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Détaxe : La reprise peu liée aux réalisations touristiques

Alors que le nombre de touristes a dépassé son niveau de 2019, la détaxe, elle, n’est qu’à 57% de reprise. Le maintien de la suspension des vols Casablanca-Pékin parmi les raisons. Mais le facteur principal reste le seuil minimum éligible.

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Le Maroc est loin de s’ériger comme destination shopping, si l’on se réfère aux achats détaxés chaque année. Si en 2018 le nombre de bordereaux de détaxe émis par les commerçants a atteint 26.000, auprès de Global Blue, l’un des opérateurs qui revendique plus de 70% de part de marché dans le monde, et a même pointé à 30.000 en 2019, ce n’est plus le cas actuellement.

En effet, 2019 est considérée comme l’année de référence pré-Covid pour l’opérateur. «Les 2.000 magasins affiliés à Global Blue ont réalisé une bonne performance grâce notamment aux arrivées touristiques», explique Amine Temsamani, directeur général de Global Blue Maroc. Ce ne sont pas moins de 13 millions de touristes qui ont visité le Maroc en cette année. Ce qui a contribué à la hausse de la demande pour la détaxe.

Toutefois, cette performance n’est pas le fait de tous les touristes. Ce sont essentiellement les Chinois, connus pour être de grands «shoppers». Mais, la pandémie a frappé, les frontières ont été fermées, les vols annulés… Le tourisme a touché le fond et a commencé à reprendre petit à petit, pour connaître encore une fois une année exceptionnelle, celle de 2023. En effet, le secteur touristique devrait boucler l’année avec près de 14 millions de touristes.

À peine 17.000 factures en 2023
Cela veut dire pour autant que les achats sur le territoire national vont reprendre ou que la détaxe devra dépasser son niveau de 2019 ? Aucunement, on est en deçà de ce niveau. «La suspension du vol Casablanca-Pékin depuis le déclenchement de la crise sani-taire et la levée tardive, en avril 2023, de l’interdiction d’accès au territoire national par les touristes chinois ont fortement impacté les arrivées en provenance de ce pays, qui aura été le premier émetteur de bordereaux de détaxe au Maroc en 2019», souligne Temsamani.

À la fin de cette année, l’on devrait atteindre un panier moyen aux alentours de 20.000 DH pour près de 17.000 bordereaux émis. En rapportant ce nombre à celui des touristes, l’on se retrouve avec un ratio très faible de 0,12%. Même pendant l’année 2019, le taux d’émission est de seulement 0,2%. Nous pouvons dire que la reprise d’un certain nombre d’autres marchés émetteurs, notamment français, américain ou encore britannique, n’aura pas compensé l’absence des touristes chinois pour ce qui est de l’émission de bordereaux de détaxe au Maroc qui ne montre qu’une faible reprise d’à peine 57% en 2023.

D’où le potentiel encore inexploité de la détaxe au Maroc et, partant, du positionnement du pays comme destination shopping de premier choix.

L’Espagne, deuxième destination mondiale des touristes, réalise en moyenne 4 millions de transactions pour plus de 75 millions de touristes, le Portugal, 600.000 pour 60 millions de touristes et la Turquie 3,5 millions de bordereaux émis pour 50 millions de touristes. Ce qui situe ledit ratio à 5% en Espagne, 1% au Portugal et 7% en Turquie.

0,1% des touristes font des achats
Même pas 1% au Maroc ! Plusieurs raisons sont derrière cette méforme. La première et la plus essentielle tient au montant minimum d’achat pour être éligible à la détaxe au Maroc qui est de 2.000 DH. «Un seuil très élevé qu’il faudra revoir. Le ramener à 500 DH pourrait porter les transactions à 5 fois leur niveau actuel». Il est de 62 euros au Portugal, 3,7 euros en Turquie et il est inexistant en Espagne. Et c’est ce qui encourage justement les achats et place ces destinations comme étant celles de shopping, en plus des autres arguments touristiques. C’est l’essence même de joindre l’utile à l’agréable.

D’autres pistes sont à creuser pour faciliter la procédure. Temsamani met l’accent sur l’accélération de la digitalisation, en vue de réduire le nombre de bordereaux émis manuellement. Cela, «à travers la mise en place de bornes de validation des bordereaux au niveau des aéroports du Royaume et de l’installation des commerçants affiliés en solutions digitales», détaille le directeur de Global Blue Maroc, qui nous confie que c’est un projet en cours de discussion avec les différentes parties prenantes.

Il s’agit en outre de miser sur l’ouverture des malls, tout en invitant les marques de luxe étrangères à prendre pied au Maroc. C’est en misant sur tous ces aspects à la fois que le Royaume pourra rivaliser avec les destinations les plus connues en matière de shopping. Pour rappel, la détaxe a été instaurée en 2007. Elle avait pour ambition de favoriser le commerce local et de faire du Maroc une destination de shopping. Le principe est simple. Il consiste en la restitution de la TVA sur les achats effectués par des non-résidents, marocains ou étrangers, lors de leur séjour au Maroc. Si l’on extrait les commissions du prestataire, le client peut récupérer 13 à 15 points de TVA.


Le gros des achats porte sur la maroquinerie et la bijouterie

En plus de la Chine, gros faiseur du marché de la détaxe au Maroc, trois autres nationalités se démarquent. Il s’agit de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni. À eux trois, ils drainent une part de marché de 60%. Selon le DG de Global Blue, le marché africain émerge en force. Des transactions particulièrement élevées sont constatées pour les touristes provenant de la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Il n’en reste pas moins que de tous ces clients, ce sont les MRE qui dynamisent les achats au Maroc. Par type de marchandises, Temsamani explique que la grande part va vers la maroquinerie, la bijouterie et l’horlogerie de luxe. Le retail, lui, a un poids très minime dans les transactions globales.