collectives, sécurité, stabilité, gestion locale, paix sociale, tels sont les principaux ingrédients du nouveau Maroc, celui du début du troisième millénaire.
Le discours Royal du 12 octobre 1999, créateur du nouveau concept de l’autorité, est général, visionnaire et ne concerne pas un seul domaine de la vie de la société marocaine. Il s’agit, comme il sera précisé une peu moins d’une année plus tard, lors du discours du Trône du 30 juillet 2000, d’un «concept global et cohérent et d’un tout indivisible et d’un ensemble dont les éléments sont indissociables». Le nouveau concept de l’autorité fait référence à l’étape cruciale de la reconstruction nationale et du parachèvement de l’édification institutionnelle de l’État. C’est un cap fixé pour un nouveau Maroc.
On retrouvera, en effet, les maîtres-mots de ce discours tout au long des réformes qui se sont échelonnées durant plus de deux décennies, et même lorsque le pays a dû faire face à deux événements graves: les attentats du 16 mai 2003 et la crise sanitaire mondiale. Le premier incident a été l’occasion de revoir le concept de la sécurité même, l’associant désormais au développement humain et à la lutte contre la précarité et à une vaste réforme du champ religieux qui fait du Maroc un modèle. Le second incident ouvre la voie à la fondation de l’État social et la généralisation de la protection sociale, dans sa conception globale, c’est-à-dire «la couverture sociale universelle».

L’action dans la méthode
Méthodique, le «Roi des pauvres» a démarré son règne en allant tout près des citoyens, montrant ainsi la voie. Il avait d’ailleurs précisé, dans le discours du 30 juillet 2000, que l’autorité «ne se limite pas à l’administration territoriale, mais s’étend à tout détenteur d’autorité, puisqu’il a pour noble objectif de réconcilier le citoyen avec l’autorité et l’administration, de préserver la dignité et de promouvoir l’investissement». Le terme réconciliation, en lui-même, est décliné dans les faits en plusieurs dimensions.
Réconciliation avec soi, avec une partie de sa propre identité. Ce fut le 17 octobre 2001, dans le célèbre discours d’Ajdir (dans la province de Khénifra), annonçant la création de l’Ircam. «À travers cet acte, nous voulons tout d’abord exprimer ensemble notre reconnaissance de l’intégralité de notre histoire commune et de notre identité culturelle nationale bâtie autour d’apports multiples et variés. La pluralité des affluents qui ont forgé notre histoire et façonné notre identité», a souligné le Souverain. «Nous voulons aussi affirmer que l’amazighité qui plonge ses racines au plus profond de l’histoire du peuple marocain appartient à tous les Marocains, sans exclusive, et qu’elle ne peut être mise au service de desseins politiques de quelque nature que ce soit», a-t-il ajouté. La question de l’identité nationale avait déjà été abordée, plus tôt, dans le discours du Trône du 30 juillet 2001. «Identité qui se caractérise par sa diversité et son caractère pluriel, tout comme elle se singularise par son homogénéité, son unité et son originalité à travers l’histoire. Identité plurielle, parce que bâtie autour d’affluents divers, Amazigh, Arabe, Sub-Saharien, Africain et Andalous, autant de terreaux qui, par leur ouverture sur des cultures et des civilisations variées, et en interaction avec elles, ont contribué à affiner et enrichir notre identité». Cette réconciliation avec soi contribue à définir qui nous sommes pour pouvoir mieux concevoir où nous allons. «Nous sommes un peuple historique, un peuple dont l’histoire repose sur des fondements multiples, solides et sains, des fondements riches par leur diversité, leur génie et leur authenticité…», est-il énoncé dans le même discours. Ce discours d’Ajdir est aussi historique dans le sens où il constitue le point de départ de ce qui est devenu plus tard le style de règne de Mohammed VI. «En scellant ce dahir chérifien ici à Khénifra (Ndlr, portant création de l’Ircam), nous avons tenu à entamer notre grande tournée dans différentes régions du Royaume sous d’heureux auspices. Nous irons à la rencontre de nos fidèles sujets là où ils vivent et travaillent, réaffirmant à travers les multiples visites que nous effectuons dans toutes les régions de notre chère patrie et nos rencontres avec toutes les catégories de notre peuple fidèle, que le cœur du Maroc se situe là où se trouvent et vivent des citoyens marocains».

