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Zakia Driouich : «L’innovation comme levier stratégique pour une pêche durable»

Depuis le lancement en 2009 de la Stratégie Halieutis, des efforts continus ont été déployés pour préserver les ressources halieutiques, moderniser, renforcer et développer le secteur. La secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime dresse l’état des lieux du secteur en marge de l’édition 2025 du Salon Halieutis.

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Le secteur de la pêche maritime est un pilier stratégique de l’économie marocaine. Aujourd’hui, grâce à ses ressources halieutiques abondantes, le Maroc se classe au rang de 13ᵉ puissance halieutique mondiale et de premier en Afrique en pêche de captures.

Avec une zone économique exclusive de plus d’un million de kilomètres carrés, nos eaux figurent parmi les plus poissonneuses au monde. Il n’empêche que le secteur de la pêche et de transformation des produits de la mer doit relever de nombreux challenges. Le point avec la responsable gouvernementale.

La durabilité à travers la recherche et l’innovation est au cœur de la 7e édition du Salon Halieutis. Quelle est votre stratégie en la matière ?
Face aux nouveaux défis environnementaux amplifiés par les changements climatiques et aux enjeux liés au développement d’une économie bleue résiliente, la question de la durabilité constitue aujourd’hui le fondement de la stratégie R&D et innovation de l’INRH.

Dans ce cadre, l’Institut mène une recherche scientifique multidimensionnelle et pluridisciplinaire, s’appuyant sur les nouvelles technologies et l’innovation, et adoptant une approche collaborative aux échelles nationale, régionale et internationale. Ainsi, la question de la durabilité est abordée à travers plusieurs axes stratégiques.

Il s’agit du monitoring océanographique et études des écosystèmes marins, de l’évaluation et suivi des ressources halieutiques, de l’adoption des engins de pêche durable, de la génétique, de la surveillance de la qualité du milieu marin et de la R&D et innovation en aquaculture.

La recherche halieutique a bénéficié d’un investissement de 1,55 milliard de dirhams sur dix ans, conformément aux objectifs du plan Halieutis. Elle se concentre sur l’évaluation de l’évolution des stocks halieutiques et le suivi régulier des ressources pour une adaptation efficace des plans d’aménagement.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités pour le secteur ?
Les pêcheries mondiales sont caractérisées par la rareté des ressources biologiques marines, menacées par le changement climatique et la demande croissante des produits de la mer. Partant de là, notre stratégie vise à sauvegarder l’avenir du secteur des pêches maritimes, grâce à une gestion raisonnée permettant un développement durable et bénéficiant de son avantage concurrentiel.

Outre la mise en œuvre d’un mode de gouvernance durable et responsable des pêcheries, cette nouvelle éthique de gestion impose d’accélérer la mise à niveau globale des différentes structures du secteur, aussi bien sur les plans humain, économique, social que technique, dans une optique d’exploitation valorisante et écologiquement saine.

Le Secrétariat d’État aspire à parvenir à un développement aligné sur l’orientation du programme gouvernemental et sur la tendance mondiale de l’économie bleue, pour élaborer une nouvelle vision de développement du secteur de la pêche et de l’aquaculture marine, tout en consolidant les acquis de la Stratégie Halieutis.

Nos priorités s’inscrivent pleinement dans cette dynamique. Nous mettons l’élément humain au premier plan, en visant un saut qualitatif dans l’amélioration des conditions de vie et de travail des divers acteurs de la chaîne de valeur. La formation constitue un outil clé pour intégrer de nouvelles compétences et qualifications, garantissant ainsi une meilleure adaptation aux évolutions du secteur.

Que prévoyez-vous en ce qui concerne le développement du marché local et les industries liées à la pêche ?
Nous veillons à promouvoir l’aquaculture, qui joue un rôle central dans le développement de l’économie bleue et constitue une solution clé face aux défis imposés par le changement climatique. En tant qu’alternative durable à la pêche, elle contribue à la sécurité alimentaire, à la création d’emplois et à la préservation des ressources halieutiques.

Nous œuvrons également à encourager la consommation interne de produits de la mer. Dans le but de créer un marché local dynamique, les entreprises doivent être plus avant-gardistes dans leur offre nationale de différents produits de la mer à haute valeur nutritionnelle.

L’investissement et l’innovation restent des axes stratégiques. Dans un marché en croissance et en évolution constante, il est indispensable de continuer à investir, en restructurant le tissu industriel et en soutenant l’innovation industrielle, pour créer de nouvelles opportunités d’emploi.

Enfin, nous poursuivons nos efforts pour améliorer et diversifier les moyens d’existence des communautés de pêcheurs. Il s’agit de poursuivre les actions d’appui et de soutien aux coopératives de pêche artisanale, en encourageant la promotion des activités génératrices de revenus, tout en facilitant l’accès au financement de cette population.

Où en est l’application des mesures d’accompagnement des plans d’aménagement ?
L’application des mesures d’accompagnement des plans d’aménagement est une priorité pour assurer une exploitation durable de nos ressources halieutiques.

À ce jour, 30 plans d’aménagement ont été élaborés pour encadrer les pêcheries pélagiques, démersales (poulpe, crevettes, merlu, grands crustacés) et littorales (algues, corail rouge, praire, oursins, pieds de biche, etc.). Ces plans définissent les unités d’aménagement, les zones de pêche autorisées, les quotas de capture, les périodes de repos biologique et les caractéristiques des navires et engins de pêche.

