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Artisanat et économie sociale : Les douze travaux de Lahcen Saâdi

Ce natif du Grand Atlas porte une lourde charge : le destin de près de 3,3 millions de Marocains s’activant entre coopératives et métiers d’artisanat. Un pan stratégique de l’économie à préserver et surtout à développer, vu le potentiel qu’il recèle. Recensement des piliers d’un projet herculéen…

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Lui-même se définit comme un enfant de l’artisanat et des coopératives. Normal, quand on a grandi dans une zone rurale, dans une famille où la maman travaille pour une coopérative. Lahcen Saâdi n’a eu donc pas trop de mal à s’acclimater avec les rouages du département de l’Artisanat, de l’économie sociale et solidaire, comme il nous explique dans un entretien au format exclusif.

Le responsable gouvernemental a fixé ses priorités et a amorcé des chantiers stratégiques pour le développement de ces activités aussi sensibles que stratégiques. Synthèse en douze points.

Créer 5.000 coopératives par an
Donner aux quelque 60.000 coopératives existantes une nouvelle impulsion de manière à mieux fonctionner est une des priorités du département de l’Arisanat. Mais l’idée est aussi de redorer l’image des coopératives de manière à encourager les jeunes, les moins jeunes et les femmes pour y adhérer.

Plusieurs initiatives sont lancées dans ce sens par Lahcen Saâdi qui entend rompre avec ce cliché de l’économie sociale et solidaire qui limite les coopératives à des structures de valorisation et de commercialisation des produits du terroir.

Le nouveau paradigme est de s’inspirer des expériences d’autres pays où l’activité coopérative couvre de nombreux services publics : transport, gestion et valorisation des déchets, enseignement, santé de proximité…

Offrir 50.000 opportunités d’emploi
L’objectif de Lahcen Saâdi à l’horizon 2030 est de créer quelque 50.000 nouvelles opportunités d’emploi liées à l’artisanat et à l’économie solidaire. Pour y arriver, le secrétaire d’État table sur les mesures de promotion de l’investissement, notamment celles relatives aux PME dans le cadre de la nouvelle Charte de l’investissement, pour inciter les artisans à la création d’entreprises.

Dans ce sens, un accompagnement quasiment personnalisé est assuré par la Maison de l’Artisan pour assister ces futurs entrepreneurs afin de bénéficier du soutien de l’État. Un deuxième levier consiste en la formation par apprentissage (aux centres et aux ateliers) qui donne déjà ses premiers résultats : 80% des lauréats de ce programme sont embauchés.

Et puis, il y a l’économie sociale et solidaire qui recèle un grand potentiel avec l’élargissement du tissu coopératif (800.000 coopératives) et associatif (plus de 60.000 structures) qui contribue déjà à hauteur de 2,5% au PIB…

Doubler les exportations de l’artisanat
Après avoir annoncé un chiffre d’affaires record de 1,11 MMDH d’exportations de produits de l’artisanat, le responsable gouvernemental aspire à doubler ce volume. Pour ce faire, le secteur de l’artisanat bénéficie désormais de la Stratégie nationale de la promotion des exportations dont le montant est d’environ 700 millions de dirhams.

Cet appui public se décline en aide financière, mais aussi en assurance, de manière à permettre de pénétrer de nouveaux marchés. Il est question de consolider la présence des produits marocains sur les marchés actuels, notamment les États-Unis et l’Europe, mais aussi d’explorer de nouvelles opportunités. «La Maison de l’Artisan travaille sur une étude pour sonder le potentiel du marché australien», nous confie Lahcen Saâdi.

Déployer une market place marocaine
Une étude réalisée par la Maison de l’Artisan confirme une évidence : les produits marocains suscitent un intérêt grandissant sur les différentes plateformes commerciales électroniques. Le Secrétariat d’État a ainsi jugé impératif de renforcer cette présence à travers une market place marocaine bénéficiant du soutien de l’État.

Contrairement aux sites classiques d’e-commerce créés par des artisans, cette plateforme commerciale nationale entend répondre aux standards internationaux en termes de sécurité sanitaire des produits, du respect des délais et de sécurité des transactions.

Actuellement, une équipe dédiée, composée de spécialistes relevant du Secrétariat d’État et de la Maison de l’Artisan, en collaboration avec Master Card, travaille sur le projet, qui sera concret dès novembre prochain. L’idée est de rompre avec ce mode de vente où l’artisan se contente d’attendre qu’un touriste franchisse la porte de son magasin…

Protéger le patrimoine national
Jusque-là, très peu d’artisans ou de coopératives pensaient à assurer la protection de leurs créations, que ce soit en termes de spécificités des produits ou de packaging. Les frais de dépôt de marques pouvaient apparaître comme prohibitifs pour ce genre de structures.

Mais désormais, la convention relative à la propriété intellectuelle et industrielle signée avec l’OMPIC prévoit un soutien financier direct aux opérateurs qui veulent enregistrer leurs produits et déposer leurs marques auprès de l’Office. C

ela permet non seulement de protéger les efforts immenses et la créativité des artisans contre la concurrence déloyale de produits contrefaits à des prix bradés, mais aussi de valoriser des produits d’artisanat ou de terroir qui font souvent objet de polémique de spoliation. Motifs de zellige ou coupes de caftan peuvent désormais être protégés…

Renforcer le cadre réglementaire
Réaliser une loi-cadre portant sur l’organisation du secteur de l’économie sociale et solidaire est une des principales recommandations des dernières Assises. Les équipes du département planchent déjà sur ce texte législatif qui servira de base pour réactualiser la stratégie décennale du secteur.

