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Pourquoi Label’Vie se lance dans les services financiers ?
En s’offrant la société Financement nouveau à crédit (FNAC), le groupe de grande distribution lorgne désormais le crédit à la consommation. Une activité nouvelle, considérée comme un booster de croissance. Explications.
Un groupe de grande distribution opérant au Maroc et qui souhaite s’offrir une société de crédit à la consommation : voilà une information qui, à première vue, peut paraître incongrue, mais qui, en réalité, est loin d’être surprenante. Dans les marchés matures en effet, en Europe notamment, cela fait déjà plusieurs années que les enseignes de grande distribution ont lancé des services financiers variés pour accompagner leurs ventes de biens de consommation, via une gamme de produits développés et commercialisés par des filiales financières. Ces dernières se nomment Carrefour Banque, Banque Casino ou encore Banque Edel, pour ne citer que les plus connues. Au fil des années, l’offre financière de ces géants de la distribution s’est considérablement étoffée, avec des produits d’épargne (livret, OPCVM ou même assurance-vie), d’assurance ou encore de rachat de crédit.
Il faut dire que les géants de la grande distribution, qui évoluent dans des marchés arrivés à maturité depuis des décennies, sont de véritables machines à cash, avec un besoin en fonds de roulement largement négatif. Pour ces groupes, le développement de services financiers destinés à leur clientèle est un moyen de mettre à profit cette trésorerie, en leur octroyant des crédits, à des conditions plus avantageuses qu’un crédit classique. Au Maroc, où le marché de la grande distribution est encore en croissance, avec les investissements dans l’extension du réseau qui se poursuivent, ces services financiers ne sont pas encore développés. Mais cela ne saurait tarder.
L’agrément, le précieux sésame
La volonté du groupe Label’Vie – l’un des leaders du secteur au Maroc avec 156 magasins sur tout le territoire et un chiffre d’affaires de près de 14 milliards de dirhams en 2022 – de prendre le contrôle exclusif de la société de financement FNAC relève de cette logique. Et c’est à travers cette société de financement, dûment agréée pour les activités de crédits à la consommation aux particuliers, que le groupe de grande distribution pourra investir cette nouvelle activité et en défricher le terrain.
Tout l’intérêt de s’offrir cette société de financement réside dans ce précieux sésame: l’agrément délivré par la banque centrale. FNAC étant une «coquille vide», qui ne produit plus de crédits depuis plusieurs années, selon les dires d’un professionnel. Un agrément qui, du reste, devra être renouvelé, suite au changement d’actionnariat potentiel. La demande de renouvellement a d’ailleurs été déposée à la banque centrale et l’opération d’acquisition notifiée au Conseil de la concurrence, qui devra donner son feu vert pour qu’elle se concrétise.
«L’objectif de cette opération est d’avoir un agrément qui permet de donner du crédit et d’apporter un complément de services à des partenaires. Il y en a trois : les clients, les fournisseurs et les salariés», confirme une source au sein du groupe Label’Vie. Aujourd’hui, souligne cet interlocuteur, «nous essayons d’apporter à nos clients un maximum de promotions, d’assortiments, de services à la caisse, etc. Demain, nous aurons la possibilité de compléter la panoplie de services que nous proposons, par du crédit, pour ceux qui en ont besoin. Avec une bonne connaissance de ses clients, l’enseigne aura même la possibilité d’anticiper leurs besoins».
En effet, en se basant sur le comportement et les habitudes d’achat et de consommation, le groupe serait en mesure de proposer à sa clientèle une offre de financement adaptée, assortie de meilleures conditions que celle proposée par un établissement de crédit classique. «Typiquement, explique notre source, pour un client qui achète chez nous, mais qui arrête de le faire à partir du 15 du mois, on peut lui proposer un crédit revolving pour ses achats durant cette seconde quinzaine du mois, qui ne seront payés que le 30». Autre exemple : pour un client qui n’a pas acheté de réfrigérateur depuis 4 ou 5 ans, l’enseigne pourra lui proposer une offre promotionnée, accompagnée d’un crédit gratuit sur 3 ans.
Un booster de croissance
Ces crédits ont également la particularité d’être quasiment sans risque pour l’enseigne de grande distribution, car destinés à une population bien identifiée et bien connue des services du groupe et avec laquelle des transactions régulières, commerciales notamment, sont réalisées.
«Des structures dédiées devront être mises en place pour cette future activité. Des investissements devront être faits également dans l’informatique et les systèmes de contrôle, tout ce qui fait l’activité d’une banque, mais à une échelle beaucoup plus réduite». Et notre source de préciser et d’insister : «Nous n’avons pas la prétention ni la vocation de devenir une banque». Et d’ajouter : «Il faut voir ces services financiers comme un booster de croissance, au service du business principal, à savoir stimuler les ventes, tout en fidélisant les clients ainsi que tous les partenaires. Ces services ne sont en fin de compte qu’une pierre à l’édifice des compléments de services que le groupe souhaite développer à l’avenir pour ces clients».
Au-delà du crédit, les champs du possible sont vastes. À l’avenir, l’enseigne pourrait proposer également des couvertures d’assurance, vendre du voyage dans les magasins, à l’image de ce qui se fait déjà ailleurs. «Tout ceci est encore naissant, mais cela s’inscrit dans une vision stratégique, qui est d’offrir les meilleurs services possibles», résume notre interlocuteur.
Crédit conso : Un marché juteux
Le marché du crédit à la consommation est l’un des plus importants parmi les différentes catégories de crédit bancaire, avec un encours de près de 141 milliards de dirhams à fin 2022, selon les statistiques de la banque centrale. Depuis quelques années, ce marché est en ralentissement, dans un contexte de hausse des impayés et de renchérissement des taux. Le marché est très concentré, avec une part de 64% du total actif du secteur, détenue par les trois plus grandes sociétés de crédit. On constate également une tendance à l’allongement des durées de financement. Ainsi, les financements à la consommation de maturité supérieure à 5 ans ont vu leur part augmenter de 2 points à 80%. Autre constat relevé par la banque centrale dans son dernier rapport sur la supervision bancaire : les personnes disposant d’un revenu inférieur à 4.000 dirhams représentent près de 32% des dossiers de financement, contre 23% pour celles à revenu compris entre 4.000 et 6.000 dirhams et 45% pour les personnes ayant un revenu supérieur à 6.000 dirhams.
