SUIVEZ-NOUS

Affaires

Zlecaf : Quel impact sur l’économie marocaine ?

Le Maroc a entamé la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale au niveau douanier dans son volet marchandises. Si sur le papier la Zlecaf est prometteuse, elle n’aura, pour le moment, qu’un impact marginal sur l’économie du Royaume. Explications.

Publié le


Mis à jour le

Levier majeur de l’intégration économique de l’Afrique, la Zone de libre-échange continentale (communément appelée Zlecaf) commence, enfin, à se concrétiser sur le terrain. Le Maroc, qui a été parmi les premiers pays signataires de cet accord, est bien sûr de la partie, Rabat ayant déposé ses instruments de ratification auprès de la Commission de l’Union africaine le 18 avril 2022. En ce début d’année 2024, une nouvelle étape décisive vient d’être franchie, avec la publication par l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII) d’une circulaire relative à la mise en œuvre sur le plan douanier du protocole sur le commerce des marchandises de la Zlecaf.

L’un des points clés de cette circulaire est la liste A, qui regroupe les produits soumis à un démantèlement tarifaire du droit d’importation et de la taxe parafiscale à l’importation. Cette liste représente 90% des lignes tarifaires du tarif national, et est établie par chaque État en fonction de sa stratégie commerciale et de ses priorités. Le démantèlement tarifaire de ces produits, qui a commencé en 2020, s’étalera sur 5 ans (2020-2025) pour les pays en voie de développement (liste P1), et sur 10 ans (2020-2030) pour les pays les moins avancés (liste P2).

Deux autres listes doivent encore voir le jour, à savoir la liste B qui porte sur les produits sensibles (7% des lignes tarifaires, et dont le démantèlement tarifaire est programmé pour la période 2026-2030), et la liste C qui concerne les produits exclus de l’accord (3% des lignes tarifaires). Le Maroc a ainsi fait le choix d’exclure plusieurs produits agricoles, comme les fruits rouges, les avocats, le blé, le lait, mais aussi les conserves de poissons.

Concrètement, une trentaine de pays bénéficieront dès cette année de ces concessions tarifaires pour accéder au marché marocain pour les produits de la listeA. Ainsi, un pays en développement qui exporte vers le Maroc un produit de la liste A bénéficiera d’une baisse de 80% sur les droits d’importation (40% pour un pays de la liste P2). Il va de soi que cet avantage n’est accordé qu’en cas de respect du principe de réciprocité. Par ailleurs, les produits doivent être made in Africa, d’où l’établissement de règles d’origine, notamment pour les produits transformés. Mais pour certains produits, notamment de l’industrie automobile, les règles d’origine n’ont pas encore été arrêtées et sont toujours en cours de négociation.

Voici ce qui est pour les aspects techniques et réglementaires. Mais qu’en est-il de l’impact réel de cette nouvelle ère commerciale qui s’annonce sur l’économie nationale ?

Un impact marginal sur les exportations et le PIB
Sur le papier, l’opérationnalisation de la Zlecaf est prometteuse. Elle permettrait d’ouvrir un marché de 1,2 milliard de consommateurs et d’accroître le commerce intra-africain, en éliminant les barrières tarifaires et non tarifaires à l’échelle de l’Afrique. Le positionnement du Maroc en tant que hub commercial, logistique et financier vers l’Afrique doit logiquement permettre au Royaume d’en tirer profit. Une étude a été réalisée par l’Association marocaine des exportateurs, en partenariat avec le ministère de tutelle, pour connaître le potentiel d’export et d’investissement qu’offre la Zlecaf. Selon cette étude, différents secteurs d’activité au Maroc pourront profiter de cette ouverture sur le marché africain commun, notamment l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire et le textile. Surtout, l’opérationnalisation de la Zlecaf pourrait générer 10 milliards de dirhams de chiffre d’affaires additionnel pour les exportateurs marocains. Un chiffre important, mais qui reste à relativiser quand on le rapporte au montant global des exportations du Maroc, qui a culminé à 426 milliards de dirhams en 2022. Une autre étude, initiée par la Direction des études et de la prévision financière (DEPF), relevant du ministère des Finances, a quantifié les impacts sur le PIB marocain de l’opérationnalisation de la zone de libre-échange continentale. Selon un scénario calé sur le calendrier de l’accord (élimination des droits de douane entre pays africains sur 90% des lignes tarifaires entre 2021 et 2025, suivie d’une libéralisation de 7% des lignes correspondant aux produits sensibles entre 2026 et 2030), assorti d’une réduction de 50% des barrières non tarifaires, la Zlecaf aurait un impact sur le PIB de seulement +0,3%.

Ces résultats s’expliquent, en grande partie, par le fait que l’Afrique ne représente à ce jour qu’une part marginale du commerce extérieur marocain. Le continent ne représente en effet que 9,4% des exportations marocaines de marchandises. Dans le même temps, les exportations marocaines totales de marchandises ne représentent que 16% environ du PIB marocain. Par conséquent, les exportations marocaines de marchandises vers l’Afrique ne représentent que 1,5% du PIB marocain. Autrement dit, la Zlecaf ne pourrait avoir qu’un impact limité sur le PIB marocain.

La logistique, Le talon d’Achille de la Zlecaf
Côté importations, la Zlecaf pourrait en revanche largement bénéficier aux industriels marocains, grâce à un accès plus facile aux matières premières dont regorge le continent. Une perspective qui permettrait une redistribution des chaînes de valeur au bénéfice du Maroc, dont les industries transformatrices sont parmi les plus avancées du continent. Encore faut-il pouvoir s’appuyer sur des corridors logistiques et des infrastructures de transport bien développées à l’échelle africaine. Un impératif qui manque encore cruellement à ce jour, la logistique, qu’elle soit routière, aérienne ou maritime, étant, à ce jour, le talon d’Achille de la Zlecaf.

L’une des solutions, portée par le Maroc, consiste à créer un cadre institutionnel permettant aux pays africains de collaborer pour la création d’un réseau de hubs logistiques en faveur des échanges commerciaux. Dans ce sens, le Royaume a identifié onze zones logistiques dans onze pays d’Afrique subsaharienne, afin de former le noyau d’un futur réseau de plateformes logistiques. En tout état de cause, il faudra massifier les investissements dans les infrastructures de transport et dans la logistique. Dans le cas contraire, la Zlecaf n’atteindra jamais ses objectifs : celui de devenir le 8e bloc économique du monde, avec un PIB global de 3.000 milliards de dirhams. On en est encore loin…


Après les marchandises, les services et l’investissement

Le champ d’application de la Zlecaf dépasse le simple cadre des marchandises. Il inclut également le commerce des services, les investissements, les droits de propriété intellectuelle ainsi que le droit de la concurrence. Pour le commerce des services, le protocole Zlecaf adopté prévoit la libéralisation progressive de 5 secteurs prioritaires : tourisme, services financiers, services aux entreprises, télécommunication et transport. Le protocole prévoit aussi la reconnaissance mutuelle des normes, des licences et des certifications des prestataires de services. Concernant l’investissement, le protocole a également été arrêté. Parmi les dispositions relatives à l’investissement figurent l’ouverture des marchés, la non-discrimination des investisseurs étrangers par rapport aux entreprises locales, la protection des investisseurs, le droit d’établissement, les procédures de règlement des différends entre investisseurs et États, ainsi que des dispositions relatives au pré-établissement et aux règles d’expropriation. Comme pour le protocole sur les marchandises, les États signataires devront implémenter ces règles relatives aux services et à l’investissement dans leur législation.