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Banques : À quoi sert une notation finalement ?
Aucune exigence réglementaire n’est associée à un rating, quel que soit le type de société évaluée. Elle est généralement sollicitée par les banques au bénéfice des investisseurs, pour estimer la qualité du risque de défaut.
La saison de notation des banques a commencé. Trois banques ont déjà été notées par Fitch Ratings. L’agence a renouvelé la note long terme en devises étrangères et locales de la banque CIH à «BB» avec des perspectives stables, traduisant ainsi la constance des fondamentaux. BMCI, elle, a conservé la note AAA, pour la capacité de la banque à honorer ses engagements financiers et à se conformer aux standards internationaux. Enfin, l’agence américaine a confirmé la note nationale à long terme de la Société Générale Maroc.
Maintenant que ces banques sont notées et que la communauté financière est rassurée quant à leur solidité et leurs perspectives, il y a lieu de se demander à quoi servent au juste ces ratings ? À qui sont-ils destinés ? Influent-ils vraiment sur les comportements des investisseurs ?
Il faut savoir tout d’abord que les notations au Maroc ne sont exigées par aucune réglementation, encore moins au préalable d’une quelconque opération financière, au moment où plusieurs régulateurs de pays africains l’imposent. En revanche, dans des pays étrangers où le marché des capitaux est nettement plus développé, la notation est devenue une exigence du marché. Les sociétés cotées requièrent des ratings à fréquence régulière, ne serait-ce que pour conforter les investisseurs dans leur choix de la valeur.
Utilité sur le marché interbancaire
Au Maroc, la notation est généralement sollicitée par ces établissements bancaires pour s’autoévaluer et consacrer leur solidité auprès des investisseurs. Mais pas que. Anouar Hassoune, directeur général de Global Credit Rating (GCR), filiale de Moody’s, explique que l’utilité principale d’une notation se manifeste d’abord sur le marché interbancaire. «Il est vrai que les banques recourent aux dépôts ou aux avances de Bank Al-Maghrib pour se refinancer. Mais pour disposer de ressources en devises, elles recourent, entre autres, au marché interbancaire ; là où la notation s’avère être un signal à ces contreparties bancaires sur le risque de défaut d’un établissement prêteur». Cela pour un refinancement à court terme.
À plus long terme, les banques sont amenées à émettre des certificats de dépôts comme instrument de refinancement, ou encore des obligations privées. Avant de souscrire, les investisseurs ont besoin de mesurer le risque de la banque émettrice. «Ce sont les investisseurs étrangers qui sont les plus demandeurs de ces notations, puisque ce n’est qu’à travers un rating qu’ils peuvent discriminer le risque de manière plus précise», ajoute Hassoune.
N’oublions pas que le marché des capitaux marocain attire de plus en plus d’investisseurs étrangers, qui sont, de par leur nature, avides d’informations financières et stratégiques sur les entreprises qui font appel public à l’épargne. «Le type d’informations contenues dans les ratings n’est pas rendu public dans les reportings courants de ces sociétés. Et donc l’avantage informationnel dont disposent ces investisseurs les incite à miser sur telle ou telle société», poursuit Hassoune. Non seulement cela, une bonne notation joue en faveur du spread d’une émission obligataire. Le contraire étant vrai aussi. Un directeur Analyse et recherche de la place illustre : «Une banque ayant obtenu un AAA, confirmé les notations suivantes, peut procéder à des émissions obligataires avec un spread de 30 à 40 points de base seulement par rapport à la dette souveraine».
Pas d’impact sur le cours en Bourse
En plus de ces émissions, les banques internationales, à l’instar de la BERD, la BEI, la SFI et autres accordent des lignes de financement aux banques tant pour accompagner les porteurs de projets ou pour soutenir les entreprises… Et l’un des indicateurs essentiels que ces institutions internationales scrutent, c’est justement le risque de défaut. Et c’est ce qui justifie «les conditions avantageuses» auxquelles les banques se voient allouer ces prêts.
Que des avantages et de la visibilité pour les investisseurs, pour les opérations financières des banques. Qu’en est-il alors pour la place financière ? La notation impacte-t-elle le cours en Bourse ? Aucunement, affirme le DG de GCR ; la valeur de l’entreprise et la qualité du risque étant deux indicateurs distincts. Une dégradation de la notation d’une banque n’implique pas forcément une détérioration de ses fondamentaux ou de sa valeur boursière.
D’un autre côté, les boursicoteurs qui misent tant sur les valeurs de croissance que sur celles de rendement font plus attention aux bénéfices, aux perspectives d’avenir, à la capacité de l’entreprise à générer des profits à long terme, à distribuer des dividendes…, c’est dire l’intérêt que revêtent les ratings au niveau de la place financière casablancaise.
Or, aux yeux de notre professionnel, la notation doit être obligatoire et ne devrait en aucun cas être considérée comme contraignante. Dans un contexte mondial où les menaces ne font que s’abattre sur les pays (catastrophes naturelles, épidémie…), les régulateurs doivent imposer aux banques et compagnies d’assurance notamment de solliciter des notations au bénéfice des investisseurs.
Vraisemblablement, au Maroc, elle n’est pas aussi importante pour la rendre nécessaire !
Toujours à la recherche de l’Investment Grade
La dernière notation du Maroc a été attribuée par Fitch Rating. En octobre dernier, l’agence américaine a maintenu le «BB+» avec perspectives stables, accordé en avril, et ce, en dépit du séisme qu’a subi le pays en septembre. Fitch a considéré que l’impact économique de ce tremblement de terre est limité en 2023, vu que les zones touchées n’abritent pas de centres d’activité industrielle. Actuellement, le Maroc cherche à récupérer son Investment Grade qu’il a perdu auprès de Fitch en 2020, puis auprès de Standard & Poor’s en 2021, en raison des perturbations économiques causées par la crise de Covid. Rappelons que le pays avait gardé cette notation pendant plusieurs années chez les deux agences de notation.
