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Green bonds, sukuks : Le Trésor s’offre une large palette de financements
En plus de la sortie à l’international et des financements innovants, le Trésor continue de diversifier ses sources. Il compte faire appel, pour la première fois, aux obligations vertes, en 2025, ainsi qu’à une deuxième émission de sukuks.
Le gouvernement est engagé dans un large programme d’investissement. Le montant vole d’un record à l’autre. Après 335 milliards de dirhams en 2024, le volume d’investissement prévu pour l’année prochaine pointe à 340 milliards de dirhams.
En plus de l’enveloppe allouée au budget de l’État, le tiers va vers les établissements et les entreprises publics pour financer des secteurs stratégiques, tels que l’énergie, l’eau et l’infrastructure.
Pour financer l’ensemble de ces programmes, l’État frappe à toutes les portes et ne cesse de diversifier ses sources de financement. L’objectif étant de rationaliser les dépenses publiques, d’une part, et d’accroître les ressources de l’État pour financer les politiques publiques, d’autre part. En cette année, le financement à travers le recours au marché domestique s’est élevé à fin septembre à 57,7 milliards de dirhams.
Le moyen de financement qui fait le plus parler de lui est l’emprunt à l’international. Dans une récente sortie médiatique, Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, a précisé que la sortie à l’international est un sujet permanent mais pas pressant. «Cela ne devrait pas trop tarder. Nous suivons de près les marchés pour saisir le moment opportun de lever des fonds à l’international», avait-elle indiqué.
Rappelons que la plus récente émission du Maroc date du mois de mars 2023. Le Trésor avait levé 2,5 milliards de dollars, répartis en deux tranches de 1,25 milliard chacune. Cette émission, faut-il le rappeler, a été primée à Londres en tant que «Meilleure obligation souveraine d’Afrique» de l’année 2023 par le prestigieux magazine financier, «EMEA Finance».
Financements innovants : 35 milliards en 2025
En plus de l’emprunt en devises, le Trésor mise beaucoup sur les financements innovants. Le Projet de loi de finances prévoit des recettes de 35 milliards de dirhams en 2025 à travers ce mécanisme.
Depuis sa mise en place par la Loi de finances 2019, les financements innovants ont mobilisé 72 milliards de dirhams jusqu’à fin 2023, et ce, via des opérations de deux institutionnels, à savoir la CDG et la CMR. Pour 2024, le gouvernement avait tablé sur une enveloppe de 30 milliards de dirhams.
L’Exécutif ne s’appuie pas que sur cela. Il compte élargir sa palette de financements à deux autres moyens. Dans la note de présentation du PLF 2025, le gouvernement prévoit une émission de green bonds, et c’est une première !
L’État n’a certes jamais réalisé d’émission obligataire verte en propre, mais ce type de fonds a déjà été levé par des entreprises publiques. En effet, Masen a été le pionnier dans l’émission de green bonds, en 2016, pour un montant de 1,15 milliard de dirhams.
Comme son nom et sa nature l’indiquent, un green bond est censé financer un projet vert, où l’impact environnemental est favorable. Sauf que des professionnels contactés s’interrogent sur la structuration même de cette émission verte, compte tenu du principe d’universalité.
En effet, la Loi de finances exige la non-affectation des recettes aux dépenses. Autrement dit, les recettes définies ne devraient pas être affectées à la couverture de dépenses déterminées. L’ensemble des recettes devrait servir à la couverture de l’ensemble des dépenses. D’où le questionnement sur l’imputation des fonds levés à travers les green bonds aux projets verts.
Green Bonds : effet de mode ou besoin pressant ?
En fait, notre source estime que ce type de levées n’est pas tant pour financer les besoins que pour s’inscrire dans les objectifs de développement durable fixé par le Maroc, compte tenu du montant qui ne devrait pas être conséquent et devrait équivaloir à une séance d’adjudications.
Cela est le cas également de l’émission de sukuks prévue l’année prochaine aussi. Les professionnels du marché parlent d’un montant égal à celui de la première émission, réalisée en 2018, soit un milliard de dirhams.
Le besoin de refinancement se fait toujours sentir auprès des banques participatives. Et cette émission ne pourrait qu’apporter une bouffée d’oxygène à ces établissements qui ne cessent de recourir aux Wakala Bil Istithmar pour se refinancer.
Il faut dire que cette émission de certificats de sukuk vise à accompagner le développement de tout l’écosystème de la finance participative, en offrant également aux nouveaux arrivants sur ce marché, à savoir les compagnies d’assurance Takaful et les sociétés de gestion collective de l’épargne participative, des instruments d’investissement conformes à la Charia.
Les travaux préparatoires pour sélectionner la société gestionnaire chargée de l’arrangement de l’opération, de la création et de la gestion du fonds qui émettra les certificats de sukuk envisagés, sont toujours menés.
En tout cas, le gouvernement est bien parti pour diversifier ses sources de financement de ses besoins, tout en équilibrant ses dépenses.
Les obligations vertes enthousiasment peu les émetteurs
Les émissions de green bonds au Maroc n’ont pas encore atteint le niveau des pays étrangers.
Entre 2012 et 2023, les opérations de levées vertes ont atteint 400 millions de dollars, selon un rapport de Amundi-IFC. Après que Masen a ouvert le bal en 2016, directement après la COP22, quelques banques ont suivi ses pas la même année.
Bank of Africa et Crédit Agricole du Maroc ont ainsi émis des obligations vertes d’un montant de 500 MDH chacune.
BCP, elle, a procédé à une levée obligataire verte en euros, de 135 millions, soit 1,5 milliard de dirhams. Des établissements publics ont également suivi la même tendance, avec 1 milliard de dirhams levés par Al Omrane en 2018 et de même par l’ONCF en 2022.
