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Dirham : La voie sereine vers un régime flottant
La réforme du régime de change est sur les rails. La liquidité du marché de change en est une preuve tangible, avec un volume moyen quotidien des transactions interbancaires de plus de 1,6 MMDH en 2025, contre 100 MDH en 2017. Bilan de 8 années de réforme.
Les différentes expériences internationales montrent qu’entre 5 et 15 ans sont nécessaires pour permettre à un pays de passer volontairement d’un régime de change fixe à un régime flottant, une configuration dans laquelle le taux de change de la monnaie est déterminé par le marché (avec une intervention limitée de l’autorité monétaire).
Il y a plus de 7 ans (en 2018), le Maroc a enclenché, de façon souveraine et selon un processus graduel, la dynamique de la réforme de son régime de change fixe, à ancrage souple aujourd’hui. Et ce, à l’intérieur de bandes horizontales où la parité du dirham est déterminée par rapport à un cours central.
Ce dernier reflète en réalité la valeur des devises composant le panier de cotation (60% euro et 40% dollar). Actuellement, le taux de change sur le marché virement oscille chaque jour à l’intérieur d’une bande de +/-5% par rapport au cours central.
Au-delà de ce rappel important, les raisons militant en faveur d’une plus grande flexibilité du dirham et d’un régime de change flottant sont nombreuses. À titre illustratif, citons la limitation de la pression sur les réserves de change à travers un ajustement progressif par les cours de change et non par les volumes (ce qui est le cas dans la configuration d’un régime fixe).
Autres avantages : le renforcement de la capacité de l’économie marocaine à s’adapter aux chocs externes et le soutien de la compétitivité nationale.
Près de 8 ans après les premiers pas de l’implémentation de la réforme du régime de change – avec l’élargissement de la bande de fluctuation à +/-2,5% en 2018 – qui se déroule dans de bonnes conditions malgré la parenthèse Covid-19, le bilan que l’on dresse est plutôt positif, puisque l’approfondissement du marché des changes s’accentue et la liquidité est au rendez-vous.
Pour preuve : En hausse substantielle, le volume moyen quotidien des transactions interbancaires est passé de 100 MDH en 2017 (avant la réforme) à plus de 1,6 MMDH en 2025. Autre paramètre confortant un bilan encourageant : Une contribution croissante des forces de l’offre et de la demande dans la détermination du taux de change du dirham.
Les grandes entreprises enclines à se couvrir
Il ressort du retour d’expérience du terrain une augmentation du recours des grands opérateurs économiques aux instruments de couverture des risques de change. Il s’agit notamment des grandes entreprises importatrices opérant dans les secteurs énergétique, agroalimentaire et du commerce.
Par ailleurs, les efforts déployés pour réformer la politique de change du Royaume ont contribué au maintien des réserves de devises à un niveau confortable. Celles-ci culminent à plus de 421 MMDH en octobre 2025, ce qui représente plus de cinq mois et demi d’importations.
De plus, selon les projections officielles, le niveau des réserves de devises du pays devrait se situer autour de 126% de l’ARA (Assessing Reserves Adequacy), soit à l’intérieur de l’intervalle d’adéquation recommandé par le Fonds monétaire international (entre 100 et 150%).
Dans le même ordre d’idées, le nombre d’interventions très limité de BAM sur le marché des changes corrobore amplement les bonnes conditions dans lesquelles se poursuit le train des réformes. Chiffres à l’appui : Depuis 2018, BAM n’est intervenu qu’à deux reprises sur le marché de change interbancaire. Et pourtant, la valeur du dirham est restée à l’intérieur de la bande de fluctuation sans interventions majeures.
Concrètement, l’Institut d’émission est intervenu en janvier 2018 (au début de la réforme) et en 2021, respectivement à hauteur de 294 millions de dollars et 1,65 milliard de dollars au second semestre de 2021. Précisons que durant cette période, le dirham s’était négocié à la limite inférieure de la bande de fluctuation, en raison d’un excédent de liquidité sur le marché nécessitant l’intervention de la banque centrale.
In fine, il importe de garder à l’esprit que depuis l’entrée en vigueur de la réforme du régime de change, l’évolution de la valeur du dirham a été la résultante de deux principaux facteurs, à savoir l’évolution euro/dollar sur le marché international (effet panier) et les conditions de liquidité sur le marché de change interbancaire (effet marché).
