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En Couv’. Bourse : Vague d’introductions à l’horizon !

La place casablancaise aligne les records dans un marché euphorique, faisant même craindre la formation d’une bulle spéculative. Et ce, au moment où une vague d’IPO se profile et qui pourrait propulser le marché vers de nouveaux sommets.

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La Bourse crève des plafonds. L’envolée spectaculaire du Masi observée depuis plusieurs mois a certes été jalonnée, çà et là, de corrections plus ou moins sévères, comme ce fut le cas lors de la séance du 9 septembre dernier, où l’indice phare de la place casablancaise a brutalement plongé de 2,6%, après avoir enchaîné 11 semaines de hausses consécutives. Une baisse vraisemblablement liée, selon les analystes, à un fort mouvement vendeur chez les particuliers, entre consolidation des gains et crainte d’un nouvel embrasement au Moyen-Orient. Une baisse qui traduit aussi, c’est peu de le dire, une certaine nervosité dans un marché euphorique depuis plusieurs mois. Car malgré ces corrections, la tendance de fond est là : les indices boursiers pulvérisent leurs records, les volumes caracolent vers de nouveaux sommets et la capitalisation boursière poursuit sa montée. Ces seuils jamais atteints auparavant semblent incontrôlables.

En effet, le Masi a cumulé une performance annuelle dépassant les 33%, franchissant même le seuil des 20.000 points. Cela n’est certes pas un record historique, du moins à cette date, puisque l’indice général du marché avait réalisé une hausse record de 71% en 2006 et de 34% en 2007, années pendant lesquelles le marché a accueilli près d’une vingtaine d’introductions en Bourse. Mais, il y a lieu de noter que cela fait presque une décennie qu’une telle progression n’a pas été affichée ! Les échanges, eux, atteignent une moyenne quotidienne de 500 MDH, et ce, sur le seul marché central. La liquidité du marché ne semble plus représenter une contrainte pour les investisseurs. Son ratio s’est établi à 14,27 % au titre du mois de juin, contre 11,55 % un an auparavant, soit une croissance de 2,7 points. Et enfin, le marché continue de gagner en valorisation, avec une capitalisation qui a dépassé 1.030 milliards de dirhams.

Et dans cette euphorie boursière, aucune valeur n’est laissée pour compte. Toutes (ou presque) sont concernées par cette tendance haussière. Petites capitalisations comme moyennes et grandes, les valeurs cotées accumulent des progressions, des fois sans fondement solide. Et c’est généralement le fait des particuliers. D’ailleurs, à fin juillet, le nombre des clients des sociétés de Bourse a excédé 12.000 personnes, en hausse de 72% par rapport à juillet 2025, et a été accaparé à hauteur de 82% par les personnes physiques. Celles-ci sont même à l’origine de 25% du volume transactionnel du marché.

Hausse justifiée, mais pas pour toutes les valeurs

Cependant, autant la hausse ininterrompue du cours de certaines valeurs est justifiée par leurs réalisations commerciales et financières, par la bonne tenue de leur activité et par leurs perspectives de croissance, autant la progression d’autres est juste soutenue par un afflux massif d’investisseurs particuliers pour réaliser des gains. En effet, si les valeurs du secteur bancaire, de l’industrie du BTP, de la santé et des mines affichent une progression continue de leurs cours avec des variations dépassant 100% depuis le début de l’année, c’est qu’elles reflètent des fondamentaux sains et des anticipations de croissance solides.

En revanche, d’autres titres ont affiché des hausses fulgurantes sans raison valable. Le cas de Stroc Industrie par exemple, d’Ibmaroc.com et de S2M sont les plus édifiants. Ces valeurs ont affiché une progression annuelle de leurs cours en Bourse de 447%, 120% et 195% respectivement. Cela sans parler de Zellidja qui a cumulé une performance de 167%. «Aucune information de taille ne soutient cette envolée des cours. Elle est juste le fait de particuliers qui, toujours attirés par le gain potentiel qu’offre le marché actions, se ruent sur une valeur, gonflent son cours et se dirigent encore une fois vers une autre et ainsi de suite», assure un analyste.

