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Dari Couspate : Une success-story qui défie la conjoncture
La société a bien résisté avant que l’inflation et les perturbations d’approvisionnement n’aient raison de sa rentabilité. En Bourse, elle figure parmi les entreprises les moins liquides.
Dari Couspate est l’une des valeurs du secteur agroalimentaire qui essaye de se frayer une place parmi les grands de la place casablancaise. Une belle success-story, comme on aime le rappeler, puisqu’il s’agit d’une entreprise purement familiale, qui a décidé de s’introduire en Bourse et qui a réussi ce pari. Pourtant, elle figure parmi les valeurs les moins liquides sur le marché, en dépit de sa bonne santé commerciale et financière.
En effet, le volume moyen qui transite sur le titre est des plus faibles, avec seulement 40.000 DH quotidiennement. Depuis le début de l’année, l’action a traité 27 jours seulement, soit même pas un mois entier. Sur certaines séances même, un titre uniquement change de main. Au total, ce sont 2.510 actions qui ont été échangées tout au long de cette année. Il faut dire aussi que le capital reste concentré entre les mains de la famille avec plus de 70%. À lui seul, le patron détient 82.489 actions, ce qui représente 27,6% du capital, suite au don que lui a fait sa fille Saida Khalil. Avec une valeur boursière de 1 milliard de dirhams et un flottant de 30%, la capitalisation flottante n’est donc que de 300 MDH. Ce qui est faible pour qu’elle connaisse des échanges dynamiques, d’autant qu’elle traite en multifixing. Par ailleurs, au 5 décembre dernier, le titre a perdu 14%, se situant ainsi à 3.400 DH, avec un plus haut de 3.955 DH enregistré au tout début de cette année et un plus bas de 3.328 DH, la séance du 15 juin.
Néanmoins, elle reste l’une des sociétés agroalimentaires dont les réalisations financières résistent, tant bien que mal, en dépit des différents aléas de la conjoncture. En effet, Dari fait les frais, depuis 2021, des perturbations sur les approvisionnements du marché en blé dur, causées par de mauvaises récoltes provenant des principaux marchés importateurs, dont le Canada. Ces conditions sont conjuguées à la flambée des cours de cette matière première, et ce, à partir du 3e trimestre de 2021, en plus du renchérissement du coût de l’énergie, essentiellement le fuel, ainsi que les autres intrants (emballages, combustibles, coûts logistiques…). Constatant qu’elle peut supporter le coût de l’augmentation des prix de l’ensemble des matières utilisées pour sa production et distribution, la société n’a pas ou peu répercuté ces hausses sur les prix de vente. Elle a tablé sur un effet volume qui lui a valu en 2021 une hausse du chiffre d’affaires de 7% à près de 700 MDH. Sauf que la persistance d’un contexte inflationniste conduisant à une poursuite de la hausse des prix de la semoule de blé dur et des intrants a fini par rattraper la société, surtout que cela a conduit à un ralentissement de la demande des marchés et donc une baisse du niveau de consommation. Elle a donc fini par céder et augmenter ses prix, pour engranger ainsi des revenus de l’ordre de 781,5 MDH, en augmentation de 12%.
Rien n’a changé pendant cette année, les mêmes conditions prévalent toujours, avec toutefois un léger changement. En effet, Dari Couspate a constaté une légère reprise de la consommation «soutenue par une dynamique commerciale et marketing». Grâce à cela, mais aussi à la progression des ventes des marchandises en l’état, le chiffre d’affaires s’est accru de 15,4% au premier semestre de cette année, à 428 MDH.
Perspectives mitigées
Cependant, cette performance commerciale ne s’est pas traduite sur le bénéfice qui s’est réduit comme une peau de chagrin. Il a essuyé une perte de 28,6% en 2021, 53% en 2022 et 22% à fin juin de cette année, pour atteindre près de 20 MDH. La marge nette de la société est passée alors de 9% en 2020 à 3,6%, trois années plus tard.
Si la société a souffert du coût de l’ensemble des matières premières en 2021 et 2022, dégageant du coup un résultat d’exploitation en baisse de 30% et 82% sur ces deux années respectivement, elle a réussi à maîtriser ses charges les six premiers mois de cette année. L’opérateur a même réussi à enregistrer un REX en hausse, passant de 19,8 MDH à 22 MDH. Mais le résultat financier est venu plomber ces réalisations. Il est ressorti en déficit à 0,8 MDH, contre 9,5 MDH une année auparavant, en raison notamment d’une aggravation des pertes de change.
Rappelons que Dari Couspate a créé en Belgique sa première filiale Dari Foods International, en mettant en place une usine de production de couscous. L’impact de cet investissement et ses retombées seraient visibles à la clôture de l’exercice 2023. Il ne faut pas oublier que les résultats de cette année seraient entamés par le don au Fonds pour la gestion des effets du séisme de la région d’Al Haouz, d’un montant de 2 MDH.
Par ailleurs, la société estime que les perspectives sont mitigées. Elles restent marquées par les incertitudes qui pèsent sur l’évolution des niveaux de consommation des ménages, ainsi que les cours du blé dur.
Une valeur parmi les plus chères en Bourse
Dari Couspate est en Bourse depuis 2005. Elle a décidé de s’y introduire afin de financer ses projets de croissance organique et particulièrement l’installation d’un nouveau site de production à Salé, ainsi que l’acquisition de nouvelles lignes de couscous et pâtes. Ses produits sont commercialisés dans 45 pays à travers les cinq continents. Actuellement, la société compte parmi les plus chères en Bourse, avec un PE qui frôle les 60x son résultat en 2022, soit la deuxième valeur la plus chère en Bourse, derrière Addoha. Elle reste fidèle à sa politique de rémunération des actionnaires, en dépit des méfaits de la conjoncture et son impact sur la capacité bénéficiaire. Le dividende est toutefois en diminution d’une année à l’autre, passant de 120 DH en 2020 à 95 DH en 2021, puis à 85 DH en 2022. Son dividend yield est situé alors à 2,15%.