Ces mesures répondent à l’axe de la durabilité de la Stratégie Halieutis, qui vise à assurer une gestion responsable des ressources halieutiques tout en préservant les écosystèmes marins. Elles contribuent à la protection des stocks, à la lutte contre la pêche illicite et à la promotion de pratiques durables, garantissant ainsi la pérennité du secteur.

Mais cela passe aussi par le contrôle des activités de pêche ?
Le contrôle des activités de pêche a été renforcé par 18 plans régionaux, adaptés aux réalités locales. La surveillance de la flotte a progressé grâce à l’équipement des navires en balises de géolocalisation par satellite (VMS), représentant un investissement de 75,5 millions de dirhams. En complément, l’acquisition d’un logiciel VMS et l’aménagement du Centre national de surveillance ont mobilisé près de 13 millions de dirhams.

Un système informatisé de traçabilité a également été mis en place pour assurer un suivi précis des captures, depuis la déclaration jusqu’à l’exportation, avec un investissement de 23,9 millions de dirhams. En outre, le Secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime a déployé de nouveaux observateurs scientifiques auprès de ses services extérieurs afin de garantir le respect des mesures prévues dans les plans d’aménagement.

Aujourd’hui, des avancées notables ont été enregistrées, notamment dans la lutte contre la pêche INN, l’aménagement des pêcheries et la gestion de la capacité de pêche, contribuant ainsi à la pérennité et à la durabilité du secteur halieutique national.

Quid de l’approvisionnement des unités industrielles confrontées à la raréfaction croissante de la ressource ?
L’approvisionnement en matières premières de ces unités industrielles est principalement assuré par les débarquements de la flotte nationale. À cela s’ajoute l’importation de produits halieutiques, réalisée notamment dans le cadre des régimes économiques en douane, via le dispositif d’Admission temporaire, permettant d’importer des matières premières destinées à la transformation avec exonération des droits d’importation.

Par ailleurs, les accords de libre-échange et les conventions commerciales signés par le Maroc avec ses partenaires offrent des conditions préférentielles d’importation, facilitant l’accès à des produits de la mer en réduction ou exonération totale des droits de douane. Ces cadres permettent aux industriels marocains d’accéder à un approvisionnement compétitif tout en maintenant un niveau de production soutenu.

Comment se porte le secteur industriel de transformation des produits de la mer ?
Le tissu industriel de la transformation et de la valorisation des produits de la mer a connu un développement continu au cours des dernières années, aussi bien en termes de nombre d’unités, d’attractivité en investissements, que de compétitivité et qualité des produits.

En matière de capacité industrielle, le nombre d’unités de transformation est passé de 417 en 2010 à 518 en 2023, enregistrant ainsi une augmentation de 101 unités sur cette période. Ce développement s’inscrit dans une volonté de renforcer la structuration du secteur et d’accroître la valorisation locale des produits halieutiques.

À travers la Stratégie Halieutis, le Secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime ambitionne de positionner le Maroc comme un hub international pour la transformation et la valorisation des produits de la mer, en mettant à profit son expertise, son tissu industriel performant et les opportunités offertes par le marché international.

L’exploitation des Accords de libre-échange (ALE) constitue un levier stratégique, permettant d’assurer une compétitivité accrue au secteur et de renforcer le rôle du Maroc sur l’échiquier mondial des industries halieutiques.

En matière de valorisation des produits de la mer, l’accompagnement des opérateurs économiques vers une transition industrielle durable est également une priorité, en facilitant l’accès aux fonds d’innovation nationaux et internationaux. L’intégration des technologies innovantes, data et intelligence artificielle est aussi menée pour renforcer la surveillance des océans et accompagne les décisions politiques en matière de gestion durable.

Le développement de modèles et d’outils pour une pêche intelligente contribue à assurer la durabilité des pêcheries et des écosystèmes, tout en favorisant une meilleure collaboration avec les pêcheurs.


Prix du poisson sous contrôle
Le coût du poisson reste élevé pour le consommateur local en raison de divers facteurs, notamment l’offre limitée, les conditions climatiques et les coûts logistiques. Le Secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime dit être responsable de la pêche et de la première vente, mais plusieurs acteurs interviennent dans la commercialisation du poisson, dont des intermédiaires qui augmentent le prix à chaque étape. La demande croissante due au tourisme et à l’essor de l’hôtellerie accentue encore cette pression sur les prix.

Pour améliorer l’accessibilité du poisson, plusieurs mesures sont mises en place : régulation de la première vente pour contrôler les prix dès l’origine, augmentation des infrastructures de stockage et de distribution, réduction des droits de douane, et accords de libre-échange pour faciliter l’importation de produits halieutiques.

Des initiatives sont également lancées pour encourager la consommation locale, avec un développement du réseau des marchés de gros et une sensibilisation des acteurs du secteur. «Le Secrétariat d’État a renforcé la modernisation des infrastructures halieutiques. Il a investi dans plusieurs projets visant à moderniser les structures de commercialisation des produits de la mer.

Il s’agit notamment de la création de 14 halles aux poissons de nouvelle génération et l’implantation de dix marchés de gros pour optimiser l’approvisionnement du marché intérieur. Pour garantir des infrastructures modernes aux pêcheurs artisans, il a veillé à l’achèvement de 47 Points de débarquement aménagés et Villages de pêcheurs», précise Zakia Driouich.

Enfin, pour rendre le poisson plus accessible à tous les Marocains, des mesures spécifiques sont prises pendant le mois de Ramadan pour stabiliser les prix, telles que le suivi des prix, l’incitation à diriger plus de poisson frais vers le marché local et l’approvisionnement en poisson congelé à des prix raisonnables, souligne la secrétaire d’État en charge de la Pêche maritime.