Argent
Cash déclaré : Les premiers effets se font ressentir
Si l’impact du cash déclaré est déjà visible sur le marché actions avant même son injection, il ne l’est pas, du moins pas encore, sur le besoin de refinancement des banques. Le new cash devrait se situer entre 20 et 30 milliards de dirhams.
Des milliards de dirhams seront injectés dans l’économie, suite à l’opération de régularisation fiscale de l’année dernière, qui a permis à de nombreux Marocains d’intégrer leur cash caché dans le circuit formel, en s’acquittant d’un taux réduit de 5%.
Pour rappel, 127 milliards de dirhams ont été mobilisés, dont 77 milliards à travers des déclarations bancaires, 48 milliards via des déclarations directes auprès de l’Administration des impôts et 2 milliards au titre des biens et avoirs détenus à l’étranger.
La Bourse, les banques, le Trésor…, l’ensemble de ces institutions devront bénéficier de ce montant. L’on peut constater d’ores et déjà un impact très visible sur le marché des capitaux, spécialement le marché actions.
En Bourse, ce sont les personnes physiques qui continuent d’animer le marché, ce qui s’inscrit dans la continuité de la dynamique de leurs interventions, surtout à partir du dernier trimestre de l’année dernière.
En fait, l’impact du cash déclaré qui serait éventuellement réorienté vers le marché actions n’est pas encore visible. Actuellement, «les particuliers qui sont déjà présents sur le marché renforcent leur position, contribuant ainsi à la hausse des cours.
Ils spéculent sur les liquidités additionnelles qui seront injectées, de sorte qu’ils sortent du marché, à un plus haut, au moment où les autres rentrent, empochant ainsi des gains importants», explique un professionnel du marché. Notons qu’à la première quinzaine du mois de janvier, le Masi a déjà réalisé une performance de 8,5%.
Volumétrie et PE en hausse
Il n’y a qu’à voir la performance de l’indice général Masi qui a déjà réalisé 8,5% après à peine 15 jours du début de cette année. D’autant que la volumétrie est à des niveaux très élevés. Le volume transactionnel s’élève à près de 800 MDH en moyenne quotidienne, contre 200 MDH en 2024 et 100 MDH en 2023. Ce qui dénote de la forte dynamique des échanges en Bourse, et qui sont drivés essentiellement par les particuliers.
La liquidité, tant décriée comme contrainte du marché actions, s’est rétablie, du moins pour le début de cette année. Mais le revers de la médaille est que le marché est devenu cher. Le marché actions traite en effet à un PE moyen élevé, se situant entre 21 et 22.
D’autant que certaines valeurs atteignent jusqu’à 40 de PE. Cette tendance devrait se poursuivre tant que le mouvement acheteur de la part des personnes physiques essentiellement continue de se manifester.
Cette euphorie pourrait s’essouffler, une fois que les liquidités déclarées seront visibles sur le marché, que les spéculateurs liquident leur position et que le marché retrouve ses niveaux de valorisation normatifs.
20 à 30 MmDH de new cash
S’il y a un autre impact attendu de ce montant déclaré suite à l’amnistie fiscale, c’est au niveau des dépôts bancaires. Mais d’abord, il faut savoir que le montant de 77 milliards de dirhams, qui a été déclaré à travers le système bancaire, ne constitue pas de l’argent frais entièrement.
Seule une partie représente du new cash, car les déclarations ont concerné aussi bien l’argent existant que celui qui a transité par d’autres moyens ou dépensés pour acquérir des biens meubles ou immeubles ou autres…
D’après les informations qui circulent, entre 20 et 30 milliards de dirhams représentent les liquidités effectives et seraient ainsi visibles sur la nouvelle collecte des banques. Pour ainsi dire, l’encours des dépôts bancaires qui a atteint un montant de 1,3 milliard de dirhams à fin novembre serait bonifié de ces 20 ou 30 milliards de dirhams.
Pour illustrer, ce cash liquide pourrait être l’équivalent de deux mois de collecte de dépôts auprès des clients. En moyenne, chacune des douze banques de la place aurait affiché entre 1,7 et 2,5 milliards de dirhams de dépôts supplémentaires.
Impact non encore manifesté
Ce qui devrait contribuer à améliorer, un tant soit peu, leur besoin de liquidités pour quelques semaines. En tout cas, pour l’heure, ce besoin est toujours au même niveau, situé entre 140 et 150 milliards de dirhams, et Bank Al-Maghrib continue de servir les banques du même montant en moyenne.
Dans sa dernière note, BAM a porté le volume global de ses injections à 152 milliards de dirhams, dont 65,5 milliards sous forme d’avances à 7 jours, sachant que 50,8 milliards ont été injectés à travers les opérations de pension livrée à 1 et 3 mois et 35,7 milliards destinés au refinancement via les prêts garantis à long terme.
Il est vrai que d’une semaine à l’autre, le montant des interventions de BAM a baissé de quelque 4%. Mais cela n’est en rien un signal d’un renflouement des trésoreries des banques.
D’autant qu’il est un point important à savoir : c’est que la décision de la banque centrale de fixer le niveau de ses injections est une décision souveraine qui ne revient qu’à elle. Autrement dit, le déficit en liquidités des banques n’est pas le seul critère que BAM prend en compte pour fixer le montant à injecter.
Ce sont les disponibilités qui constituent le premier élément que la banque centrale prend en compte. C’est dire que des fois, même quand le besoin exprimé des banques est élevé, BAM pourrait réduire ses interventions.
En tout cas, l’envergure de cette amnistie fiscale et son étendue seront palpables dans les semaines à venir. Cela dit, une chose est sûre : cette opération devrait sans doute contribuer à élargir l’assiette fiscale et à renforcer la confiance entre le citoyen et l’administration.
Presque 30% du cash en circulation
Cette opération de régularisation fiscale est qualifiée de réussie, puisqu’elle a mobilisé une telle somme. Toutefois, si on fait le parallèle avec le cash en circulation, il reste encore à des niveaux élevés et est en augmentation continue.
À fin novembre 2024, il a atteint 429 milliards de dirhams, enregistrant une progression de 3 milliards sur un mois (+0,7%) et 40,3 milliards de dirhams sur la même période, une année auparavant, soit 10,4%. Il faut signaler, tout de même, que cette amnistie représente près de 30% de la monnaie en circulation.
