Au Royaume
Aide directe : Une révolution sociale qui marche
La machine est huilée. Près d’un million de bénéficiaires ont commencé à recevoir leur premier versement. La population touchée est de l’ordre de 3,5 millions. Une providence tombée à point, surtout dans le monde rural où les effets de cinq années de sécheresse sont bien visibles.
Révolution sociale. Le mot est faible. La même scène se répète un peu partout, dans la ville et en pleine campagne. Mohamed, père de famille avec sa mère à charge, montre à la caméra, sourire à la bouche, les quelques centaines de dirhams qu’il vient tout juste de retirer du guichet automatique. Cet habitant d’une zone reculée du Royaume vient, en effet, comme près d’un million de chefs de famille, de recevoir le premier versement de l’aide directe.
Depuis le début de l’année, au cœur de Casablanca, à Errachidia, Marrakech, Taourirt, Béni Mellal…, un peu partout dans le pays, les bureaux administratifs mis en place à cet effet par le ministère de l’Intérieur ont connu une affluence remarquable des familles pour s’inscrire au programme d’aide sociale directe. Le gouvernement l’a promis, il aura tenu sa promesse. Les directives royales ont été suivies à la lettre.
Dans d’autres circonstances, cela aurait fait l’objet d’un tapage médiatique sans précédent. Et pour cause, ce filet social est un bond en avant en matière de protection sociale. En termes électoraux, c’est le coup de boost rêvé de tout parti politique, plus particulièrement ceux ayant un faible penchant pour le populisme. Ce n’est pas le cas de l’actuel parti aux commandes pour qui la parole donnée, ou la devise «Agharas Agharas», vaut bien plus que tous les marchandages électoraux. Pour le gouvernement, c’est un défi majeur, un pas de géant pour le pays.
Le fait est là. Pour les intéressés, l’événement c’est tout simplement une «providence». Plus particulièrement dans le monde rural qui vit déjà sous le coup de la cinquième année consécutive de sécheresse qui s’abat sur le Royaume. C’est sans doute là où cette aide est la plus attendue et où elle est censée avoir le plus d’impact.
Aujourd’hui donc, le versement de la première tranche de l’aide sociale directe aux familles en situation de précarité, qui a débuté fin décembre 2023, se poursuit avec une grande dynamique sur l’ensemble du territoire national. Selon les premières données statistiques, elle concerne environ un million de familles, soit près de 3,5 millions de Marocains, répondant au seuil d’éligibilité requis du Registre social unifié.
Un peu partout, cette opération connaît une forte affluence des familles concernées dans les différentes préfectures et provinces. Pour que l’opération se déroule dans des conditions optimales, ce qui n’est pas une chose facile dans de telles situations, le département de l’Intérieur a mis en place toutes les procédures techniques, administratives et logistiques nécessaires aussi bien au niveau central que local.
25 MMDH à distribuer
Les remontées du terrain montrent que les bénéficiaires n’ont rencontré pratiquement aucun problème. Il est vrai que sur les réseaux sociaux, l’on a tendance à en minimiser l’impact et présenter l’opération comme laborieuse, mais la réalité est toute autre. Tous ceux qui en ont bénéficié parlent d’«organisation fluide et efficace». Le parcours est déjà tracé : après l’inscription sur le Registre national de la population puis sur le Registre social unifié et en fonction du score, l’intéressé saura s’il pourra bénéficier de cette aide. Dans l’affirmative, il en fait la demande sur la plateforme dédiée.
Au bout de quelque temps, et après avoir entrepris ces démarches, de nombreux citoyens ont effectivement reçu un SMS les informant de la possibilité de bénéficier du montant d’aide qui leur est consacré. Plus encore, même si la procédure est relativement simple, des commissions ont quand même été mises en place au niveau local pour veiller à assurer l’accompagnement des citoyens désirant bénéficier de l’aide sociale directe.
Comme il a été présenté bien avant sa mise en œuvre, cette aide est un programme national qui vise à «améliorer les conditions de vie des familles ayant des enfants en âge scolaire ou en situation de vulnérabilité, et qui ne bénéficient actuellement d’aucune compensation familiale conformément aux textes législatifs et réglementaires en vigueur, dans le but de soutenir leur pouvoir d’achat».
Évidemment, il y aura sans doute quelques petits détails à affiner, des situations non empiriques où des personnes, légitimement éligibles, ne pourront en bénéficier pour une raison ou une autre. Femmes avec ou sans enfants adonnées et livrées à elles-mêmes, mais sans que le divorce ne soit prononcé, Marocaines mariées à des étrangers rentrées seules après avoir perdu leur mari dans des zones de conflit en Libye ou en Syrie par exemple… Il y aura certainement des situations de ce genre qui devraient être résolues au cas par cas une fois la machine rodée. Les pages et les comptes des réseaux sociaux, et même certains sites d’informations, en feront sans doute, entre-temps, leurs choux gras. De toutes les manières, il ne faut pas perdre de vue que le régime cible des millions de familles ne bénéficiant pas d’allocations familiales, en particulier celles ayant des enfants de moins de 21 ans, ainsi que les familles sans enfants ou ayant des enfants de plus de 21 ans et qui sont en situation vulnérable.
Pour ce faire, un budget annuel a été mobilisé. Il est de 25 milliards de dirhams pour l’année qui vient de démarrer et sera porté à 29 milliards de dirhams en 2026. Ce programme va contribuer notamment à la mise en œuvre du «revenu de dignité pour les personnes âgées», des «allocations familiales à tous les ménages» et du «soutien à vie aux personnes en situation de handicap».