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Redouane El Haloui : «La techdiplomatie est stratégique pour notre souveraineté numérique»

Et si on s’intéressait de plus près à la Russie. C’est ce que prône le président de la Fédération des technologies de l’information, de télécommunication et de l’offshoring (APEBI). Il revient sur son dernier déplacement à Moscou, les accords signés et l’énorme potentiel offert par ce marché.

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Si le Maroc est connu pour être une destination offshoring par excellence, aujourd’hui le pays affiche des ambitions plus importantes et de forte valeur ajoutée dans le secteur IT. Le salon Gitex Africa, tenu à Marrakech il y a à peine 4 mois, a servi de plateforme idéale pour mettre en avant l’énorme potentiel offert par le Maroc et la montée en puissance des compétences marocaines. Près d’un millier d’entreprises, de grands groupes et des start-up venus de 95 pays ont pu s’enquérir de ce potentiel. Parmi eux, les Russes. Ils ont démontré un réel intérêt à nouer des relations win-win avec l’APEBI et plusieurs réunions de travail ont été tenues dans ce sens. Le président de la Fédération marocaine a d’ailleurs effectué récemment un déplacement à Moscou où il a signé plusieurs accords avec des organismes étatiques pour le partage de savoir-faire et d’expertise, comme l’Agence de l’innovation de Moscou ou encore Skolkovo, le plus grand parc technologique de Russie.

Vous avez participé fin août au BRICS Innovation Forum à Moscou. Vous en avez profité pour signer une kyrielle d’accords, une première pour l’APEBI. Pourquoi cet intérêt soudain pour les Russes ?
Tout a commencé en mai dernier à Marrakech lors du Salon Gitex Africa. L’événement a donné une énorme visibilité au Maroc, notamment en matière d’IT. Le Royaume est surtout connu pour ses phosphates, son industrie automobile, son tourisme ou encore le dernier exploit des Lions de l’Atlas. Mais Gitex a permis de mettre l’économie numérique Made in Morocco sous les feux des projecteurs. Parmi les centaines d’entreprises présentes, il y avait beaucoup de Russes. Nous avons entamé des contacts avec eux sur place. Ils étaient surpris des avancées du Maroc dans le domaine de l’IT et l’intérêt pour notre marché s’est manifesté de manière naturelle. Nous avons par la suite gardé contact. Nous avons tenu plusieurs réunions de travail et avons défini les axes d’opportunités de collaboration entre le Maroc et la Russie dans le domaine des nouvelles technologies. Plus important, les entreprises russes s’intéressent de plus en plus au marché africain et elles savent, surtout après leur participation au Gitex Africa, que le Maroc peut être la porte d’entrée vers ce continent, grâce particulièrement à la vision du Roi MohammedVI et sa diplomatie africaine.

C’est à partir de là que vous avez accepté l’invitation au BRICS Innovation Forum, et ce, en dépit de la polémique autour de la prétendue demande d’adhésion du Maroc à ce groupement ?
Participer à un tel événement s’est avéré une réelle opportunité économique pour le Maroc. C’est important pour nous d’être présents, on ne pouvait pas rater une telle occasion et ne pas capter l’information et les coulisses des stratégies technologiques des BRICS. Nous sommes une fédération apolitique, neutre, et nous avons été invités par la Russie avec laquelle le Maroc entretient de fortes relations historiques. Ceci étant, nous restons foncièrement attachés aux valeurs fondamentales de notre patrie. Un pays européen nous a récemment invités à un important événement. Nous avons décliné, car il avait amputé le Maroc de son Sahara.

Quel regard portent les membres du BRICS Innovation Forum sur le Maroc ?
J’ai eu beaucoup d’échanges avec des experts non seulement des pays des BRICS mais aussi d’autres pays, notamment asiatiques. J’ai discuté avec des Russes, des Chinois et des Indiens qui sont très intéressés par le Maroc. Dans la foulée, j’ai reçu des invitations à des événements aux Philippines, Indonésie, Vietnam. Nos homologues d’Égypte, d’Afrique du Sud et de la Chine sont intéressés pour nouer un accord avec nous dans le domaine technologique. Il y a énormément d’opportunités de ce côté du monde. Nous avons depuis longtemps misé sur l’Ouest, voyons aujourd’hui les choix offerts par l’Est. Diversifier nos partenariats nous permet d’être plus autonomes et de challenger nos partenaires. La techdiplomatie est stratégique pour le Maroc dans la mesure où elle lui permet de prendre les meilleurs choix stratégiques pour assurer sa souveraineté numérique et d’être plus indépendant dans ses choix

En tout cas, vous n’avez pas chômé en Russie. Vous avez signé plusieurs accords, notamment avec le plus grand parc technologique du pays…
Skolkovo. Ce n’est pas seulement un parc technologique, mais une ville dans la ville. Il dispose d’un commissariat de police, d’hôpitaux, de ses propres lois, de grands bâtiments, de centres de recherches, de laboratoires dernier cri… C’est énorme. Le parc est dirigé par Dmitry Medvedev, et d’importants moyens ont été mobilisés pour faire éclore des start-up de classe mondiale à partir de ce lieu de l’innovation. Nous avons été les seuls à signer un mémorandum d’entente (MoU) avec le parc Skolkovo. L’accord porte pour le moment sur le partage de connaissances et d’expertises technologiques.

Vous vous êtes également allié à l’agence de l’innovation de Moscou…
Nous avons effectivement signé un MoU avec Moscow Agency of Innovations. L’organisme accompagne les start-up et dispose d’une grande expertise dans ce domaine. Nous sommes en discussions pour voir comment on peut collaborer dans le volet formation et éducation. Il s’agira de développer du contenu pédagogique pour les étudiants marocains afin de les préparer aux métiers de demain et contribuer à une montée en compétences des enseignants. Le dernier accord a été scellé avec le BRICS Innovation Forum, qui nous confère un rôle d’acteur du développement de la plateforme.

Avez-vous identifié des relais de croissance avec les Russes, notamment dans la cybersécurité en Afrique ?
Il y a une pléthore d’opportunités à saisir. Le potentiel est là et le canal a été ouvert. Maintenant, c’est à nos membres d’être actifs et de bouger. Les portes sont ouvertes et l’ambassade russe facilite l’octroi des visas pour les hommes d’affaires. Nous pouvons mettre en place des partenariats dans la cybersécurité, la healthcare, la robotique, la blockchain, les nanosatellites, l’intelligence artificielle…
Les Russes sont très avancés et sont intéressés par le Maroc. Je ne porte pas un secteur particulier, je suis un facilitateur et j’invite nos membres à s’intéresser à ce marché notamment pour perfectionner nos compétences et renforcer nos expertises technologiques.