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CDG : Les nouvelles ambitions de Khalid Safir
Le bras financier de l’État se fixe l’échéance 2030 pour doubler ses fonds propres et renforcer ses instruments d’intervention de manière à mobiliser des financements à hauteur de 100 milliards de dirhams pour des projets structurants.
Cap 2030 ! C’est le nouveau plan stratégique du groupe Caisse de dépôt et de gestion dévoilé récemment aux médias. «Il s’agit de réaffirmer le rôle de la CDG en tant qu’acteur de référence du développement national», explique Khalid Safir, qui a pris les rênes de l’institution en juillet 2022.
Pour l’ancien wali et son staff, il s’agit de bâtir une vision à long terme sur la base de plusieurs piliers. En premier lieu, il est question de sécuriser et dynamiser les ressources, en «consolidant le statut de partenaire de confiance, gestionnaire des retraites et des dépôts réglementés», peut-on lire dans la feuille de route.
En termes chiffrés, la CDG a l’ambition d’atteindre un niveau de dépôts de 210 milliards de dirhams, soit 31% de plus que leur niveau actuel.
Partenaire financier des opérateurs publics
Pour ce faire, l’institution compte sur une redynamisation de l’épargne gérée actuellement pour le compte de la Caisse nationale d’épargne, ces fameux comptes sur livrets d’Al-Barid qui n’ont pas encore libéré tout leur potentiel.
Mais aussi en restant engagée dans le processus de la réforme des retraites, actuellement en cours, pour pérenniser le rôle de la CDG en tant que partenaire de référence de la CNSS, du RCAR et de la CNRA. La consolidation du positionnement de la CDG en tant que tiers de confiance auprès des professions juridiques, à travers une amélioration continue de la qualité de service, figure aussi parmi les composantes de cet axe stratégique.
Le renforcement des instruments d’intervention, pour s’adapter au nouveau contexte d’investissement, est le deuxième pilier du plan stratégique Cap 2030.
Dans ce sens, il est question de démultiplier la capacité de financement de la CDG, passée experte pour les montages financiers des grands projets d’infrastructures, que ce soit à travers son écosystème (incluant aussi CIH Bank) ou à travers des consortiums avec d’autres acteurs financiers de référence.
L’exemple le plus parlant est sa capacité de mobilisation autour des financements innovants de l’État à travers les OPCI. «C’est un domaine où la CDG a été pionnière.
Actuellement, sur les 115 milliards de dirhams levés par les pouvoirs publics, nous avons contribué à des montages totalisant 85 milliards de dirhams, dont 20 milliards de dirhams mobilisés directement par la CDG», nous confie le staff dirigeant de l’institution.
Autre montage éloquent: le consortium de financement pour la rénovation et la construction des stades dans la perspective de l’organisation de la Coupe du monde 2030. «C’est une ligne dotée de 20 milliards de dirhams, assure-t-on auprès de la CDG. Jusque-là, les tirages sont à environ 4 milliards, mais ils devraient s’accélérer dans les années à venir».
La CDG a l’ambition de mobiliser des financements par dette de quelque 100 milliards de dirhams à l’horizon 2030 adressés à des investissements structurants dans des secteurs prioritaires, notamment les infrastructures de base et sociales.
Il s’agit de répondre à des «enjeux de souveraineté nationale dans des domaines prioritaires, nécessitant l’investissement d’acteurs nationaux : eau, énergie, sécurité alimentaire, santé, éducation, digitalisation, grands projets d’infrastructure», détaille le plan stratégique. Et il faut reconnaître que dans ce domaine aussi, la CDG n’a pas besoin de faire ses preuves.
Du conseil financier à la mobilisation des financements, en passant par la structuration des projets et la gestion des risques, le groupe CDG agit en tant que partenaire financier des opérateurs publics pour soutenir le déploiement des stratégies nationales. À son actif d’ailleurs, plus de 45 milliards de dirhams de financement de grandes stratégies nationales, incluant des ports, des autoroutes ou encore des stations de dessalement.
Pour disposer d’une plus importante marge de manœuvre pour une prise de risque et de mobilisation d’effet de levier, la CDG se doit de renforcer ses fonds propres. Et en la matière, la Caisse met la barre assez haut avec l’ambition de doubler ses ressources propres pour atteindre les 18 milliards de dirhams.
«C’est un objectif réaliste : plusieurs de nos investissements passés ont désormais atteint un stade où ils pourraient devenir des moteurs de rentabilité. Une rotation des actifs est prévue pour dégager de nouvelles marges de manœuvre et renforcer la capacité de prise de risque au service du développement», rassure la team Safir, qui rappelle la vocation de la CDG en tant qu’investisseur patient, capable de financer des projets à longue maturité.
Projets d’envergure à fort impact
Cette politique d’investissement de la CDG se voit d’ailleurs à travers ses métiers de développement territorial, appelés à se réorienter vers des activités à plus fort impact économique et social local. Pour ce troisième volet de Cap 2030 justement, l’institution préconise «le déploiement de projets d’envergure à fort impact socioéconomique, créateurs d’emploi et générateurs de valeur pour le pays».
Ainsi, de nouvelles zones d’accélération industrielle sont prévues à Oujda, Fès, Rabat et Casablanca, où une Tech Valley sortira de terre comme ce sera le cas à Agadir, Laâyoune et Dakhla. Fidèle à son histoire de partenaire des territoires, la CDG oriente prioritairement ses investissements vers la réduction des disparités et l’accompagnement des dynamiques régionales.
Pour soutenir la transformation du pays, l’institution fait de l’accompagnement des secteurs d’avenir un de ses autres axes stratégiques. À ce propos, le groupe a déjà identifié plusieurs domaines à impact auxquels il peut apporter des solutions, dont quatre domaines ayant un fort potentiel à court terme.
Il s’agit notamment des métiers d’infrastructure de l’eau, de la transition énergétique, de la souveraineté alimentaire, ainsi que de la souveraineté numérique. Last but not least, Cap 2030 prévoit d’inscrire les interventions de la CDG dans des objectifs de durabilité et de soutenabilité.
Au menu : des initiatives respectueuses de l’environnement et durables, ainsi que la mobilisation du financement vert à travers des partenariats avec des fonds étrangers. En définitive, l’institution cherche à renforcer son statut de catalyseur d’impact pour un Maroc durable, en faisant de l’excellence, de la responsabilité et de la citoyenneté son mantra.
Un dahir en cours d’actualisation
Créée en 1959, la Caisse de dépôt et de gestion est une institution financière publique gérant exclusivement des fonds privés. Elle exerce ses missions à travers la gestion sécurisée des fonds réglementés, des organismes de prévoyance, mais aussi des fonds de solidarité et des programmes sociaux pour le compte de l’État, ainsi que la mobilisation de l’épargne pour le développement économique et social.
Le texte réglementant les activités de l’institution remonte à 1959 et n’a jamais subi des amendements. Mais il est question de l’actualiser de manière à l’adapter aux évolutions de ces dernières décennies, que ce soit en termes de politique d’investissement ou de gouvernance.
«Une mouture est actuellement en discussion avec le département des Finances, ainsi que l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État», nous confie une source proche du dossier.