Il est question également de réactualiser la loi sur les Chambres professionnelles de l’artisanat de manière à suivre les nouvelles évolutions du secteur. Lahcen Saâdi affirme que ce nouveau cadre légal sera prêt avant la fin du mandat gouvernemental.

Accorder un statut à l’artisan
La mise en place d’un statut d’artisan est un instrument incontournable pour la structuration du secteur. Une carte de l’artisan peut ainsi être délivrée pour permettre à ces professionnels de bénéficier de certains avantages en termes de financement, d’accès à la matière première et de participation aux salons.

Le Registre national de l’artisanat (RNA), qui compte actuellement quelque 420.000 inscrits, constitue le cœur de cette base de données. Mais celle-ci doit s’enrichir davantage, sachant que le secteur de l’artisanat compte plus de 2,5 millions de Marocains actifs.

Assurer une formation de qualité
Une convention relative à la formation des acteurs opérant dans le secteur de l’Économie sociale et solidaire aété signée avec l’OFPPT lors des 5e Assises organisées récemment à Benguerir. Celle-ci s’inscrit dans les différents programmes déployés afin de donner une forte impulsion à la formation professionnelle dans plus de 67 centres et instituts des arts de l’artisanat.

Parmi les programmes phares, la formation par apprentissage (entre centres et ateliers) qui couvre aussi des métiers d’artisanat en voie de disparition. Dans cette approche de formation, les pouvoirs publics s’appuient sur les artisans pour la transmission de leur savoir-faire.

Une reconnaissance publique de leurs compétences qui procure à ces gardiens de l’artisanat une immense fierté. «Il faut voir à quel point ces artisans, qui, pour certains, n’ont même pas fait d’études, sont fiers d’arborer ces diplômes reconnus par l’État», souligne le secrétaire d’état.

Préserver les métiers en voie de disparition
Pas moins de 32 produits de l’artisanat marocain sont menacés de disparition. Le Secrétariat d’État les a recensés et s’est engagé avec l’Unesco dans un programme baptisé «Trésors vivants» pour préserver ces arts ancestraux précieux et dont les «maâlems» se font de plus en plus rares.

Le programme consiste ainsi à recourir aux artisans encore en activité pour former la relève. Un soutien financier est ainsi accordé aux maîtres du tapis rbati ou du fusil de tbourida pour former, chacun, au moins dix personnes dans ces métiers.

Le programme est en cours et il est prévu, dès l’année prochaine, de voir le premier contingent des lauréats de ces métiers, qui font également leur entrée dans les centres de formation dans le cadre de cursus résidentiels.

Favoriser l’accès à la matière première
Avec le ministère de l’Agriculture, une convention a été signée de manière à permettre aux artisans et aux coopératives un accès direct à la matière première de bonne qualité et à un prix abordable.

Livré aujourd’hui aux diktats de spéculateurs sur les marchés de vente aux enchères des matières premières, l’écosystème coopératif se retrouve parfois confronté à des difficultés d’approvisionnement ou encore de paiement de la matière première au prix fort.

Avec cette convention, la donne change, puisqu’elle va permettre aux acteurs de l’économie sociale et solidaire d’avoir un accès privilégié aux producteurs, sans passer par les intermédiaires. Ce qui ne manquera pas d’améliorer leur compétitivité.

Une autre convention signée avec l’UM6P devrait favoriser la recherche scientifique, de telle sorte à optimiser l’extraction et l’utilisation des matières premières. Exemple avec l’argile des études sont en cours pour identifier le site idoine pour installer une station de traitement de cette matière dont la qualité diffère d’une région à l’autre.

Assurer une inclusion financière
Des conventions avec les établissements de financement ont été conclues de manière à faciliter l’accès au crédit aux artisans et aux coopératives et promouvoir leur inclusion financière.

La Banque populaire, Al-Barid Bank, Attijariwafa et autres établissements sont impliqués dans cette démarche censée favoriser l’accès des artisans à des formules de financement adaptées.

Les enseignes du transfert d’argent sont aussi impliquées de manière à pratiquer d’importantes réductions au niveau des frais en faveur des artisans et des coopératives.

Moderniser les moyens de paiement
Des TPE pour tous les artisans ! Voilà l’ambition du département qui a signé des conventions avec les majors des moyens de paiement (Visa et Master Card) pour équiper et former les professionnels du secteur.

La priorité sera donnée aux villes accueillant la Coupe d’Afrique ou encore le Mondial, ainsi que les bassins de l’artisanat. «Nous estimons que tous les artisans, en vue d’améliorer leurs revenus, doivent être numérisés et équipés de ces modes de paiement, mais aussi d’avoir leurs factures et tous les outils nécessaires qui vont dans le sens de la modernisation du secteur», affirme Lahcen Saâdi.