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Stroc Industrie : Une performance et des questions
Depuis le début de l’année, les petites et moyennes capitalisations enregistrent des hausses consécutives de leurs cours en Bourse. Stroc Industrie vole la vedette sur le marché actions, avec une performance annuelle qui atteint presque 500%. Est-elle vraiment justifiée ?
Récemment, les petites et les moyennes capitalisations attirent de plus en plus les boursicoteurs. Elles sont plusieurs à afficher des performances extravagantes depuis le début de cette année, et pas forcément sur une base fondamentale solide. Stroc Industrie, elle, est la star de la cote.
Son cours a augmenté de 480% en six mois. De 43,4 DH début janvier, il est passé à 243,85 DH. En 2024, sa performance annuelle avait déjà atteint 45%. Pourtant, la santé financière de la société bat de l’aile. Elle est toujours dans le rouge et peine à sortir la tête de l’eau.
En effet, la société, spécialisée dans l’ingénierie industrielle, le génie civil, la structure métallique, la chaudronnerie, la tuyauterie et la maintenance, a dégagé un résultat déficitaire, en 2024, de 12,5 MDH contre -39,7 MDH une année auparavant, avec toutefois une amélioration de l’activité commerciale de 27% à 112 MDH.
Un effet d’annonce
Cependant, l’élément positif qui joue en sa faveur, c’est l’adjudication et le lancement d’un projet visant le montage des installations de la mine de cuivre de Tizert pour le compte d’un donneur d’ordre minier de premier rang, qui n’est autre que Managem.
Grâce à ce contrat, la société a vu son chiffre d’affaires passer de 24,5 MDH à 69,5 MDH au premier trimestre de cette année. «Au-delà de cette information de taille qui commence déjà à produire son effet sur le carnet de commandes, compte tenu des réalisations commerciales de la société au premier trimestre de cette année, aucune autre n’explique cette expansion du cours», explique le directeur d’une cellule analyse et recherche.
La société est en difficulté depuis des années. C’est un fait. Mais, cela ne se reflète pas sur son cours en Bourse. Le cours vole d’un record à l’autre en raison d’une forte demande sur le titre. Cela dit, il est important de noter que cet intérêt porté pour la valeur est le fait de particuliers uniquement.
Notre source estime que les particuliers se rabattent sur certaines petites et moyennes capitalisations, qui affichent un PER nettement moins élevé que la moyenne du marché et qui présentent donc un potentiel de croissance important des cours.
Alors que les grosses capitalisations, dont les sociétés des secteurs immobilier, bancaire, du BTP, des télécoms, semblent atteindre un niveau mature de croissance des cours, les personnes physiques, toujours attirées par l’appât du gain, cherchent des opportunités ailleurs. La dynamique haussière du marché dans son ensemble ne devrait pas s’arrêter de sitôt et là où il y a de la croissance potentielle, les particuliers s’y orientent.
Redressement judiciaire
Stroc Industrie est toujours en redressement judiciaire. Elle le précise dans sa communication financière de l’année dernière : «Sur le volet du redressement judiciaire, la procédure se poursuit et le dialogue avec les créanciers, le syndic et les contrôleurs reste ouvert et constructif en vue de la poursuite de l’activité et du maintien de l’emploi».
La société, faut-il le rappeler, est en difficulté financière depuis des années. En dépit de plans de redressement, elle peine à sortir du tunnel. Pour l’histoire, dès son introduction en Bourse en 2011, au prix de 357 DH, la société commençait à connaître des difficultés financières, liées à un mouvement social au sein de l’entreprise, qui a entraîné un décalage dans les livraisons.
«Au vu de la durée moyenne de réalisation des projets, les commandes n’ont pu être converties que partiellement en chiffre d’affaires en cours d’année», avait alors expliqué le top management. C’est en 2015 que la société a commencé à s’enfoncer dans le rouge. Elle avait enregistré une perte sèche de 100 MDH avec un énorme besoin de trésorerie. Et depuis, c’est un effet boule de neige.
Un plan de sauvetage
Un plan de sauvetage a été lancé en 2018, sur une période de 5 ans, compte tenu de la situation critique de la société. Il visait essentiellement à éviter le redressement judiciaire, en permettant à l’entreprise de restructurer ses activités et de surmonter ses difficultés financières, tout en assurant la poursuite de son activité, le maintien des emplois et le paiement de ses créanciers.
À terme, l’entreprise n’a pas réussi à honorer ses engagements. De la sauvegarde judiciaire, Stroc Industrie a basculé vers le redressement judiciaire et avait quatre mois pour présenter un autre dispositif pour sauver les meubles. En 2022, la société a présenté un plan de continuation au tribunal de commerce.
Il repose sur des hypothèses qui lui permettent d’affronter ses difficultés progressivement, à mesure que son activité reprend des couleurs. Au bout de dix années, si la société peine à respecter son plan, elle sera directement mise en liquidation.
D’autres small & mid se démarquent
Stroc Industrie n’est pas la seule à tirer profit de ce mouvement haussier des cours. Plusieurs autres small & mid caps sont dans le viseur des investisseurs, particuliers notamment. Il s’agit, entre autres, de certaines valeurs du secteur informatique dont le cours a plus que doublé, à l’instar d’Ibmaroc.com qui a enregistré une croissance de 130% à 80,15 DH, de S2M avec une progression de 172,3% à 640 DH ou encore d’Involys qui a affiché une performance, à date, de 114,6% à 206,55 DH. Dans le secteur de la distribution, c’est Fenie Brossette qui se démarque avec une performance de 311% pour un cours de 437,90 DH.
