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Microfinance : Une extension vers la TPE qui porte ses fruits
Après avoir baigné dans la morosité, le secteur sort la tête de l’eau. Une embellie principalement portée par la hausse des encours des Très petites entreprises et la baisse des créances en souffrance. Toutefois, des écueils sont à surmonter pour ne pas replonger dans la crise.
Promis à un bel avenir, le secteur de la microfinance a déjoué les prévisions, sous l’effet du Covid-19 et de l’inflation. En attestent une perte cumulée de 55,4 millions de dirhams (MDH) sur son résultat net en 2021, ainsi que le ralentissement des encours qui n’ont évolué que de 5% entre 2020 et 2023.
En 2022, l’activité n’avait enregistré qu’un résultat net de 132,2 MDH, grâce à la subvention étatique de 179 MDH qui avait permis de compenser 50% des intérêts intercalaires supportés au titre des créances reportées lors du Covid-19.
Mais tous ces indicateurs au rouge appartiennent au passé. Aujourd’hui, le tableau est on ne peut plus reluisant. En 2024, l’encours brut des micro-crédits a atteint 9,5 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 9,4% par rapport aux 8,7 MMDH de l’exercice précédent, selon le dernier rapport sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib.
Recul des créances en souffrance
Le total bilan des onze associations de microcrédit (AMC), qui correspond à la valeur totale de leurs actifs, s’est établi 10,9 MMDH, légèrement au-dessus des 10,4 MMDH en 2023. Quant au résultat net, il affichait 200 MDH contre 70 millions une année auparavant.
Le 3 juillet, lors de la présentation du décret sur le relèvement des plafonds des crédits accordés par ces institutions de microfinance (IMF) et des fonds collectés par ces établissements de microfinance en Conseil de gouvernement (voir encadré), la ministre de l’Economie et des finances, Nadia Fettah, révélait qu’environ 778.404 personnes, dont 47% sont des femmes, avaient bénéficié des crédits octroyés.
On note également un élargissement du réseau à 1.673 points de vente en 2024, en hausse de 1,2%, après un repli de 1,5% en 2023. L’effectif employé par les IMF s’est établi à 7.764 agents, enregistrant une hausse de 3,6%, après une baisse de 1,7% en 2023. A noter que près de 49% des collaborateurs sont des femmes. Autre bonne nouvelle, le recul de 8% des créances en souffrance à 452 MDH, avec un taux de risque de 4,7%, contre 5,6% en 2023. Le taux de couverture par les provisions s’améliore aussi à 84%.
Hausse des crédits aux TPE
Si l’endettement bancaire (6,1 MMDH, dont 94% auprès de banques locales), représente 68% de leurs ressources, les IMF ont tout de même réussi à faire progresser de 9,7% leurs fonds propres à 2,83 MMDH. Soit 28% du total de leur passif.
Contacté par nos soins, Youssef Bencheqroun, directeur général d’Al Amana Microfinance, estime que ce regain de croissance s’explique, d’une part, «par les encours dans la très petite entreprise (TPE) qui prennent de plus en plus une part importante dans l’encours global». Et, d’autre part, «par les montants moyens débloqués pour des activités génératrices de revenus (AGR) en croissance, essentiellement sur les renouvelants et de façon plus maîtrisée sur les nouveaux clients».
Cette grille d’analyse corrobore celle de Jaïda, une structure spécialisée dans le financement des IMF, qui indique dans son rapport annuel 2024 que cette embellie est principalement portée par l’essor du financement des TPE qui représentait 21% du portefeuille global. Est-ce donc une réorientation stratégique vers une niche plus structurée et potentiellement plus rentable ?
« L’orientation stratégique des IMF demeure plus que jamais les activités génératrices de revenues (AGR) des populations exclues du système financier. C’est le cœur de leur métier et leur raison d’être, transformation institutionnelle ou pas. Il se trouve qu’un pan entier de marché, que l’on qualifie classiquement de mésofinance était insuffisamment couvert», précise notre interlocuteur.
D’après Youssef Bencheqroun, les acteurs traditionnels de la microfinance avaient de la peine à l’appréhender, avec des volumes non stratégiques pour eux mais représentant le plus grand nombre d’agents économiques. «Les opérateurs de microfinance, du fait de leur proximité des activités génératrices de revenus, ont moins de peine à satisfaire leurs besoins. Celles-ci étaient dans l’incapacité d’honorer leurs engagements et leur recouvrement peut prendre plusieurs années», explique-t-il.
Les principales entraves
Pour le directeur général d’Al Amana Microfinance, le segment de la TPE n’est qu’une extension naturelle de l’activité de base classique, l’ensemble des ressources des IMF étant orientées quasiment vers le service des AGR. «Les montants moyens déboursés pour la TPE avoisinant les 100.000 DH, ils représentent assez vite des pourcentages significatifs des encours», souligne le spécialiste. Ses propos sont confirmés par les statistiques du ministère de l’Economie et de finances qui révèlent, qu’en 2024, plus de 6 MMDH ont été octroyés à des particuliers, contre 2 MMDH pour les TPE.
En dépit de la bonne santé financière affichée l’année dernière, la microfinance fait face à plusieurs entraves qui freinent sa croissance, principalement la sécheresse chronique qui «réduit la demande dans 50% des points de vente».
Mais également l’inflation qui, «même revenue à des chiffres moins élevés, englobe celle des dernières années qui n’a pas été corrigée», confie l’expert.
Il note également une certaine inertie à promouvoir le secteur de la part de l’écosystème. Et pour cause : «Lancer des grandes campagnes de communication coûte très cher pour installer le microcrédit comme acteur incontournable. Il existe aussi des risques d’instrumentalisation à des fins politiques de cette activité.»
Un plafond de microcrédits de 1,2 MDH pour les sociétés anonymes
Le 3 juillet dernier, le Conseil de gouvernement a adopté le décret n°2.25.450 relevant les montants maximaux des microcrédits et des fonds collectés par les IMF. Ce document publié au BO du 24 juillet 2025, vient appliquer les dispositions de l’article 5 de la loi n°50.20 relative aux financements de petite taille, promulguée le 29 juillet 2021.
Le texte maintient les plafonds fixés par le décret de 2019 pour les IMF constitués sous forme d’associations. Les montants maximaux des microcrédits restent fixés entre 50.000 et 150.000 DH, notamment pour le financement d’une activité ou d’un service en faveur de personnes à revenu limité pour favoriser leur inclusion économique, pour couvrir les frais liés à l’acquisition, la construction ou la rénovation d’un logement, ainsi qu’à son raccordement à l’eau potable ou à l’électricité, Pour les IMF constituées en sociétés anonymes et agréées en tant qu’établissements de crédit, le plafond des microcrédits peut atteindre 1,2 MDH.
Concernant les fonds collectés, le décret fixe aussi un maximum de 10 MDH pour les montants déposés par des personnes exerçant des activités structurées, de 2 MDH pour les activités non structurées, et de 400.000 DH au titre l’épargne.
