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Titrisation : Un «fonds de dette» pour financer une centrale à gaz
Inédite, l’opération a permis à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable de lever 2 milliards de dirhams auprès d’investisseurs qualifiés pour boucler le financement de la future centrale à gaz à cycle combiné d’Al Wahda.
L’ONEE a de nouveau recours à la titrisation, mais sous une nouvelle forme cette fois-ci. L’Office, qui a largement eu recours par le passé à la titrisation de créances existantes pour financer notamment son besoin en fonds de roulement, a cette fois-ci eu recours à ce mécanisme dans sa variante appelée «fonds de dette» pour financer le développement d’une infrastructure stratégique pour le Royaume, en l’occurrence la centrale à gaz d’Al Wahda. Et c’est une première !
Le marché de construction de cette centrale qui sera dotée d’une capacité totale de près de 1.000 MW via deux unités à cycle ouvert, et qui jouera un rôle clé dans l’avenir énergétique du Royaume (voir encadré), avait été attribué, pour rappel, en octobre dernier, au consortium sino-japonais China Energy Engineering Corp et Mutsibishi Power, suite à un appel d’offres international initié par l’Office.
Pour financer les travaux de la centrale, dont le coût s’élève à 4,16 milliards de dirhams (hors taxes), l’ONEE a dû faire preuve d’imagination pour établir un montage financier jusqu’ici inédit dans le Royaume. Il consiste en un apport en fonds propres de 831 millions de dirhams (20% du coût global), le reliquat étant financé par un consortium de prêteurs constitué d’Attijariwafa bank, Bank of Africa et de deux fonds de titrisation.
Pour ce qui est de la dette bancaire, elle a été contractée auprès des deux établissements bancaires pour 1,326 milliard de dirhams (663,2 millions de dirhams chacun). Les deux fonds de placement collectifs en titrisation (FPCT) sont quant à eux plafonnés à un montant d’un milliard de dirhams chacun. Le premier, dénommé FT Nord Energy, est arrangé et géré par BMCE Capital Titrisation, tandis que le second, FT Flexenergy, est structuré par Attijari Titrisation.
Ces deux FPCT, dont la création a été décidée en septembre 2024 par le DG de l’ONEE ,Tariq Hamane, ont émis des obligations pour lever les fonds auprès des investisseurs qualifiés de droit marocain, la période de souscription s’étant achevée le 3 février. Et les investisseurs ont été au rendez-vous: l’opération a été souscrite plus de deux fois.
Les titres émis sur le marché par les deux FPCT, d’une maturité de 13 ans et 331 jours très exactement, se déclinent en deux catégories : des obligations A1 à taux fixe, offrant des rendements stables, et des obligations A2 à taux révisable, ajustées aux variations du marché.
Des fonds adossés à des actifs futurs
Dans ce type de montage, et c’est là la grande nouveauté, le financement est adossé aux flux futurs du projet d’investissement, qui serviront à rémunérer les investisseurs. En d’autres termes, ce sont les cash-flows générés par la production électrique de la future centrale et par la vente de cette production aux clients de l’ONEE qui assureront le remboursement.
À la clé pour les souscripteurs, des rendements attractifs à un taux autour de 5% (avec une prime de risque comprise entre 140 et 150 points de base), auxquels s’ajoute une série de garanties pour sécuriser le placement.Ce mécanisme, encore peu utilisé par les entreprises pour financer leur projet d’investissement, a été rendu possible par la publication, en 2022, d’un arrêté ministériel portant sur les opérations de titrisation par octroi de prêt.
Cette évolution réglementaire, considérée comme une avancée majeure, a ouvert la voie aux fonds de titrisation pour pouvoir accorder directement des financements à tout type d’entreprises non financières, dans le but de leur permettre d’acquérir des actifs ou de réaliser des investissements. Ces derniers étant garantis par des sûretés sur les actifs, ce qui limite le risque pour les investisseurs.
Côté ONEE, le recours à ce mécanisme innovant marque une véritable rupture avec la manière dont les grands projets d’infrastructures étaient jusqu’ici financés, le plus souvent par la dette classique à long terme, qui engage, qui plus est, la garantie de l’État.
Une option qui aurait été des plus coûteuses pour l’ONEE, confronté à une situation financière difficile depuis quelques années, tout en ayant un long pipe de projets majeurs, que ce soit dans le dessalement, le renouvelable ou le transport d’électricité.
En lançant cette opération, l’Office parvient ainsi à diversifier ses sources de financement à long terme, en élargissant le cercle des prêteurs, tout en offrant aux acteurs du marché l’opportunité de participer au financement du projet aux côtés des banques, via les fonds de titrisation.
Selon les professionnels, le recours à ce mécanisme pour le financement de la centrale Al Wahda pourrait même devenir un modèle pour d’autres projets d’infrastructures publiques au Maroc, dans la mesure où il permet de réduire la dépendance aux garanties publiques, tout en attirant des investisseurs de premier plan.
La titrisation via les fonds de dettes apparait comme une solution idoine pour contribuer aux financements des nombreux projets d’infrastructures prévus dans le Royaume d’ici 2030. «Le défi était de trouver la structuration idéale pour conjuguer un financement optimal du projet avec un profil rendement/risque acceptable pour les investisseurs.
De ce point de vue, les fonds de dette représentent une solution prometteuse pour le financement des projets d’infrastructures engagés par l’État, qu’ils soient énergétiques, routiers, portuaires ou ferroviaires», résume ce professionnel.
Et de conclure : «Ce sont des véhicules réglementés, sécurisés, offrant beaucoup de flexibilité, permettant aux acteurs du marché de participer, aux côtés des bailleurs de fonds, au financement de ces projets importants». De quoi aussi donner une nouvelle impulsion au marché marocain de la titrisation.
Un projet stratégique pour la transition énergétique
En matière de transition énergétique, la centrale à gaz Al Wahda revêt une importance stratégique pour le Maroc, qui cherche à diversifier son mix énergétique, avec un objectif de substitution progressive des énergies fossiles par des énergies renouvelables.
Cependant, les énergies renouvelables, par leur nature intermittente, nécessitent des solutions de flexibilité pour garantir la stabilité du réseau électrique. Le gaz naturel, considéré comme une énergie fossile plus propre, joue dans ce sens un rôle clé, notamment grâce à ses caractéristiques techniques permettant une réactivité rapide aux fluctuations de la demande en électricité.
Le choix du site d’Al Wahda, à proximité du gazoduc Maghreb-Europe et du plus grand barrage du Royaume, offre des avantages logistiques et techniques notables, assurant des performances accrues de la centrale, souligne l’ONEE.
Pour ce qui est de l’échéancier, la centrale sera construite sur une période de 31 mois. 15% du coût du projet sera décaissé au démarrage, 52% en cumulé, au bout de 9 mois, et 92% au bout de 18 mois.

