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Vers un nouveau palier de croissance…

Après la résilience, le décollage ? Sorti renforcé du contexte de polycrise dans lequel il évolue depuis 4 ans, le Maroc est sur le point de connaître un nouveau cycle de forte croissance, conforme à ses ambitions d’émergence. Plusieurs facteurs le suggèrent. Analyse.

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Touchée mais pas coulée, l’économie nationale revient de loin. Malmenée par une série de crises aussi brutales que déstabilisatrices (pandémie mondiale, guerre en Europe, sécheresse persistante et tremblement de terre dévastateur), l’économie marocaine a montré une résilience à toute épreuve. Elle a «démontré à plusieurs reprises sa forte capacité à répondre efficacement aux chocs», comme l’a encore souligné la Banque mondiale dans son rapport consacré au Royaume, justement intitulé «De la résilience à la prospérité partagée». Car au sortir d’une séquence 2022-début 2023 particulièrement difficile, caractérisée par une grave sécheresse couplée à une flambée des prix des matières premières, qui ont ralenti la croissance du PIB (+1,2% en 2022) et nourri l’inflation (+10% en janvier 2023), l’économie nationale se trouve désormais aux portes d’un nouveau palier de croissance.
Pour 2024, les principales institutions conjoncturistes tablent sur un taux de croissance autour de 3% et 3,5% respectivement pour 2024 et 2025. Mais ce taux pourrait aller plus haut que prévu et se rapprocher petit à petit de l’objectif exprimé dans le Nouveau modèle de développement (+6% à l’horizon 2035). Déjà en 2023, l’économie marocaine a accéléré et déjoué tous les pronostics, achevant le dernier trimestre sur une croissance de 4,1%, permettant au PIB national de franchir pour la première fois le cap de 1.400 milliards de dirhams. Cette embellie est bien partie pour se poursuivre à court et moyen terme, pour peu bien sûr que les chocs externes, notamment géopolitiques, s’estompent. Plusieurs éléments le suggèrent. Nous en avons relevé au moins quatre, annonciateurs d’un nouveau palier de croissance plus vigoureuse et à la hauteur des attentes : une demande intérieure qui retrouve du tonus dans un contexte de désinflation, un taux directeur attendu en baisse, un investment grade en passe d’être récupéré et, enfin, des investissements massifs dans des secteurs d’avenir qui vont porter leurs fruits.

La demande intérieure retrouve du tonus
C’est la bonne nouvelle de ce début d’année 2024 : la demande intérieure retrouve enfin des couleurs. Véritable moteur de la croissance du PIB, la demande intérieure a confirmé sa reprise au premier trimestre 2024, contribuant ainsi pour 6,7 points à la croissance économique globale, au lieu de -0,1 point au même trimestre de l’année passée, selon les dernières statistiques du Haut-commissariat au plan. Cette embellie concerne l’ensemble des composantes, au premier rang desquelles on retrouve la consommation des ménages, qui s’est améliorée de 2,7%, au lieu de +0,1%, en variation annuelle. En d’autres termes, les Marocains se remettent à consommer, bénéficiant des gains du pouvoir d’achat liés au reflux de l’inflation, dans le sillage des efforts du gouvernement et de la banque centrale de contenir les prix et de les ramener à des niveaux raisonnables.
La deuxième composante de la demande intérieure, à savoir la consommation des administrations publiques, est également dans le vert. Elle se serait accrue de 3,4% au premier trimestre, au lieu de +2,7% à la même période de l’année dernière, en ligne avec l’accroissement des dépenses de fonctionnement, fait remarquer le HCP.
Enfin, la composante investissement a vu sa dynamique de croissance se poursuivre à un rythme soutenu pour le troisième trimestre consécutif, avec une hausse de 17,3% de la formation brute de capital au premier trimestre 2024. Les crédits à l’équipement, un indicateur qui renseigne sur le niveau des investissements des entreprises, sont résolument sur une tendance haussière: ils progressent de 10,8%, en variation annuelle, au lieu de -4,6% au cours de la même période de l’année passée. Ces investissements concernent en particulier le secteur de la construction grâce à l’impulsion des programmes publics relatifs à l’aménagement des stades pour la CAN 2025, à la reconstruction et la réhabilitation des zones touchées par le séisme d’Al Haouz, ainsi que du programme d’aide à l’acquisition de logements.
La vigueur retrouvée de la demande intérieure devrait se poursuivre. «Elle resterait le socle de la croissance économique nationale au deuxième trimestre 2024», à en croire les statisticiens du HCP. Les gains de pouvoir d’achat, permis par le reflux de l’inflation, et le recours intensifié à l’épargne soutiendraient une augmentation de 2,6% de la consommation des ménages.

