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Industrie automobile : Le Maroc déjà de plain-pied dans l’électrique

Après le grand succès rencontré dans les véhicules thermiques, la plateforme de production nationale prend le virage de l’électrification. Une transition qui s’accélère, en témoignent les nombreux projets lancés par Stellantis et Renault.

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Premier secteur exportateur du Maroc avec 157,6 milliards de dirhams en 2024, l’industrie automobile nationale est l’un des piliers de l’économie marocaine. Structuré en écosystèmes denses d’équipementiers regroupés autour de deux constructeurs mondiaux, Renault et Stellantis, le secteur automobile au Maroc s’est imposé comme un hub de production et d’exportation de véhicules parmi les plus compétitifs au monde. Malgré ce succès dans la production de voitures à moteurs thermiques, la filière ne se repose pas pour autant sur ses acquis. Pour préserver son leadership continental, elle amorce depuis quelques années sa transition vers l’électrification de la production.

Entre la nécessité de s’adapter aux nouvelles exigences des marchés cibles et l’opportunité de monter en gamme l’appareil productif en s’appropriant des technologies de pointe, la plateforme industrielle a résolument mis le cap sur la production de véhicules électriques, dans le cadre d’une stratégie d’expansion progressive des capacités locales.

Un virage inéluctable qui doit permettre au Royaume de consolider sa position de hub d’exportation automobile majeur aux portes de l’Europe.

L’électrification de la gamme de véhicules produits au Maroc a en réalité déjà commencé. L’usine Stellantis de Kénitra fabrique depuis quelques années déjà la Citroën Ami, l’Opel Rocks-e et la Fiat Topolino, des quadricycles 100% électriques dont la capacité de production a augmenté de manière régulière pour répondre à la demande croissante pour ce genre de véhicules, notamment en Europe.

Chez Renault, on produit depuis plus d’un an, à l’usine de Tanger, la Dacia Jogger, premier véhicule hybride fabriqué au Maroc. Au total, selon les chiffres du ministère de tutelle, la capacité annuelle de production de véhicules hybrides s’établit à 120.000 unités par an.

Pour ce qui est des véhicules 100% électriques, le Royaume en produit près de 70.000 chaque année. Les autorités publiques, en coordination avec les industriels, visent à porter ce volume à 107.000 unités dès cette année. Des volumes de plus en plus importants, qui augurent de l’atteinte, à moyen terme, d’une taille critique pour la filière des véhicules électriques «made in Morocco».

Le ministère a d’ailleurs placé la barre très haut pour les cinq prochaines années : d’ici 2030, près de 60% des voitures exportées par le Maroc seront électriques. Par anticipation, et pour accompagner cette transition, le gouvernement bâtit un écosystème complet et intégré à 75% localement pour la production de batteries, ouvrant ainsi des opportunités pour les fabricants et les fournisseurs locaux.

Renault et Stellantis en locomotive
Les récentes annonces de Renault et Stellantis confortent cette orientation stratégique. Début juillet, l’usine Renault à Tanger a célébré la sortie de chaîne du 2.000e «Mobilize Duo», le premier quadricycle 100% électrique produit par le groupe au Maroc, renforçant ainsi l’intégration des technologies d’électrification sur le site de Melloussa.

L’industrialisation de ce véhicule a nécessité d’investir dans une nouvelle ligne de montage, d’une capacité globale de 17.000 unités par an.

La fabrication de ce véhicule par des compétences marocaines consolide l’écosystème industriel local, puisqu’il a permis «d’intégrer une nouvelle catégorie de fournisseurs établis au Maroc pour des commodités spécifiques au véhicule électrique», selon Renault.

À moyen terme, le groupe devrait continuer à augmenter sa production de véhicules électriques. «Dans la quatrième génération de la gamme Dacia, qui sera produite et lancée au Maroc, entre 2027 et 2028, il y aura une composante électrique», avait récemment révélé à LaVieéco Mohamed Bachiri, directeur général de Renault Group Maroc.

Stellantis accélère aussi ses projets dans l’électrique au Maroc. Le groupe a tout récemment lancé, dans son usine de Kénitra, de nouvelles capacités de production de véhicules électriques.

En effet, l’extension de l’usine, inaugurée en grande pompe en présence du chef du gouvernement, vise à doubler la capacité globale, pour atteindre 535.000 véhicules par an, dont 135.000 véhicules électriques de micromobilité ! On parle même, à terme, d’une capacité annuelle de 450.000 véhicules électriques…

Plus encore, à en croire certains médias spécialisés, le constructeur projetterait de lancer la construction de deux modèles de Fiat, hybride et full-electric, qui vont sortir des lignes de production à Kénitra dans un très proche avenir. En attendant, la capacité annuelle de production des véhicules électriques de micromobilité au sein de l’usine de Kénitra (Citroën Ami, Opel Rocks-e, Fiat Topolino) passe cette année de 20.000 à 70.000 unités.

À cela s’ajoute la production, toujours à l’usine de Kénitra, dès juillet 2025, de la Fiat Tris. Ce véhicule à trois roues 100% électrique, développé par des ingénieurs marocains de l’Africa Technical Center de Casablanca, dispose d’une capacité de production annuelle de 65.000 unités. L’ensemble de cette production aura une forte composante locale.

Selon Samir Cherfan, directeur des opérations Moyen-Orient et Afrique de Stellantis, «pour la micromobilité électrique, le taux d’intégration sera très élevé, au-dessus de 60%, parce que nous allons produire les batteries dans l’usine avant la fin de l’année».

Mieux encore, des moteurs hybrides de nouvelle génération seront également fabriqués, une première au Maroc ! Stellantis a, en effet, lancé de nouveaux projets relatifs à la production annuelle de moteurs au sein de l’usine de Kénitra d’une capacité annuelle de 350.000 unités, avec une première phase d’assemblage d’une nouvelle génération de moteurs hybrides, MHEV -Mild Hybrid-, qui a démarré en mai 2025.

Surtout, une seconde phase dédiée à l’usinage de certaines pièces des moteurs sera lancée dès novembre 2026, avec un taux d’intégration locale de 45% au démarrage. De quoi renforcer le positionnement de la filière sur des segments stratégiques à forte valeur ajoutée et positionner le Maroc comme un acteur clé de la mobilité durable.


Des bornes de recharge «made in Morocco»
Outre les véhicules et les moteurs, l’usine de Kénitra se lance aussi dans la production de bornes de recharge, ce qui constitue une avancée majeure dans l’écosystème des véhicules électriques au Maroc. «Une unité de production de wallbox pour charger plus rapidement les voitures électriques a été inaugurée», indique Cherfan.

Cette unité de production de bornes de recharge électriques aura une capacité de 204.000 bornes. Les wallbox sont présentées par Stellantis comme «des dispositifs de recharge capables de supporter une plus grande intensité que les prises standard. Le temps de charge est plus rapide.

Elles disposent aussi d’un système de sécurité empêchant les surchauffes. C’est une recharge pour voiture électrique au prix supérieur, mais intégrant des fonctionnalités avancées». Il va sans dire que ce projet représente une grande avancée pour stimuler l’adoption des véhicules électriques au Maroc, un marché où la part des motorisations à énergies alternatives reste limitée à 6,3% malgré des ventes en hausse.

Le Maroc est en passe de produire des moteurs hybrides de nouvelle génération. Une première !