Rêve il y a 20 ans, réalité aujourd’hui
C’est un nouveau point de départ qui, avec les résultats du rapport «50 ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025», publié en 2006, donne une idée claire sur la réalité du Maroc et son niveau de développement. Il comprend également une partie prospective avec deux scénarios, l’un souhaitable et l’autre pessimiste. Dans le premier scénario, on retiendra cette note liée au domaine de la santé, parce que très révélatrice (pour ne pas dire prémonitrice). «Tous les citoyens seraient en mesure d’avoir accès à des soins de qualité, dispensés de manière rapide et soucieuse des droits du patient. Ces soins seront prodigués dans des établissements répondant aux normes de qualité, performants et bien répartis sur le territoire. La santé de la population sera généralement améliorée, avec la baisse de la prévalence des maladies liées à la promiscuité, l’insalubrité, la malnutrition, avec une meilleure protection contre les pandémies, des outils de prévention efficaces et une adaptation des ressources au vieillissement de la population. Une large majorité de citoyens disposera d’une couverture universelle contre les risques de maladie».
D’après le rapport, ce sera la situation de la santé publique en 2025. Non seulement avec l’entrée en vigueur de l’AMO et la réforme de la santé, nous sommes pile dans ce scénario, mais bien au-delà. Le secteur de la santé, tel que prévu dans la réforme en cours de déploiement progressif, concentre tout ce que le Maroc a voulu réaliser en termes de régionalisation, décentralisation et déconcentration administrative. La santé des citoyens sera gérée par les citoyens eux-mêmes dans leurs régions selon leurs besoins, leurs attentes et leurs spécificités locales. Pour ce faire, l’État met à leur disposition tous les moyens nécessaires, financiers, humains et matériels.
Bref, pour revenir au début du règne, le Maroc a, en parallèle, entrepris de solder une partie de son passé, «les années de plomb». C’est qu’il fallait aussi opérer une réconciliation aussi avec ce passé proche pour mieux appréhender notre avenir. La création, en avril 2004, de l’IER (Instance équité et réconciliation) est plus qu’un modèle de justice transitionnelle, d’ailleurs largement salué dans le monde et même pris pour tel, c’est-à-dire un modèle. La portée de ce mécanisme dépasse de loin le simple mais primordial rétablissement de la vérité et de la responsabilité des violations des droits de l’Homme et de la réparation des préjudices. C’est le prélude de l’établissement de «l’État de droit», dans son ample acception, avec la consolidation des garanties constitutionnelles des droits humains au sens large, politiques, civiques, économiques, sociaux, culturels… C’est aussi dans ce cadre qu’entre la première réforme du Code de la famille en 2004. La deuxième est actuellement en cours.

Transformer les crises en opportunités
Le choc provoqué par les attentats du 16 mai a ouvert la voie à la consécration de ces deux principes indissociables, «l’État de droit» et la «consolidation des droits de l’Homme». C’est aussi le début d’une réconciliation entre les citoyens et «les forces de l’ordre». Un long processus d’«humanisation» des services de sécurité. Les concepts de la «police citoyenne» et de la «police de proximité» (la proximité ne se limite pas à sa dimension spéciale) ont forgé au fil des années une nouvelle image des services de sécurité, devenus un «service public», comme les autres, au service du citoyen. Ce qui s’est passé le 16 mai a également permis de prendre conscience que le «tout sécuritaire» n’était pas une option d’avenir pour le Royaume. On connait aujourd’hui le sort des États de la région qui ont opté pour ce choix. Le Maroc, lui, a choisi de s’engager sur le chemin du développement humain. Et il s’est donné une vision, une stratégie et des moyens pour le faire. L’INDH, lancée en mai 2005 et qui en est aujourd’hui à son troisième palier, porte encore cette vision. Depuis son lancement, l’Initiative nationale pour le développement humain a permis à des millions de citoyens de bénéficier de plusieurs chantiers et projets à caractère social et humain dans l’ensemble des régions du Royaume. Une expérience pionnière en matière de réalisation de la justice sociale et territoriale et de préservation de la dignité de la population. Les bases sociales, culturelles, identitaires ainsi définies, la réconciliation avec soi et avec le passé actée, la réalité du développement humain connue, le Royaume entame une deuxième phase, celle de la reconstruction de l’État. Un État moderne, émancipé et égalitaire. C’est un fait, le Royaume ne pouvait prendre pleinement son élan, tant que la question du Sahara reste un boulet. La présentation du Maroc, en 2007, du Plan d’autonomie est disruptive. Le Maroc a décidé de prendre en main le développement de ses provinces du Sud, sans plus attendre la résolution par l’ONU de ce différend. Il a tout simplement décidé que ce dossier ne sera plus un frein à son développement ni sa confirmation sur la scène internationale en tant que puissance régionale montante. Les années ont confirmé qu’il a eu raison de faire ce choix, au point où aujourd’hui c’est lui qui impose les règles. Et justement l’une des règles opposées dorénavant à tous ses partenaires, c’est que «le dossier du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international. C’est aussi clairement et simplement l’aune qui mesure la sincérité des amitiés et l’efficacité des partenariats qu’il établit» (discours du 20 août 2022).

