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E-paiement : Une phase de transition cruciale
La fin du monopole du CMI a plongé le e-paiement dans une phase de transition déterminante, avec l’émergence de nouveaux acteurs qui doivent toujours composer avec le «règne» du Cash. Décryptage.
Au Maroc, l’essor du secteur du e-paiement au cours des dernières années, est indéniable. Toutefois, nombreux sont les experts qui s’accordent sur le fait que le développement du paiement électronique est en deçà du potentiel du Royaume en matière d’infrastructures numériques et financières.
D’ailleurs, le coup d’arrêt au monopole du Centre monétique interbancaire (CMI) en matière de paiement électronique, vise à donner un nouveau souffle à ce puissant vecteur d’inclusion financière. Durant la phase transitoire en cours, le CMI a transformé son infrastructure en plateforme neutre de traitement des transactions au profit de l’ensemble des opérateurs.
Aujourd’hui, une pléthore d’acteurs sont autorisés (filiales de banques actionnaires ou non du CMI, sociétés indépendantes, etc.) à contractualiser directement avec les commerçants dans l’optique de leur proposer des solutions de paiement électroniques.
L’enjeu est de taille, car ces acteurs du paiement électronique doivent faire preuve d’ingéniosité afin de proposer des solutions tenant compte de la réalité économique des commerçants qui constituent le maillon essentiel pour la large démocratisation du paiement par TPE au Maroc.
Il importe de préciser qu’avec une part de 80,4% des transactions effectuées, les opérations sur les Terminaux de paiement électroniques (TPE) représentent l’essentiel des paiements réalisés par cartes bancaires en 2023.
Consciente de la centralité de cette cible (commerçants), jusque-là peu friande du e-paiement pour des raisons connues (prédominance du cash, coûts des transactions jugés élevés, méfiance envers les services financiers, etc.), Bank-Al-Maghrib compte mettre en place une série d’actions visant à accélérer la pénétration des paiements électroniques auprès des commerçants.
Des pistes pour inverser la tendance
Concrètement, dans l’optique de renforcer l’infrastructure des paiements, BAM projette de mettre sur pied un fonds d’acquisition de soutien pour faciliter l’acceptation des paiements électroniques par les commerçants. Des mesures incitatives sont aussi prévues afin de garantir leur adhésion au système de paiement électronique.
La Banque centrale capitalisera sur les plateformes de paiements existantes pour l’édification d’une plateforme de paiement unifiée pour le paiement instantané.
Autre chantier et non des moindres : l’élaboration d’une tarification plus attractive pour les paiements électroniques, à travers la baisse des commissions d’interchange, y compris les cartes bancaires. A l’évidence, une réflexion est menée pour décourager l’usage du cash à moyen terme au Maroc.
Il est utile de préciser que ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une Stratégie relative à la digitalisation des paiements et au développement de la fintech. Elle s’appuie sur plusieurs axes en lien, entre autres, avec l’adaptation et l’actualisation du cadre juridique et le renforcement de la collaboration des acteurs publics et privés.
Ceci dit, les chiffres officiels issus du dernier rapport de BAM sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement (leur surveillance et l’inclusion financière), confortent la position du cash comme étant l’un des principaux moyens de paiement préféré des Marocains. D’où la difficulté pour les autorités publiques et les acteurs financiers de promouvoir le e-paiement au niveau national.
La réalité des chiffres et prédominance du cash
En 2023, le nombre de paiements par cartes, y compris les paiements sur GAB et ceux en ligne, s’est établi à à 164,4 millions d’opérations pour une valeur de 57MMDH, ce qui représente une augmentation d’environ 22% en nombre et de 19% en valeur par rapport à 2022.
Dans le même temps, la publication de la Banque centrale indique que les retraits d’espèces continuent de représenter l’essentiel des opérations effectuées par cartes bancaires, et ont connu une hausse de 12% en nombre entre 2022 et 2023. En valeur, les retraits ont connu une progression de 13%, passant de 351 à 399 MMDH au cours de la même période.
Toujours, selon les chiffres de la Banque centrale, les paiements à travers les Terminaux de paiement électroniques (TPE) ont enregistré une hausse de 23% en nombre entre 2022 et 2023 (passant de 106,4 à 131,3 millions d’opérations), représentant une valeur de 46,9 MMDH en 2023.
Au regard de ce qui précède, en valeur, force est d’admettre que les paiements à travers les TPE sont modestes par rapport aux 399 MMDH de retrait d’espèces par cartes en 2023. Ce constat est aussi valable pour les paiements e-commerce (en progression en valeur et en nombre) qui ont atteint 9,9 MMDH en 2023. Il en est de même pour la valeur des transactions réalisées par M-Wallets au courant l’année 2023. Elle est de 2,1 MMDH pour 9,7 millions de transactions contre 7,9 millions d’opérations en 2022.
En somme, la valeur conséquente des retraits d’espèces par cartes bancaires, soit près de 400 MMDH en 2023, prouve l’immense chantier que constitue la large démocratisation du paiement électronique au Maroc.
Un vecteur de modernisation du commerce de proximité
Le ministère de l’Industrie et du Commerce est d’avis que l’organisation du Mondial 2030 par le Maroc doit servir de prétexte légitime pour accélérer la modernisation du commerce de proximité qui est une priorité pour le département ministériel.
D’ailleurs, Omar Hejira, secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur, a souligné récemment l’urgence d’intégrer les petits commerçants, notamment «Moul l’hanout», dans le virage numérique. D’autant que la généralisation des moyens de paiement électroniques, de nature à faciliter les échanges, pourrait ainsi contribuer à l’augmentation des revenus des «petits commerçants».
Ceci dit, l’utilisation du paiement mobile comme moyen de paiement, pour le règlement des transactions d’achat, représente un usage nouveau dont le développement constitue un réel challenge au Maroc. Surtout si l’on sait que le volet enrôlement des commerçants représente une phase cruciale et ardue, puisque cela nécessite un effort d’éducation, de sensibilisation et d’incitation à l’acceptation des paiements électroniques.
