Affaires
Stratégie nationale : L’État, moteur de l’innovation
Entre digitalisation des services publics, développement des infrastructures et montée en compétences des talents, le Royaume se positionne comme un hub technologique en Afrique, où innovation rime avec inclusion et compétitivité.
L’innovation numérique n’est plus une option pour le Maroc, elle est devenue une priorité nationale. Ces dernières années, le Royaume a placé la transformation digitale au cœur de son modèle de développement, convaincu que la compétitivité économique de demain se jouera sur la maîtrise de la donnée, de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes.
En chef d’orchestre de cette mutation, l’État marocain assume pleinement son rôle de catalyseur, fixant une vision claire: faire du Maroc un hub technologique africain et un territoire où le numérique sert autant la performance que l’inclusion.
Sous la bannière Morocco Tech, les initiatives se sont multipliées. La digitalisation de l’administration est l’un des axes majeurs : des plateformes comme Dar Al Moukawil permettent de créer et gérer son entreprise en ligne, tandis que le portail de la Trésorerie générale du Royaume offre le paiement des impôts et taxes pour les particuliers et entreprises.
Les citoyens peuvent également suivre et gérer leurs plaintes via Chikaya.ma, et les administrations utilisent des systèmes comme e-Courrier pour dématérialiser les correspondances internes. Ces mesures ne sont pas uniquement symboliques, elles traduisent une volonté de proximité et de transparence entre l’État et les citoyens, tout en favorisant l’efficacité des services publics.
Des infrastructures à la hauteur des ambitions
Pour que la transformation numérique soit effective, l’État investit massivement dans les infrastructures de connectivité. Le déploiement du haut débit et de la fibre optique, soutenu par l’ANRT, vise à connecter plus de 80% des foyers d’ici 2025, y compris dans les zones rurales.
Sans oublier la 5G dont le lancement effectif est imminent, en novembre, dans les métropoles et zones industrielles préparant le terrain à l’Internet des objets, aux smart cities et à l’innovation industrielle. Parallèlement, le Maroc développe ses data centers souverains, assurant la localisation et la sécurité des données critiques, un élément clé de la souveraineté numérique.
Le Maroc a également misé sur des portails centralisés pour faciliter l’accès aux services publics. Maroc.ma concentre aujourd’hui les démarches administratives en ligne, de la demande d’actes de naissance au renouvellement des passeports, en passant par les services sociaux.
Le ministère de la Justice a digitalisé la consultation des dossiers judiciaires et le dépôt de certaines requêtes, tandis que la CNSS permet aux employeurs et salariés de gérer cotisations et déclarations en ligne.
Même le secteur de la santé amorce sa transformation avec des plateformes d’e-santé pour la gestion des dossiers médicaux et la prise de rendez-vous dans certaines régions pilotes. Ce sont là des exemples parmi tant d’autres.
Ces outils transforment la relation entre l’État et le citoyen, tout en créant un effet d’entraînement sur les entreprises et start-up, qui trouvent un environnement numérique favorable à l’innovation. Le gouvernement ne se limite pas à impulser la vision, il met en place un écosystème propice à l’innovation. Le Maroc investit dans la gouvernance de la donnée et la cybersécurité, assurant la confiance nécessaire à l’économie numérique.
Soutenir l’essor du numérique grâce à la formation
Pour piloter cette transformation, le Royaume a créé des institutions dédiées : la Direction générale de la digitalisation et la Commission nationale de la transformation numérique. Cette gouvernance favorise la co-construction avec les acteurs privés et universitaires, garantissant que les innovations répondent aux besoins réels du pays.
Avec cette stratégie, le Maroc ambitionne de devenir une référence continentale. Les plateformes e-gov, la digitalisation de l’administration et le soutien aux start-up inspirent déjà d’autres pays africains. Le Royaume joue également un rôle de passerelle entre l’Afrique et l’Europe, offrant un environnement stable et connecté pour les investisseurs internationaux.
Quid de l’intelligence artificielle et de la blockchain ? Sur le plan technologique, l’intelligence artificielle est érigée en levier transversal dans la stratégie du digital. Elle irrigue à la fois la transformation numérique de l’administration publique et la dynamisation de l’économie numérique. Une attention particulière est accordée à la structuration de l’écosystème IA au Maroc, en soutenant la recherche, le développement de compétences et la création de solutions locales adaptées.
Pour exemple, le ministère de la Transition numérique a signé un mémorandum d’entente, en septembre dernier, avec Mistral AI, une entreprise européenne spécialisée dans l’IA générative avec pour but de développer les compétences locales en IA, favoriser l’émergence de start-up et promouvoir une IA éthique et inclusive.
Plus globalement, neuf accords ont été signés lors des premières Assises nationales de l’IA, tenues en juillet dernier à l’UM6P Rabat, couvrant des domaines tels que l’intégration des technologies numériques dans l’éducation, l’inclusion numérique en milieu rural, l’IA au service de l’emploi et des compétences, la création d’un centre d’excellence en IA à Nador.
Dans le même élan, la blockchain est reconnue pour ses atouts en matière de transparence, de traçabilité et de sécurisation des échanges. Elle est notamment perçue comme un outil stratégique dans les domaines de la finance (paiements numériques, fintech), des services administratifs ou encore de la logistique.
Le projet de loi encadrant les cryptomonnaies, porté par Bank Al-Maghrib et actuellement en circuit législatif, marque une étape clé vers une régulation progressive de ces technologies en pleine expansion. Cette régulation est essentielle, car les cryptomonnaies s’appuient sur la technologie blockchain pour enregistrer et valider leurs transactions.
Par ailleurs, le Royaume multiplie les initiatives pour renforcer les savoir-faire numériques et encourager l’entrepreneuriat technologique chez les jeunes. Ces efforts s’inscrivent dans une volonté stratégique d’accompagner la transformation digitale du pays tout en valorisant son capital humain.
L’une en la matière est YouCode, une école de codage lancée en 2020, avec pour ambition de démocratiser l’accès à la formation numérique. Destinée prioritairement aux jeunes sans diplôme, elle propose des formations gratuites en développement web et mobile.
Depuis sa création, l’école a déjà formé plus de 2.000 jeunes, leur offrant de véritables perspectives professionnelles dans un marché en constante évolution. Autre programme phare: JobinTech, lancé officiellement à l’échelle nationale en mai 2024, grâce à une convention signée entre le ministère de la Transition numérique et plusieurs partenaires publics et privés.
Ce programme vise à former 14.000 talents en trois ans à travers des parcours d’upskilling (montée en compétences) ou de reskilling (reconversion professionnelle) dans les métiers du numérique. La phase pilote, déployée entre 2023 et 2024, affiche des résultats encourageants : près de 1.000 jeunes qualifiés, 10 opérateurs de formation mobilisés et un taux d’insertion dépassant les 70%.
Plus récemment, en mars 2025, le ministère a annoncé le lancement du Programme national de formation aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle, en partenariat avec plusieurs institutions clés, dont l’Université MohammedVI Polytechnique.
In fine, le Royaume affirme sa volonté de devenir un hub technologique continental. Dans ce scénario, chaque citoyen, chaque start-up et chaque entreprise est invité à prendre part à cette transformation, où technologie rime avec inclusion, performance et compétitivité.
