Au Royaume
Chansons et échos de la Marche Verte
De «Sawt Al Hassan», hymne forgé en une nuit par Lamghari et Issami, à «My Massir@» de Bashim, ces chansons cultes ont uni le peuple autour de la cause nationale. Cinquante ans après la glorieuse Marche, elles chantent l’âme résiliente d’un Maroc fier et indivisible.
Le 6 novembre 1975, 350.000 Marocains, brandissant le Coran et le drapeau national, se sont lancés dans la Marche Verte vers le Sahara, un geste pacifique initié par le Roi Hassan II pour réaffirmer la souveraineté marocaine sur ce territoire historique.
Cet événement fondateur, symbole de cohésion nationale, a immédiatement inspiré les artistes. Les chansons nées de cette épopée ne sont pas de simples mélodies : elles sont des cris de ralliement, des vecteurs de mémoire collective, chantées de génération en génération.
Parmi elles, «Sawt Al Hassan (La Voix de Hassan)» reste l’hymne emblématique, tandis que d’autres tubes, du folklore au rap, perpétuent cet élan patriotique. C’est dans l’urgence de l’Histoire que naît «Sawt Al Hassan», ou plus précisément «Nidae Al Hassan (L’Appel de Hassan)».
Écrite par Fathallah Lamghari, inspirée par le discours radiodiffusé du Roi, la chanson est composée le soir même par Abdallah Issami. Enregistrée en une nuit avec une pléiade d’artistes (Latifa Amal, Abdelmounaim Jamai, Mahmoud El Idrissi, Bahija Idriss, Mohamed El Hayani) et l’Orchestre Al Jawq Al Malaki, elle est diffusée dès le lendemain sur les ondes nationales.
«J’étais devant la télévision quand feu Hassan II a prononcé son discours historique annonçant l’organisation de la Marche Verte. Ce moment émouvant a réveillé en moi des sensations uniques et exceptionnelles.
Inspiré par les paroles du Souverain, j’ai écrit la chanson «Nidae Al Hassan» en un quart d’heure», racontait Lamghari, dont les vers romantiques habituels se muent en appel fervent à l’unité.
Les paroles, un hymne au devoir patriotique, résonnent comme un serment: «Sawt Al-Hassan ynadi / Ya watani istajiib/ Lmassira Al-khadra / Nahno ma3ak fiha (La voix de Hassan appelle / Ô ma patrie, réponds / La Marche Verte / Nous sommes avec toi)»
. Issami, ému par le texte, confiait : «Dès que j’ai écouté le texte écrit par Fathallah Lamghari, j’ai composé la chanson avec beaucoup d’amour et d’attention. C’est une chanson écrite et composée avec le cœur qui exprime avec fierté l’attachement du peuple marocain aux valeurs nationales et c’est ça le secret de sa réussite».
Chantée par les marcheurs eux-mêmes, elle devient le pouls de la caravane, unifiant Berbères, Arabes et Sahraouis sous une même mélodie. Reprise par l’Orchestre philharmonique du Maroc en 2010, ou dans un remake collectif de 33 artistes pour Coke Studio en 2017, elle traverse les époques, symbole d’un nationalisme inclusif.
Parallèlement, «Laâyoune Aynia (Laâyoune, mes yeux)», signée Mohammed Chahramane et arrangée en une nuit par le groupe mythique Jil Jilala, capture l’émotion saharienne. Ses couplets, mêlant dialecte et poésie nomade, évoquent les dunes comme des yeux bien-aimés: «Laâyoune aynia, Sahara watani (Laâyoune, mes yeux, Sahara ma patrie)».
Ce tube, diffusé lors des rassemblements populaires, renforce le lien viscéral avec le territoire, transformant la Marche en une odyssée collective.
Les décennies suivantes voient l’héritage musical s’enrichir de versions modernes. En 2017, la salsa vénézuélienne «El Sahara de Marruecos», adaptation de «Sawt Al Hassan» par Tito Ramon Romero et Badr Meskaoui, séduit les diasporas latino-marocaines, prouvant la portée universelle de l’hymne.
Plus récemment, le rappeur Bashim rend hommage avec «My Massir@», un beat urbain commémorant l’événement: «De la Marche Verte aux vents du Sahara, on avance unis, pas de retour en arrière». Ce titre, sorti en 2021, fusionne tradition et contemporanéité, attirant la jeunesse via les plateformes numériques.
Aujourd’hui, ces chansons irriguent les commémorations annuelles, des écoles aux festivals comme Mawazine, où l’Émiratie Ahlam les reprend en caftan, liant Afrique et Arabie. Elles ne célèbrent pas seulement un triomphe diplomatique – la récupération pacifique du Sahara – mais incarnent aussi l’âme marocaine: résiliente, poétique, unie.
Comme le note Abdellatif Benouhoud, ancien directeur du Conservatoire de Casablanca: «Écrite avec beaucoup d’émotion, cette chanson qui touche toujours le cœur de tous les Marocains a été interprétée avec beaucoup d’engagement et de ferveur».
Soit ! les échos de la Marche Verte chantent encore la paix et la fierté, rappelant que la musique peut redessiner des frontières.