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Jalila Morsli : «L’émergence des Chambres de l’artisanat 2.0 s’impose pour le développement du secteur»

Pour la présidente de la Chambre de l’artisanat de la région de Casablanca-Settat, la modernisation des instances professionnelles permettra au secteur de faire un saut qualitatif : valorisation des artisans, hausse des exportations et transmission du savoir-faire…

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La loi 50-17 a permis de grandes avancées pour le secteur
«Durant les dernières années, et précisément après la crise de Covid, le secteur de l’artisanat a connu d’importantes mutations, qui ont apporté des réponses aux effets de la crise de 2020. Nous avons procédé à une remise en question et nous nous sommes interrogés sur la condition de l’artisan.

Ce dernier a le droit d’avoir une définition déterminée. Ainsi, la loi 50-17, adoptée en juin 2020, réglemente et restructure le secteur de l’artisanat en définissant, d’une part, le statut de l’artisan et les activités artisanales, notamment celles de la production, artistiques et de services, et d’autre part, en créant le Registre national de l’artisanat, qui a permis aux artisans d’avoir une identité grâce à l’octroi d’un identifiant personnel à chaque artisan, maâlem et grand maâlem.

Ce registre a permis aussi de recenser les grands métiers de l’artisanat. Et là, je voudrais donner un chiffre, qui va étonner, puisque l’on recense 173 métiers de l’artisanat, qui vont de la production, la création aux services.

On parle alors d’un grand écosystème comptant plusieurs catégories de métiers. Ainsi, par exemple, la confection d’un caftan nécessite l’intervention de 10 à 15 métiers. Il en est de même pour la fabrication de la selle de cheval qui implique environ 17 métiers.

C’est pourquoi l’on parle d’un secteur riche que l’État, à travers les lois, tente de valoriser. La loi 50-17, dont la mise en œuvre est en cours, a institué le Registre national de l’artisanat qui recense les artisans, les coopératives et les entreprises d’artisanat, en vue d’assurer la transparence.

La même loi a permis l’introduction de la carte professionnelle contenant un numéro unique d’identité de l’artisan pour chaque professionnel. La loi a aussi créé le Conseil national de l’artisanat. L’objectif est de restructurer le secteur, faciliter l’accès à la couverture médicale et moderniser les outils de production.

Aujourd’hui, grâce à la carte professionnelle, les artisans peuvent bénéficier de plusieurs avantages et privilèges, notamment la protection sociale en contrepartie d’une cotisation de 150 dirhams, et de nombreux produits bancaires, suite à la signature par le ministère de l’Artisanat de plusieurs conventions avec des organismes bancaires.

La loi prévoit aussi la mise en place des instances professionnelles. Historiquement, chaque métier était chapeauté par Lamine. Aujourd’hui, en vue d’une organisation moderne des métiers, il y aura une élection du représentant de la profession, qui remplacera Lamine, et qui permettra d’avoir un interlocuteur déterminé.

Le secteur a de grandes perspectives de développement devant lui. Et le défi de cette restructuration est de passer d’un secteur social à un secteur économique de production».

Les Chambres de l’artisanat 2.0, pierre angulaire de la restructuration
«La loi n° 50-17 a profondément modifié les prérogatives des Chambres de l’artisanat. Ce qui est important, afin de permettre de passer de structures travaillant selon une méthodologie archaïque à des chambres modernes avec des missions plus larges. Jusqu’à présent, il faut le rappeler, elles n’avaient pas, en dehors de quelques actions timides comme l’organisation des salons par exemple, de vraies prérogatives.

Le projet de loi, qui est actuellement au SGG et dont l’élaboration est le fruit d’une approche participative qui a inclus tous les intervenants du secteur, répond aux problématiques existantes, notamment celles liées à la gouvernance et l’organisation des chambres, leur statut ainsi que leurs missions.

Notre objectif est de moderniser les chambres, car il y a aujourd’hui une vision sectorielle claire qu’il faut concrétiser afin d’avancer. Rappelons que les actions menées, durant ces deux ans, n’ont pas été réalisées au cours des quinze dernières années. Aujourd’hui, nous avons besoin de cadres et de jeunes compétences afin de mener à bien les projets. Nous avons besoin aussi d’être dans une approche gagnant-gagnant.

