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Regards croisés de trois success-stories marocaines

Moncef Belkhayat, PDG de Dislog Group, Mia Filali-Lahlou, dirigeante du laboratoire Pharma 5, et Nourredine Zine, PDG de Zine Capital Invest, sont des entrepreneurs accomplis. Quelles sont les clés de leur réussite ? Éléments de réponse.

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La CGEM est consciente que les success-stories d’hommes ou de femmes d’affaires sont de nature à inspirer les jeunes entrepreneurs qui ont besoin d’être conseillés et aiguillés à travers les dédales de l’aventure entrepreneuriale, loin d’être un long fleuve tranquille.

Lors du Carrefour de la TPE, organisé récemment par le patronat marocain, la séquence des témoignages de trois figures distinguées de l’entrepreneuriat, aux parcours différents, a été l’un des temps forts de la manifestation qui s’est déroulée à Bouskoura. Modèles de réussite, Moncef Belkhayat, PDG de Dislog, Mia Filali-Lahlou, dirigeante du laboratoire Pharma 5, et Nourredine Zine, PDG de Zine Capital Invest (voir encadré), se sont succédé à la tribune pour raconter leurs histoires entrepreneuriales édifiantes à maints égards.

Il ressort des trois témoignages que les clés de succès d’un patron d’entreprise sont, entre autres, l’audace (prise de risque), les valeurs et la vision. À cela, il y a lieu d’ajouter la qualité des ressources humaines, déterminante pour la réussite des trois chefs d’entreprise qui nourrissent constamment de nouvelles ambitions. L’autre dénominateur commun aux trois entrepreneurs expérimentés est qu’ils ont su bien s’entourer.

Oser pour s’épanouir
L’aventure entrepreneuriale de Moncef Belkhayat est peu commune et surtout riche en enseignements. Le fait de gagner très bien sa vie avec un salaire confortable à Méditel vingt ans plus tôt (Orange aujourd’hui) ne l’a pas empêché de franchir le Rubicon et de se lancer dans l’univers de l’entrepreneuriat au Maroc. Et ce, après une formation supplémentaire dans une université américaine.

«Un de mes professeurs m’a fait savoir que l’un des meilleurs moyens de s’épanouir est de s’engager dans l’entrepreneuriat. Quelques mois plus tard après l’obtention de ma certification, j’ai fait le saut, en créant une holding avec un seul employé», raconte en substance l’homme d’affaires au business florissant aujourd’hui. L’histoire de Belkhayat avec Dislog démarrage, il y a plus de vingt ans, par le rachat de cette entreprise pour un montant de 4 MDH, dont 2,7 MDH financés par crédit bancaire.

«À l’époque, l’achat d’actions d’entreprise n’était pas financé par les banques, mais j’avais eu la chance d’être aidé par mon ancien patron (ex-président de Méditel) pour l’obtention du crédit bancaire pour le rachat de Dislog», explique-t-il.
Il est important de signaler que tout au long de sa carrière professionnelle de salarié, durant près de 14 ans, Belkhayat a eu la clairvoyance de se constituer un bon réseau et surtout de gagner sa confiance. Ce qui a été déterminant pour la suite de son parcours entrepreneurial.

Private equity : Un levier salvateur
Le numéro 1 de H&S Invest Holding, forte aujourd’hui de 23 filiales et présente dans 10 pays, avec à la clé un chiffre d’affaires global consolidé de 6,5 MMDH, est formel: il est impossible pour un entrepreneur de développer son business sans être en mesure de lever de façon continue du cash pour financer son expansion.

En d’autres termes, pour l’ex-ministre de la Jeunesse et des sports, il est crucial, voire vital, de sécuriser l’accès aisé au financement, une des principales clés de réussite de sa holding, qui totalise, à valeur d’aujourd’hui, près de 14 levées de fonds auprès d’une grappe de capital-investisseurs (BERD, SFI, CDG Invest, etc.).