Trois prérequis essentiels
Il ne fait aucun doute que le passage à l’étape ultime de la réforme de la flexibilité du dirham, impliquant entre autres l’abandon de l’ancrage au panier de devises (euro-dollar) et l’instauration d’un régime de change flottant, est tributaire de plusieurs prérequis cruciaux.
Il s’agit en premier lieu de la consolidation durable des équilibres macroéconomiques. Concernant ce volet, les perspectives économiques du pays sont plutôt positives, eu égard aux prévisions de la banque centrale, qui table sur une accélération de la croissance économique à 4,6% en 2025 et sur une consolidation à 4,4% en 2026.
Pour leur part, les avoirs officiels de réserve continueraient de se renforcer pour s’afficher à 418 MMDH à fin 2025 et à 434,5 MDH à fin 2026, des niveaux équivalents à 5 mois et demi d’importations. En outre, Bank Al-Maghrib prévoit un déficit budgétaire (hors produit de cession des participations de l’État) stable à 3,9% du PIB en 2025 et en atténuation à 3,4% en 2026.
À l’évidence, l’une des conséquences immédiates de la maîtrise du déficit budgétaire est celle de l’endettement public qui n’est autre que l’accumulation des déficits année après année.
Le second prérequis cardinal pour progresser dans la réforme et qui soulève beaucoup de défis est la préparation suffisante des opérateurs économiques, en particulier les TPME. Pour cause, jusque-là, les informations issues du terrain montrent que la majorité des TPME ignorent l’existence des produits de couverture contre les risques de change pour leurs opérations à l’import ou à l’export.
Pour l’heure, seuls les grands groupes ayant les moyens d’accéder aux salles de marchés sont enclins à souscrire aux produits réduisant substantiellement leur exposition aux risques de change. Notons qu’environ 10% des entreprises utilisent les produits de couverture contre les risques de change. Ce ratio baisse à 2% concernant les TPME.
La démocratisation des produits de couverture auprès des TPME passera, entre autres, par la sensibilisation et la facilitation de leur accès au profit de cette catégorie d’entreprises représentant près de 95% du tissu économique (prix abordables, réseau de proximité de distribution via les agences bancaires par exemple, etc.).
Enfin, selon les experts, un ancrage nominal approprié remplaçant le régime de change fixe par l’adoption du ciblage de l’inflation sera nécessaire pour la poursuite des prochaines étapes de la réforme du régime de change.
Concernant ce point, le calendrier de BAM est connu. 2026 est une année charnière, puisqu’elle sera une période de test grandeur nature pour le ciblage de l’inflation avant son adoption prévue en 2027, si toutefois le test s’avère concluant.
Notons que le cadre de politique monétaire du ciblage de l’inflation implique de la part de la banque centrale, entre autres, l’annonce d’un objectif d’inflation et la priorité accordée à sa réalisation (par rapport à tous les autres objectifs de politique monétaire) et l’utilisation d’un cadre rigoureux pour prévoir le taux d’inflation.
Marché à terme : Un développement propice à la réforme
L’autre paramètre capital pour le succès de la réforme est l’approfondissement du marché à terme permettant la couverture des opérateurs contre le risque de change.
Ceci dit, pas plus tard que le 20 septembre, la Bourse de Casablanca avait réalisé avec succès un test grandeur nature de son futur marché à terme, avec l’objectif de s’assurer de la robustesse de ses infrastructures. Ce test réussi avait mobilisé l’ensemble des acteurs de la place financière (sociétés de Bourse, salles de marchés, membres compensateurs, Maroclear et rediffuseurs).
L’objectif du marché à terme est double : en l’occurrence, doter les investisseurs d’un outil moderne de couverture contre la volatilité (taux, devises, matières premières, actions) et renforcer la profondeur et la transparence du marché des capitaux.
Dans la même veine, précisons qu’en février 2025, BAM a lancé deux nouveaux segments sur le marché interbancaire à terme (marché interbancaire des swaps de change et marché interbancaire de swaps de taux au jour le jour – OIS – indexés sur le MONIA).