Une baisse du taux directeur attendue cette année
La croissance de l’économie nationale devrait bénéficier d’un sérieux coup de pouce provenant de Bank Al-Maghrib durant l’année 2024. L’immense majorité des analystes s’attendent en effet à une baisse du taux directeur de la banque centrale d’ici la fin de l’année, si l’inflation continue de se réduire, comme c’est le cas depuis plusieurs mois. Le signal d’un mouvement d’assouplissement de la politique monétaire pourrait venir de la Banque centrale européenne. La BCE laisse clairement, en effet, envisager une baisse de son taux directeur en juin prochain, et Bank Al-Maghrib devrait suivre, d’autant que l’inflation, qui avait justifié la triple hausse du taux directeur en 2022 et 2023 converge vers son objectif de stabilité de 2%. C’est d’ailleurs ce que prévoit la société de recherche Attijari Global Research (AGR), qui s’attend à un «assouplissement monétaire en 2024, à l’instar des grandes banques centrales à l’international, en tenant compte des grands enjeux du Royaume».
Ainsi, résume AGR, «avec le recul des pressions inflationnistes au Maroc et à l’étranger, BAM devrait se recentrer sur les défis économiques émergents du Royaume. Cela comprend le soutien à l’investissement et à la croissance, notamment dans le cadre de la réhabilitation de la région du sud après le séisme et de la co-organisation de la Coupe du monde 2030». Un nouveau cycle d’assouplissement monétaire est susceptible de donner un réel coup de fouet à l’économie marocaine dans son ensemble, en baissant le coût du crédit, permettant ainsi de soutenir la consommation et l’investissement et par conséquent la croissance.

L’investment grade en passe d’être récupéré
Le 29 mars dernier, l’agence de notation S&P Global Ratings, l’une des plus influentes au monde, a rehaussé de «stable» à «positive» la perspective des notes BB+/B de la dette à long terme et à court terme en devises et en monnaie locale du Maroc. Ce relèvement de la perspective de la notation souveraine du Maroc place le Royaume à un petit cran seulement de la récupération de l’investment grade (BBB-, soit un risque faible d’insolvabilité) perdu par le Royaume en avril 2021, en pleine crise du Covid. S&P a clairement indiqué dans son rapport qu’elle pourrait relever la note du Maroc «si le gouvernement continue de mettre en œuvre des réformes structurelles, favorisant une croissance économique plus forte et un élargissement de l’assiette fiscale, tandis que les déficits budgétaires continuent de diminuer». Pour l’agence de notation new-yorkaise, l’économie marocaine est sur la bonne trajectoire. Sa croissance sera soutenue par «une demande intérieure plus forte, aidée par une inflation en baisse et un investissement privé accru, qui bénéficiera des réformes économiques en cours et d’une croissance plus forte dans la zone euro, principal partenaire commercial du Maroc».
Au-delà de l’embellie en cours sur le plan macroéconomique, l’éventualité, de plus en plus plausible, de la récupération de l’investment grade devrait avoir des retombées positives sur plusieurs plans. Cela permettra d’abord d’effectuer des levées à l’international à des conditions bien plus avantageuses qu’aujourd’hui, assorties d’une prime de risque bien moindre. Par ailleurs, l’impact sera positif sur l’évaluation des autres opérateurs économiques marocains, en premier lieu les banques et les établissements publics et privés. Il permettra par la même occasion, sur le plan réputationnel, de renforcer la confiance des bailleurs de fonds et investisseurs internationaux envers la signature Maroc. De quoi permettre au pays de drainer plus de capitaux et de clignoter davantage dans les radars des investisseurs mondiaux, alors que ces derniers se pressent déjà au portillon pour investir dans le Royaume.

Des investissements massifs dans des secteurs d’avenir
La nouvelle Charte de l’investissement est bien un game changer. Opérationnelle depuis le premier mars 2023, elle a propulsé l’investissement au Maroc à des niveaux jamais vus auparavant. Un an après son approbation, la nouvelle Charte a contribué à attirer des projets d’investissement d’une valeur de 150 milliards de dirhams. Ce qui conforte l’atteinte de son objectif principal consistant à porter la part des investissements privés dans le Royaume d’un tiers actuellement à deux tiers d’ici 2035. Des performances qui tranchent avec le rythme annuel des investissements observé auparavant, qui était de l’ordre de 30 milliards de dirhams avec 11.000 emplois créés. En gros, au cours de la première année de la nouvelle Charte de l’investissement, ils ont augmenté de 5 fois par rapport à la moyenne d’avant 2022, tandis que les emplois créés ont augmenté de 7 fois par rapport à la même période.
Mieux encore, le Maroc figure en tête de liste des pays les plus performants en termes d’IDE Greenfield en 2023, selon fDI Intelligence, service d’analyse et de recherche sur les investissements du Financial Times. Plusieurs de ces projets concernent les écosystèmes de batteries électriques. Le projet du chinois Gotion, pour ne citer que celui-ci, donne la mesure de ces investissements massifs et de leur portée : 65 milliards de dirhams seront ainsi investis dans la construction d’une usine de batteries pour véhicules électriques dans la commune de Bouknadel. Outre les gigafactories, ces investissements, qui sont en cours de concrétisation, concernent dans leur grande majorité des secteurs d’avenir porteurs, comme l’hydrogène vert, l’énergie, le dessalement de l’eau de mer, ou encore l’industrie chimique. Ils ne vont pas tarder à porter leurs fruits et contribuer à faire franchir au Maroc un nouveau palier de croissance vers l’émergence.