Nous devons nous acheminer vers 2.0 pour évoluer d’une structure archaïque vers une structure plutôt moderne. La réforme des Chambres de l’artisanat s’impose parallèlement à la restructuration du secteur de l’artisanat, dans la mesure où ces structures jouent un rôle important, notamment la représentation des artisans et l’implication dans la réforme du secteur».

La région de Casablanca-Settat, premier exportateur du secteur
«La région de Casablanca-Settat arrive en première place avec le plus grand nombre d’artisans, la plus grande part de production et des exportations globales du secteur. On y trouve tous les métiers de l’artisanat et une forte présence des activités de services.

Toutefois, la région se caractérise par une dominance des filières de la bijouterie et des vêtements en cuir. Étant également un pôle de grande consommation, cela a entrainé une forte demande des produits de l’artisanat qui font une introduction remarquée dans le quotidien des familles casablancaises.

Le fort potentiel de la région permettra aux producteurs, encouragés par les mesures gouvernementales, d’augmenter la production et d’exporter en profitant aussi de la plateforme portuaire de Casablanca.

Par ailleurs, la Charte de l’investissement et la promotion des exportations vont permettre aux produits exportés hors circuit de suivre le parcours normal. On peut dire que les artisans sont encouragés à adhérer à ces dispositifs, ce qui impacte le chiffre d’affaires des exportations à partir de Casablanca.

Il faut reconnaître que le secteur va connaître un saut qualitatif durant les prochaines années. Il faut une approche managériale moderne, afin de booster sa contribution au PIB, qui peut passer de 7% à 12 ou 15%, et ce, grâce aux mécanismes mis en place par le ministère».

Passer du mono-artisan à l’entreprise de l’artisanat
«La digitalisation et la numérisation ont commencé par la carte professionnelle introduite par la loi 50-17. Conçue dans le cadre d’un partenariat avec Barid Média, cette carte électronique est une smart carte dotée de plusieurs avantages qui en facilitent l’usage.

Elle est distribuée par les Chambres de l’artisanat où a lieu l’inscription des artisans. Cette digitalisation a permis l’inscription, en un temps record, de 660.000 artisans, dont 100.000 à Casablanca-Settat. Les avantages offerts par cette carte aux professionnels encourageront les 2 millions d’artisans qui doivent potentiellement encore s’inscrire au RNA.

Mais il faut souligner que ces avantages, notamment bancaires, suite à la signature de 13 conventions avec des organismes bancaires, auront deux impacts majeurs : ils permettront aux artisans de développer leurs affaires et le retour au secteur des artisans qui, faute de moyens et en raison de la crise, se sont tournés vers d’autres secteurs d’activité. Il est aussi attendu que les enfants des artisans reviennent vers les métiers de leurs pères et prennent la relève.

La digitalisation, l’encouragement à l’investissement et la promotion des exportations rendront possible une conciliation avec le secteur de l’artisanat. Et toujours, dans l’objectif d’une plus grande motivation des professionnels, il faut aller vers la création d’incubateurs qui permettront d’accompagner la mise à niveau des entreprises de l’artisanat pour passer du mono-artisan vers l’entreprise de l’artisanat.»

Où sont les femmes ?
«Il y a un constat alarmant à faire : il n’y a pas de femmes dans les Chambres de l’artisanat alors que dans le secteur, un grand nombre de métiers sont portés par des femmes.

Au sein de la Chambre de l’artisanat de la région de Casablanca-Settat, nous sommes trois femmes sur 68 membres ! Et je suis la seule présidente de Chambre actuellement au Maroc. L’absence des femmes dans les instances représentatives du secteur est anormale lorsque l’on sait qu’un grand nombre de femmes, maâlmates, travaillent, produisent à domicile et jouent un rôle majeur dans la transmission du savoir-faire aux plus jeunes.

Il faut souligner que les métiers qui se transmettent par les femmes ne disparaissent pas. Il faut encourager les femmes à s’inscrire sur les listes électorales et à voter, car leur absence affaiblit l’action de plaidoyer».