Pour ne pas rester otage d’un conflit
La présentation de l’Initiative marocaine d’autonomie pour les provinces du Sud, faut-il le rappeler, «permettra à tous les Sahraouis de gérer, sans discrimination ni exclusion, démocratiquement, leurs propres affaires, par le biais d’organes législatifs, exécutifs et judiciaires». Le système d’autonomie proposé permettra également aux habitants des provinces du Sud de «disposer de ressources financières nécessaires pour le développement de leur région. En outre, il favorise le développement économique, social et culturel à travers le budget et le système fiscal de la région autonome, que ce soit par le biais des impôts locaux, des redevances et des contributions, ou des revenus tirés des ressources naturelles de la région». En y regardant de plus près, cette initiative pose quelques fondements de la régionalisation avancée. Un projet pour lequel le Souverain a nommé une commission et dont les résultats des travaux ont été intégrés dans le projet de la nouvelle Constitution, adopté en 2011. Le nouveau cadre constitutionnel a consacré également, une fois pour toutes, le choix démocratique, la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, entre autres principes fondateurs, et réaffirme l’attachement du Maroc aux droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus. Évidemment, la nouvelle Loi suprême a apporté également son lot de réformes institutionnelles, dont certaines sont aujourd’hui parachevées et d’autres toujours en cours. Toujours est-il que l’adoption en 2011 d’une nouvelle Constitution en soi symbolise la singularité du Royaume, la fameuse «exception marocaine», et constitue un nouveau palier dans l’évolution institutionnelle de l’État marocain. Un État qui, fort de sa stabilité et de sa paix intérieures, contribue de plus en plus à la stabilité et à la paix régionales et, par ricochet, au développement et à la prospérité de son prolongement naturel qu’est l’Afrique. Cette deuxième décennie du règne de MohammedVI est en effet marquée par une ouverture sans précédent du Maroc sur l’Afrique. Une ouverture concrétisée par une forte présence économique à travers près d’un millier d’accords conclus à l’occasion de multiples visites du Souverain dans plusieurs pays du continent. Cette politique africaine s’est enrichie davantage depuis 2017, date du retour du Maroc à l’UA. Depuis, le Royaume s’est inscrit dans une démarche d’intégration régionale, à l’échelle de tout le continent, donnant tout son sens au principe de la coopération Sud-Sud et à la logique du gagnant-gagnant. C’est qu’au fil des années, le Royaume s’est imposé en tant que modèle économique régional.

Ascension économique qui force le respect
Un pays qui était encore à vocation agricole il y a 25 ans et dont les produits industrialisés représentent aujourd’hui 85% des exportations. Cela tout en ayant réussi, grâce au Plan Maroc Vert, à moderniser son agriculture, devenue plus productive et créatrice de plus de valeur ajoutée. C’est qu’au moment où l’attention a été focalisée sur les réformes institutionnelles, la fondation et la consolidation d’un État de droit, en parallèle, moins «visible», un chantier de modernisation de l’économie et d’assainissement des finances de l’État a été lancé. Les «équilibres macro-économiques» ont été érigés en doctrine au moment où le Royaume opérait son ouverture sur l’économie mondiale avec la signature de l’accord d’association avec l’UE et de l’ALE avec les États-Unis ainsi que d’autres accords avec des pays de la région. Le Royaume a entrepris, en même temps, de mettre en place de nouvelles infrastructures plus performantes et à même de porter ses nouvelles ambitions industrielles et énergétiques, dont l’industrie automobile et aéronautique sont les symboles tout comme l’est le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, avec l’installation de la première usine du nouvel écosystème des batteries électriques et l’élaboration de l’Offre Maroc en matière de l’hydrogène vert, le Royaume entame un nouveau palier de son industrialisation. Dans quelques années, le Maroc aura doublé le volume de son économie. Lui qui vient de si loin, puisque son PIB est passé d’à peine 43 milliards de dollars en 2000 à plus de 141 milliards de dollars en 2023 (en dollar courant et selon les données de la Banque mondiale), ce qui représente une évolution de 217%. En d’autres termes, les richesses générées par le Maroc ont plus que triplé en moins d’un quart de siècle. Le PIB par habitant a plus que doublé, passant de 1.492 dollars à 3.672 dollars (+146%) durant la même époque, au moment où le taux de pauvreté a été divisé par quatre. Pendant ce temps, le Royaume a été doté d’un port de dimension mondiale, un autre du même ordre de grandeur entrera en service au début de l’année prochaine et un troisième tout aussi de dimension mondiale trois ans plus tard.
L’évolution économique va de pair avec l’évolution sociale, puisque sur ce volet le Royaume vient d’entamer, là encore, un autre niveau d’évolution avec l’instauration de l’État social et la généralisation de la couverture sociale universelle, un chantier dont la mise en œuvre a été entamée avec la généralisation de l’AMO et qui sera finalisé avec la réforme des régimes de retraite. C’est le début d’une nouvelle ère, dont la crise sanitaire et l’élaboration d’un nouveau modèle de développement représentent le point d’inflexion. Une nouvelle ère dont le volet économique repose, entre autres, sur l’industrie décarbonée, les énergies vertes, la mobilité propre et l’économie du savoir, renforcée par la réforme de l’enseignement public et qui s’appuie sur la digitalisation et l’IA.