Bulle spéculative plus présente que jamais

«Soutenue jusqu’à récemment par des fondamentaux économiques solides, la hausse du marché ne laissait pas présager une bulle spéculative. Or, les derniers comportements des investisseurs ont conduit à la formation de cette bulle, avec un risque d’explosion à tout moment», craint notre source.

Il justifie cela par la saturation de toutes les perspectives de croissance positives et par l’intégration dans les cours de l’ensemble des informations et données disponibles communiquées par les sociétés cotées ou anticipées par le marché.

Conséquence : le marché est devenu cher avec un PE entre 22 et 23 en 2025 et qui ne cesse d’augmenter si le marché n’intègre pas de nouvelles informations qui lui permettent de constituer une base solide justifiant l’augmentation des cours. Dans l’attente de papier neuf, les investisseurs scrutent encore une fois la prochaine décision de Bank Al-Maghrib quant à sa politique monétaire.

En tout cas, si éclatement de bulle il y a, «le marché devra perdre entre 5 et 6 points dans le meilleur des cas et finir l’année sur une performance variant entre 29 et 30%. Dans notre scénario pessimiste, la croissance de l’indice serait ramenée à 25%», estime un directeur Analyse et recherche. Et même avec cette performance, le marché continuera à traiter à des niveaux de valorisation «un peu» chers, se situant autour de 19%.

SGTM, Dislog, Cash Plus… Une vague d’IPO dans le pipe

En parlant de papier neuf, il va y en avoir à foison pour les investisseurs. Les introductions en Bourse sont en effet sur le point de connaître un dynamisme que l’on n’avait plus observé depuis bien longtemps sur la place casablancaise, promettant une série de nuits blanches pour les équipes de l’AMMC afin de viser ces opérations dans les temps. Alors que la Bourse de Casablanca nous a habitués ces dernières années à accueillir une, voire deux IPO par an, le marché se fait l’écho d’au moins cinq opérations d’ouverture de capital au public au cours des prochains mois, qui viendront s’ajouter à l’introduction en Bourse de Vicenne en juillet dernier. L’opération d’un montant de 500 millions de dirhams avait, on s’en souvient, suscité un engouement spectaculaire (voir encadré). Des sources du marché indiquent que trois introductions en Bourse sont déjà bien avancées dans leur préparation. Il s’agit des IPO du géant du BTP, la SGTM, de la fintech marocaine, Cash Plus, et du groupe de distribution de Moncef Belkhayat.

L’introduction en Bourse de SGTM est sur les rails. Le mastodonte marocain du BTP s’apprête en effet à rejoindre ses concurrents, TGCC et Jet Contractors, à la corbeille casablancaise. Le groupe a déjà choisi sa banque-conseil pour cette opération, Attijariwafa bank en l’occurrence. Dans un secteur en pleine effervescence, marqué par une forte croissance de l’activité dans le sillage des grands projets d’infrastructure lancés par le gouvernement et par une reconfiguration majeure des forces en présence, comme en témoigne la prise de contrôle par TGCC de son concurrent STAM VIAS, l’introduction en Bourse de SGTM semble des plus logiques. Fondée par les frères Ahmed Kabbaj et M’hammed Kabbaj en 1971, le «petit» groupe familial s’est mué en un mastodonte du secteur au fil des années, avec à la clé la réalisation de plusieurs projets de grandes infrastructures, tels que l’aéroport Mohammed V, le port de Casablanca, plusieurs barrages (Prince Moulay Abdellah, El Hachef, etc.), mais aussi des complexes résidentiels (Bab El Bahr) et des hôtels de luxe (La Mamounia, Amphitrite Palace).

