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Des plans à la pensée : L’IA, complice des architectes ?
L’intelligence artificielle se développe dans le domaine de l’architecture, passant de la simple génération d’images à la conception de projets ! Toutefois, malgré l’omniprésence de ces outils, ils sont encore loin de transformer radicalement le métier. Paroles d’architectes.
Certains comme l’architecte britannique Patrik Schumacher encouragent l’usage de ces technologies dans les agences, notamment pour enrichir les propositions visuelles.
Les collaborateurs de celui-ci recourent régulièrement à des IA comme Midjourney ou DALL-E 2 pour générer des illustrations dans le style caractéristique de Zaha Hadid avant de débuter un projet.
De même, l’architecte belge Vincent Callebaut a fait appel à une IA pour imaginer un «Haussmann 2.0» écolo, produisant des bâtiments biomimétiques à l’architecture futuriste et couverts de végétation. Ces expériences montrent une ouverture vers un avenir où l’IA joue un rôle dans l’inspiration visuelle, mais ces créations spectaculaires ne sont pas encore réalisables dans leur état actuel.
En effet, les images générées par l’IA, aussi impressionnantes soient-elles, restent souvent des concepts difficiles à traduire en réalité architecturale sans les outils plus établis de modélisation 3D utilisés depuis des décennies.
Dimension sensible et poétique de l’architecture
Driss Kettani, dont le travail s’inscrit dans une approche combinant rigueur architecturale et recherche de la dimension sensible et poétique de l’architecture, voit dans ces avancées technologiques une opportunité mais appelle à la prudence: «Nous sommes à l’aube d’une innovation technologique remarquable, mais il importe de réfléchir aux enjeux potentiels et de veiller à un usage éthique».
L’IA, bien qu’utilisée pour générer des idées ou optimiser des tâches répétitives grâce à des logiciels comme AutoCAD ou Rhino, ne doit pas être perçue comme une menace pour la créativité humaine.
Pour Faycal Sentissi, auquel on doit la Tour 33 et Casa Anfa, ou encore Dar El Kenz, si l’IA reste un outil au service de l’architecte, elle enrichira le processus créatif en offrant de nouvelles perspectives, sans pour autant remplacer l’architecte lui-même.
«Si l’IA est considérée comme un outil ou un support, il n’y a aucune raison de craindre pour la créativité», nous explique-t-il.
Zineb Ajebbar, qui s’évertue à mêler les savoir-faire historiques marocains avec une approche moderne de l’architecture, s’accorde sur la même note : «L’IA est avant tout un outil qu’il faut savoir utiliser et dont il faut comprendre les rouages.
La créativité est humaine, et en tant qu’architecte, on a des inspirations et une culture qui fait que l’on sait adapter, créer et répondre aux besoins des gens.» Elle souligne ainsi que l’IA, loin d’être une menace, peut compléter le travail de l’architecte tout en respectant le caractère unique de l’expression créative humaine.
«Ni une équation ni un algorithme»
Interrogé par Neil Leach, architecte et théoricien britannique, sur la façon dont l’IA pourrait avoir prochainement des conséquences négatives pour le métier, le système de dialogue développé par OpenAI a en effet assuré au professeur de design à l’université internationale de Floride que «l’IA progresse rapidement au point de pouvoir générer la conception d’un bâtiment de manière totalement autonome».
Cependant, des voix critiques soulignent que ces technologies ne remplaceront pas l’intelligence humaine: «Concevoir des espaces qui apportent confort et bien-être n’est ni une question d’équations ni d’algorithmes, mais de ressenti».
Ajebbar nous confesse que dans leur profession, ils utilisent «déjà divers outils. Historiquement, l’architecte a travaillé manuellement avec des croquis et des dessins techniques.
L’introduction de l’ordinateur a permis le développement de logiciels qui continuent d’évoluer. Aujourd’hui, l’IA intervient principalement dans des processus préliminaires à la conception ou pour faciliter les rendus graphiques, mais elle ne remplace pas l’architecte.»
Dessiner l’imaginaire architectural
L’impact de l’IA sur les méthodes de travail est indéniable, et Ajebbar y voit même des avantages notables. «L’usage de l’IA nous permet de créer plusieurs variantes du même volume, d’aider dans les ambiances et de gagner un temps précieux dans la visualisation.
Cela ouvre beaucoup de possibilités dans l’imaginaire et le processus de conception. Mais cela reste un outil qu’il faut maîtriser et apprivoiser pour en tirer le meilleur parti.» Cependant, elle insiste sur la nécessité d’une utilisation réfléchie, notamment en ce qui concerne la propriété intellectuelle : «Il est primordial de maintenir une transparence dans l’usage de l’IA.
Tant qu’elle ne se substitue pas au rôle de l’architecte, elle peut être utilisée sans risque». Ainsi, bien que l’IA s’annonce comme une ressource prometteuse pour le futur de l’architecture, elle ne peut être un substitut à la réflexion humaine, à la sensibilité et à la capacité des architectes à concevoir des espaces à la fois fonctionnels et esthétiques.
Comme le résume Kettani, «l’IA doit être utilisée en complément de l’intelligence humaine. Elle ne peut remplacer la capacité de création, de sensibilité et d’humanité». Fayçal Sentissi abonde dans le même sens en rappelant que «la conception, qui doit être guidée par un objectif et un programme, reste du ressort de l’architecte». Bref, on laisse prendre le béton!