Il faut dire que l’entrepreneur qui a su diversifier ses activités (distribution, médias, dispositifs médicaux, immobilier, logistique…) a compris très tôt le caractère névralgique de diversifier les sources de financement de son groupe et surtout de ne pas se contenter uniquement du financement bancaire qui a ses limites.

«Dès le début, j’ai fait le pari d’évoluer dans le circuit formel, en payant les impôts, tout en faisant le choix de gérer de façon transparente le groupe qui, aujourd’hui, a recruté dans son tour de table plusieurs investisseurs en private equity, très sensibles aux critères de transparence et d’actionnariat», assure-t-il.

Autre message véhiculé par le patron de H&S Invest Holding, l’importance pour un entrepreneur de toujours s’associer avec une ou des personnes avec qui il partage les mêmes valeurs.

«L’ego est le pire ennemi de l’entrepreneur», martèle l’homme d’affaires, pour qui le succès d’une entreprise est aussi étroitement lié à la qualité de ses ressources humaines. «Il est important d’intéresser et de fidéliser les talents d’une entreprise par des salaires confortables, des primes ou des actions», suggère-t-il.

Une relève 100% féminine
L’histoire de Pharma 5 est intimement liée à celle de son fondateur, le docteur Abdallah Lahlou-Filali. Il a opéré un choix pour le moins audacieux à l’époque et qui se révèle être aujourd’hui payant.

«La transmission de l’entreprise familiale s’est faite à double dose», confie Mia Filali-Lahlou, PDG de Pharma 5, laquelle a retracé l’histoire du laboratoire (fondé en 1985 par son père), devenu le leader du générique au Maroc.

D’après le récit partagé par la PDG, la transmission du laboratoire familial Pharma5 a été précédée par une étape importante. «Jusqu’en classe de Terminal, ma sœur et moi faisions les gardes, à l’époque où notre père avait une pharmacie.

Par la suite, il nous a inoculé la passion de l’industrie pharmaceutique avant de céder totalement Pharma5 à ma sœur et moi en 1994», explique la patronne d’entreprise. Aujourd’hui, plusieurs indicateurs donnent raison au docteur Abdallah Lahlou-Filali qui a su faire confiance à ses deux filles.

En 15 ans, le management féminin a réussi à faire progresser substantiellement le chiffre d’affaires. Il a été multiplié par plus de 6, passant de 300 MDH à 2 MMDH.

S’appuyant sur plus de 2.000 collaborateurs, Pharma 5 compte, entre autres, trois unités industrielles au Maroc, une en cours de construction en Côte d’Ivoire et une filiale aux Émirats arabes unis. Prochainement, le laboratoire ambitionne d’exporter des médicaments à base de cannabis vers l’Union européenne.

En définitive, à l’instar de leur père, les deux dirigeantes préparent lentement mais sûrement la relève. Et ce, en transmettant la passion de l’industrie pharmaceutique à leurs enfants.


Un sens des affaires hors du commun
Il ressort de la séquence des témoignages que le triptyque sérieux-optimisme-sens des affaires a été l’un des principaux drivers du succès entrepreneurial de Nourredine Zine, PDG de Zine Capital Invest, au contact avec l’universel du commerce informel, dès sa plus tendre enfance.

«J’ai commencé à me rendre au souk dès l’âge de 5 ans et j’allais à l’école deux fois par semaine», raconte-t-il en substance. À neuf ans, l’entrepreneur autodidacte qui a toujours su changer d’activité au moment opportun pour se lancer dans un business plus rentable et prometteur (commerce, distribution, achat et vente de bons d’achat de sucre sous agrément…) a fait ses premiers pas dans l’industrie en 2008, en l’occurrence dans la minoterie, avec la marque Tria.

Aujourd’hui, Nourredine Zine est à la tête d’un groupe agro-industriel producteur d’huiles de table, de couscous, de pâtes,
de biscuits, de cornflakes et de chips. C’est dire la réussite du natif d’El Jadida.