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Les promesses du e-Dirham

Le chantier de la mise en place d’une monnaie numérique de banque centrale initié par BAM a atteint la phase de test. En cas de concrétisation, ce projet pourrait apporter des réponses concrètes à des problématiques majeures, comme l’inclusion financière, la réduction du cash et le transfert d’argent.

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Alors que les autorités monétaires marocaines finalisent la mise en place d’un cadre juridique encadrant l’usage des cryptoactifs, elles planchent activement en parallèle sur le déploiement d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC ou CBDC en anglais), le e-Dirham, qui pourrait jouer un rôle crucial dans l’évolution du système financier du pays.

Engagé dès 2021 par Bank Al-Maghrib, qui lui a affecté une équipe dédiée en interne, le chantier de création du e-Dirham a même été érigé au rang de priorité stratégique par l’institution, dans sa quête de modernisation des moyens de paiement et de réduction de l’utilisation du cash. Le projet a déjà d’ailleurs franchi plusieurs étapes, dont les phases exploratoires, d’étude et même d’expérimentation. La banque centrale a en effet conduit deux tests pilotes de son e-Dirham. Le premier, lancé l’été 2025, a testé, en partenariat avec des opérateurs télécoms et des fintechs marocaines, les paiements peer-to-peer de détail entre citoyens via un portefeuille digital sécurisé. Une seconde phase d’expérimentation est en cours, portant sur les transferts transfrontaliers, notamment avec la banque centrale d’Égypte et sous l’égide de la Banque mondiale, avec l’objectif de simplifier les transferts de fonds, notamment pour la diaspora marocaine, tout en réduisant les frais d’intermédiation, un enjeu crucial pour l’économie marocaine.

Pas de calendrier annoncé
En parallèle à ces expérimentations qui visent à identifier les ajustements nécessaires et d’affiner les processus, un cadre légal régissant la MNBC est en cours d’élaboration, incluant des volets sur la protection des données, la cybersécurité, la responsabilité des acteurs techniques, ainsi que des règles spécifiques aux monnaies numériques. De quoi permettre, en principe, à l’e-Dirham de se développer dans un environnement sécurisé et conforme aux standards internationaux. Par ailleurs, BAM travaille avec le FMI et la Banque mondiale pour évaluer les impacts sur le système de paiement de MNBC…

Bref, le chantier est bien engagé. Toutefois, à ce jour, aucun calendrier de lancement effectif n’a été communiqué. L’on sait juste que ce chantier devrait se concrétiser «à moyen-long terme» selon les dires d’Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, qui s’exprimait fin juillet sur le sujet lors d’un séminaire de l’Association des banques centrales africaines.

Pour mieux appréhender les enjeux de la création de cette monnaie numérique, il faut en comprendre son fonctionnement et ses spécificités. Contrairement aux cryptomonnaies, tel le Bitcoin, qui sont émises de façon décentralisée par un protocole informatique sans autorité centrale, la MNBC est une monnaie numérique émise et garantie par la banque centrale.

Comment ça marche ?
Le e-Dirham, qui sera en quelque sorte l’équivalent d’une version électronique du cash, aura la même valeur que la monnaie fiduciaire (1 e-Dirham = 1 dirham en cash). Elle est dans ce sens une monnaie stable, adossée à la monnaie nationale, et n’est donc pas volatile ou spéculative. Son utilisation est relativement simple et promet de révolutionner la manière dont se font les paiements en cash : le e-Dirham peut-être stocké dans un portefeuille électronique (e-Wallet), compatible avec différents canaux (smartphones, guichets automatiques, etc.) et échanger directement, de portefeuille à portefeuille, sans passer par un intermédiaire bancaire. Les paiements peuvent être effectués en ligne, en boutique, entre personnes physiques ou encore vers les services publics.

Bien que radicalement différente de la crypto, tant dans sa nature que dans son rôle économique, la monnaie numérique de banque centrale s’en inspire pourtant d’un point de vue technologique. Le modèle le plus courant pour les MNBC repose en effet sur la blockchain, technologie qui a permis l’essor des cryptoactifs ces dernières années. Mais contrairement aux cryptos qui reposent sur une blockchain publique décentralisée, les MNBC utilisent une blockchain privée ou autorisée, gage de sécurisation et de contrôle.

Comme l’explique Badr Bellaj, expert en blockchain et en cryptomonnaies, «il s’agit d’un réseau distribué de serveurs interconnectés, hébergés par la banque centrale. Ce modèle permet d’assurer deux fonctions majeures : d’une part, tracer l’historique et les soldes de chaque utilisateur via un compte spécifique et, d’autre part, valider automatiquement les transactions via des smart contracts». Ces contrats numériques dits «intelligents», déployés sur le réseau, permettent d’automatiser toutes les règles de fonctionnement de la MNBC : conditions d’émission, vérification d’identité, lutte contre la fraude, etc. Ce qui engendre en théorie moins d’intermédiaires, moins de coûts administratifs, davantage de transparence et de conformité (notamment le respect automatique des règles fiscales et réglementaires).

Les impacts attendus
Au vu de ces caractéristiques, on mesure la portée stratégique du e-Dirham pour les autorités monétaires du pays, puisque cette innovation pourrait apporter des réponses concrètes à des problématiques prégnantes. Outre les enjeux de souveraineté, la monnaie numérique de banque centrale promet en effet de réduire la circulation de l’argent liquide, qui frôle les 450 milliards de dirhams, allégeant ainsi les coûts logistiques, de sécurisation et de gestion liés à cet argent. Elle promet également des paiements plus rapides, fluides et courants, ainsi qu’une meilleure traçabilité, contribuant ainsi au renforcement de la lutte contre la fraude et le blanchiment d’argent.
Surtout, le e-Dirham pourrait donner un coup de fouet à l’inclusion financière. Accessible via portefeuilles numériques ou applications mobiles, le e-Dirham permettrait d’inclure davantage de citoyens dans l’écosystème financier, notamment ceux qui ne sont pas bancarisés.

Il pourrait également fluidifier les paiements internationaux, en les rendant plus rapides, moins coûteux, et en limitant le nombre d’intermédiaires. Certaines politiques publiques, notamment les aides sociales, pourraient s’appuyer sur cette monnaie numérique pour optimiser leur efficacité via l’automatisation des paiements ciblés. Reste pour cela à transformer l’essai et à garantir les conditions de la réussite de ce projet de monnaie numérique. Cela passe, selon les experts, par plusieurs prérequis: une éducation financière accrue, une infrastructure technologique robuste et sécurisée, ainsi que la mise en place d’une offre incitative et simple, avec des frais de transaction faibles pour encourager l’utilisation.
À suivre…