Récemment, le groupe s’est illustré dans la reconstruction du Stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, et a été sélectionné, en tandem avec TGCC, pour la construction du futur stade Hassan II de Benslimane. SGTM, qui contribue déjà à la construction du mégaprojet du Port Dakhla-Atlantique, en tandem avec Somagec, a aussi été retenue pour la construction de l’aéroport d’Agadir et pour un tronçon important du génie civil de la future LGV Kénitra-Marrakech. Des projets colossaux qui se chiffrent à plusieurs milliards de dirhams. En faisant appel au public, et en ouvrant son capital, le groupe se donnerait ainsi les moyens d’accélérer sa croissance et de changer de dimension, dans un environnement particulièrement porteur.

L’autre introduction dans le pipe est celle de Cash Plus. Elle pourrait être lancée très prochainement, «avant la fin du mois de septembre», selon des sources informées. La fintech marocaine fondée en 2004 par la famille Amar a considérablement grossi au fil des années, avec une tendance forte à la diversification de ses activités, qui vont du transfert d’argent (son cœur de métier initial) à une foultitude de services financiers (et même non financiers) et de paiements. Engagé dans un plan stratégique très ambitieux, qui doit faire passer, d’ici 2027, son chiffre d’affaires de 1 MMDH à 2,5 MMDH et son réseau de 8.000 agences à quelque 20.000 points de vente, Cash Plus a besoin d’argent frais pour financer sa croissance galopante.

C’est d’ailleurs dans cette optique que l’entreprise a été au cœur d’une opération de private equity, fin 2023, portant sur un investissement de 600 millions de dirhams impliquant les fonds Mediterrania Capital Partners, FMO, (banque néerlandaise de développement entrepreneurial) et IFC (membre du groupe de la Banque mondiale). Désormais, l’entreprise va faire appel directement au marché pour poursuivre sa croissance, le momentum étant des plus favorables.

Dislog Group de Moncef Belkhayat frappe plus que jamais aux portes de la Bourse de Casablanca. L’homme d’affaires n’a jamais caché ses intentions de coter son groupe de distribution et certaines de ses filiales. Dislog, qui a réussi ces dernières années à attirer dans son tour de table des fonds d’investissement comme SPE Capital, Mediterrania Capital Partners ou encore CDG Invest, est en pleine croissance, multipliant les opérations de croissance externe, notamment dans la filière des dispositifs médicaux. L’IPO doit permettre d’offrir une sortie intéressante pour les fonds de private equity et de financer les ambitions de croissance externe du groupe et d’accélérer son internationalisation.

Au final, toutes ces introductions en Bourse devraient continuer à soutenir la hausse du marché et contribuer à assouvir la soif de papier frais des investisseurs qui en redemandent.


TGCC, CIH, Vicenne…, des souscriptions massives

Trois importantes opérations réalisées sur le marché boursier durant l’été ont permis de mesurer l’appétit grandissant des investisseurs pour le marché actions. L’IPO de Vicenne, début juillet, a été la plus révélatrice. L’introduction en Bourse du spécialiste des équipements médicaux a suscité un très fort intérêt avec un montant global souscrit de 32,1 milliards de dirhams, alors que la société n’avait sollicité le marché que pour 500 millions de dirhams, soit un taux de satisfaction global de 1,56%.

L’augmentation de capital de TGCC, conclue fin juillet, a rencontré un succès tout aussi retentissant. Lancée pour un montant de 2,2 milliards de dirhams, l’opération a attiré une demande totale de 92 milliards de dirhams, soit une sursouscription de 42 fois. Le taux de satisfaction s’est établi à 2,37%, illustrant la forte demande qui a largement dépassé l’offre disponible.

Quelques jours plus tard, CIH Bank clôturait avec succès son augmentation de capital réservée aux actionnaires et aux détenteurs de droits préférentiels de souscription. L’opération, qui a porté sur l’émission d’actions nouvelles pour un montant total de 1,47 milliard de dirhams, a connu une forte adhésion, avec plus de 16,1 millions d’actions souscrites, représentant un taux de sursouscription de 3,9 fois, pour un total mobilisé de 5,76 milliards de dirhams.