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Mohamed Talal : «La réforme postale risque de freiner le développement de l’e-commerce»

Monopole sur les petits colis, redevance au profit de Barid Al-Maghrib, pouvoirs de contrôle renforcés…, le vice-président de la Fédération du transport et de la logistique (FTL) de la CGEM alerte sur les risques du futur cadre postal pour le secteur de la livraison. Selon lui, la réforme
doit accompagner l’essor du e-commerce plutôt que d’en limiter le potentiel.

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Ingénieur des mines, Mohamed Talal est un entrepreneur de référence dans le secteur de la logistique au Maroc. Fondateur de CEOS Technology et PDG d’Express Relais, il cumule une solide expérience de dirigeant et de représentant patronal. Ancien vice-président de la CGEM (2015-2018), il a notamment présidé les Commissions Logistique et TPE-PME.

La FTL-CGEM a-t-elle obtenu des retours du Conseil de la concurrence et du ministère du Transport depuis l’envoi des deux courriers ?
Nos courriers s’inscrivent dans le cadre d’un dialogue engagé depuis plusieurs mois. Le Conseil de la concurrence nous a déjà auditionnés dans le cadre de son enquête sur le marché de la livraison de colis.

Le signal le plus encourageant est la validation récente de son avis sur le fonctionnement concurrentiel du secteur. Nous attendons désormais un avis spécifique sur le projet de loi 036-25 avant son adoption. De notre côté, nous avons également demandé au ministère du Transport d’associer la Fédération aux concertations en cours.

Concrètement, quelles modifications jugez-vous indispensables ?
Au-delà d’amendements techniques, c’est la philosophie du texte qui mérite d’être revue. Nous défendons cinq points essentiels : des autorisations d’exercice sans limitation de durée, des sanctions proportionnées et graduées, un délai d’instruction de 60 jours avec accord tacite, la suppression de la redevance destinée à Barid Al-Maghrib et, surtout, la reconnaissance de la livraison de colis comme une activité de transport de marchandises et non comme un service postal.

Pourquoi estimez-vous que le texte renforce le monopole plutôt qu’il ne le modernise ?
Le projet affiche une ouverture à la concurrence, mais il maintient en réalité le monopole sur un segment clé : celui des envois de moins d’un kilogramme. Plus de la moitié des colis issus du e-commerce entrent pourtant dans cette catégorie.

Le texte renforce également les pouvoirs de contrôle et de saisie exercés sur les opérateurs privés, alors même que l’opérateur dominant demeure concurrent sur le marché. Nous considérons que cela crée un déséquilibre contraire à l’esprit du droit de la concurrence.

Quels impacts cela aurait-il sur l’e-commerce ?
Le segment des colis de moins d’un kilogramme constitue le cœur du commerce en ligne marocain. Le maintenir sous monopole limiterait le choix des commerçants et freinerait l’innovation dans le dernier kilomètre, qu’il s’agisse des points relais, des casiers automatiques ou des nouvelles solutions de livraison. Cela maintiendrait également des coûts logistiques élevés, au détriment du consommateur et de la compétitivité numérique du pays.

Pourquoi contestez-vous le mécanisme de redevance ?
Nous ne sommes pas opposés au principe d’une contribution au service universel. Ce que nous contestons, c’est qu’elle soit versée directement à Barid Al-Maghrib, qui est aussi un concurrent des opérateurs privés.

Une telle contribution ne serait acceptable que si elle était gérée de manière transparente par une entité indépendante, avec des objectifs clairement définis et vérifiables, notamment la desserte des zones éloignées. Dans sa forme actuelle, elle risque de constituer une barrière à l’entrée pour les nouveaux acteurs.

Comment concilier concurrence et service public ?
Ces deux objectifs ne sont pas incompatibles. Plusieurs pays européens ont ouvert leurs marchés postaux à la concurrence tout en préservant le service universel.

La clé réside dans une séparation claire des rôles : à l’État et au régulateur de définir et financer les missions d’intérêt général, et au marché de stimuler l’innovation et l’efficacité. Barid Al-Maghrib doit continuer à remplir ses missions de service public, mais sans être à la fois acteur et arbitre du marché.

Le cadre juridique actuel est-il devenu inadapté ?
Oui. Le seuil d’un kilogramme remonte à 1924, bien avant l’apparition du commerce électronique, de la traçabilité en temps réel ou des plateformes logistiques modernes.

Aujourd’hui, des entreprises autorisées à exercer dans le transport de marchandises se retrouvent en difficulté, parce que leur activité est assimilée à un service postal. Une réforme est nécessaire, mais elle doit accompagner l’évolution du marché plutôt que restreindre son développement.