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Marchés : L’obligataire se détend, les actions voient plus haut
Le ciel semble se dégager pour les marchés actions et obligataires, après un début d’année très compliqué. Détente
sur les taux, baisse tendancielle de l’inflation, regain de confiance des investisseurs, retour de la croissance… Autant de facteurs qui contribuent à redonner des couleurs aux marchés.
Une hausse de 8%. C’est la performance du Masi à l’issue du premier semestre, permettant à la capitalisation boursière de la cote casablancaise de frôler la barre des 600 milliards de dirhams. Une performance quasi inespérée si on garde en mémoire le début d’année rouge sang, causé par le choc obligataire du vendredi 6 janvier, qui a envoyé le marché actions au tapis.
La raison? La remontée brutale, dans un contexte inflationniste, des taux des bons du Trésor qui a impacté à la baisse le niveau de valorisation des sociétés cotées. Une situation qui avait amené les gérants à réduire leur exposition sur les actions, celles-ci offrant des rendements bien moins intéressants que les obligations.
Depuis, le marché a retrouvé des couleurs et fait sa remontada. «Après la panique de début d’année, le Masi a rebondi de 19,2% depuis le 6 janvier», indique Farid Mezouar, spécialiste des marchés financiers et directeur de la plateforme FL Markets. Une hausse qui, selon cet expert, s’est nourrie par un «appétit au risque qui est revenu progressivement, grâce aux bons ratios de valorisation et à l’accalmie au niveau des taux».
Surtout, ajoute-t-il, «le terrain était préparé» car l’exercice 2022 a été marqué par la progression de plus de 11,3% de la masse bénéficiaire (hors Maroc Telecom) tandis que les revenus des entreprises cotées au premier trimestre ont augmenté de 6%. La perspective d’un reflux progressif de l’inflation, devant permettre aux entreprises de reconstituer progressivement leurs marges, a également contribué à ce regain d’optimisme. «Cet optimisme a été couronné par la dernière décision de Bank Al-Maghrib en juin 2023 de réaliser une pause dans son cycle de resserrement de sa politique monétaire», conclut notre interlocuteur. Une décision qui a été à l’origine d’une séance euphorique le 21 juin à la Bourse de Casablanca, permettant au Masi d’enregistrer sa plus forte hausse depuis le début de l’année (+2,63%).
Cap sur les 12.560 points ?
Si le premier semestre s’est achevé en fanfare pour les actions, qu’en sera-t-il pour les prochains mois? L’optimisme semble être de mise, comme le souligne un récent sondage d’Attijari Global Research (AGR) auprès d’investisseurs (voir encadré). Un sentiment partagé par notre interlocuteur: «à Flm, nous estimons que le Masi pourrait renouer avec des objectifs symboliques comme celui de la barre des 12.560 points». Il fait remarquer que «l’ambiance globale est positive, avec la candidature du Maroc à la co-organisation du Mondial 2030 ainsi que la volonté affichée de cotation de plusieurs groupes connus comme Dislog ou CFG Bank». Par ailleurs, argumente-t-il, «au-delà de la déception initiale après l’annonce d’une nouvelle sécheresse, la croissance économique devrait doubler cette année, passant de 1,3% en 2022 à 2,4% en 2023». Lors du premier trimestre, la croissance a même fait mieux que prévu, avec une hausse de 3,5%.
Plus significatif encore, cette prévision technique de hausse du Masi trouve aussi une justification fondamentale après la détente des taux sur le marché primaire des bons du Trésor (environ -30 points de base pour le 5 ans au mois de juin).
Lors de la première séance d’adjudication du mois de juillet, les taux longs ont enregistré une baisse généralisée, face à une demande importante dépassant les 10 milliards de dirhams (contre une levée de 4,9 milliards). Les taux de rendement des maturités 10, 20 et 30 ans ont reculé de 38, 33 et 19 points de base respectivement. Sur le compartiment secondaire, une évolution globalement baissière a été également observée. Une détente dont s’est félicité le wali de Bank
Al-Maghrib lors du dernier conseil de la banque centrale : «Nous avons réussi à dépasser les difficultés et les incompréhensions», a commenté Abdellatif Jouahri.
Et les perspectives sont au beau fixe : «Au regard de la bonne maîtrise des finances publiques, confortée par la réalisation par le Trésor de sa première opération de financement innovant de l’année de 5 milliards de dirhams et en perspective de la rentrée de la deuxième tranche de l’impôt sur le revenu, nous restons convaincus que les finances du Trésor ne devraient pas subir de pressions au cours du troisième trimestre 2023», souligne AGR dans sa dernière note hebdomadaire sur les taux.
«Au Maroc, les taux sont souvent conditionnés par le rythme des levées du Trésor ainsi que par la politique monétaire de BAM. En début d’année, la hausse des taux directeurs a coïncidé avec des levées agressives du Trésor, ce qui a provoqué une panique», explique Farid Mezouar. Actuellement, ajoute-t-il, le Trésor semble être revenu «à un rythme plus habituel des levées, tandis que BAM conditionne de nouvelles hausses à la persistance d’une inflation élevée». Celle-ci s’inscrit d’ailleurs dans un trend baissier depuis 3 mois, passant de 10,1% en février, à 7,1% en mai. In fine, conclut notre source, «le marché semble avoir trouvé son équilibre même si l’inflation est à surveiller, en espérant un scénario à l’espagnole où la hausse des prix est redescendue en dessous des 2%».
Reste à savoir l’impact d’une éventuelle hausse du taux directeur d’ici la fin de l’année. «Le scénario actuel qui est intégré est celui d’une hausse de 25 pbs du taux directeur, sans gros impact sur le marché obligataire ou celui des actions», estime Mezouar.
En attendant la prochaine réunion du conseil de BAM, prévue en septembre, il faudra donc suivre de près l’évolution de l’inflation au cours des trois prochains mois.
La confiance de retour
La confiance semble bel et bien de retour du côté des investisseurs en Bourse. AGR relève en effet une amélioration notable de la confiance des investisseurs envers le marché actions durant le mois de juin. L’Indice de confiance des investisseurs en Bourse ressort à 57 points, en hausse de 24,5 points par rapport à octobre 2022.
Dans ce contexte, AGR qualifie la perception des investisseurs envers le marché actions sur les trois prochains mois comme étant «plus sereine». Le bureau de recherche d’Attijariwafa bank fait remarquer que toutes les catégories d’investisseurs (étrangers, institutionnels et OPCVM, acteurs de référence, etc.) ont franchi à la hausse la barre des 50 points, et ce, pour la première fois depuis octobre 2021. Par ailleurs, 54% des investisseurs sondés s’attendent à une hausse de l’indice Masi sur les 3 mois à venir contre seulement 12% lors de l’édition précédente. Enfin, 63% des sondés estiment que le contexte politico-social serait «sans impact significatif» sur le marché actions durant les 3 mois à venir, contre seulement 44,0% précédemment.
