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Redonner à l’ONEE son lustre d’antan

Redonner à l’ONEE son lustre d’antan Moderniser et restructurer l’Office est l’une des priorités de la ministre de tutelle, Leila Benali. Et pas de temps à perdre, l’Office étant au centre de tous les grands chantiers énergétiques du Royaume.

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Le Maroc, un chantier à ciel ouvert. Le pays connaît un développement tous azimuts, tous secteurs confondus. Dans ce train de développement économique, industriel, social… à grande vitesse, la demande énergétique va crescendo. Pour l’année 2022, les ventes d’énergie électrique ont atteint 33.437GWh, en hausse de 4,7% par rapport à 2021. Une demande qui a été satisfaite à 97,9% par la production locale, précise le rapport sur les établissements et entreprises publics, accompagnant le projet de Loi de finances 2024. Si le Maroc arrive aujourd’hui à répondre à cette demande en énergie électrique, malgré les nombreux défis conjoncturels et géopolitiques, c’est grâce à la résilience de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Depuis sa création en 1963, sept années après l’indépendance, l’Office s’attelle à assurer la production, le transport et la distribution de l’énergie électrique sur tout le territoire. Il a été depuis toujours le bras armé de l’État en matière énergétique, dans toutes ses composantes. Il était sur tous les fronts. Il a initié les premiers projets d’énergies renouvelables, a généralisé l’accès à l’électricité, réussi à éclairer les zones rurales et les plus reculées et accompagné toutes les stratégies sectorielles du Maroc moderne.

Le coup de gueule de Driss Benhima
Aujourd’hui, malgré son poids dans l’économie du pays, l’Office semble en mauvaise posture, financière d’abord, avec des dettes et des déficits abyssaux et un flou qui subsiste quant à ses missions et sa gouvernance.
Une situation qui date d’une vingtaine d’années et à laquelle la direction actuelle, sous la houlette de Abderrahim El Hafidi, épaulé par la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, tente de remédier. Un constat que regrette Driss Benhima. L’homme qui a dirigé l’office de 1994 à 2001 se remémore l’âge d’or d’un établissement public qui avait toute sa place dans l’écosystème énergétique du pays. «Il était le seul interlocuteur et l’acteur électrique essentiel du pays. Nous avons mené des projets grandioses. L’ONEE était le seul bras armé de l’État dans l’électrification rurale, le maintien des coûts et des tarifs économiques, et a été précurseur des énergies renouvelables du Maroc. C’est trop facile de critiquer cet Office qui n’a rien à se reprocher», nous déclare-t-il. Selon lui, les déficits de l’ONEE sont dus à une mauvaise politique de l’époque dont le but était «de casser l’ONEE», selon les dires de l’ancien ministre de l’Énergie sous le gouvernement Filali II. «On a tout fait pour réduire la place de l’ONEE. On a créé tellement de structures et nous avons inventé de nouvelles instances et agences dont les missions se chevauchent. On ne sait plus qui fait quoi et quelles sont les responsabilités de chaque acteur. Maintenant que la situation s’est compliquée et qu’on se retrouve face à une ambiance tellement éclatée, on tient l’ONEE pour responsable de l’échec de toute la stratégie énergétique. C’est faux et aberrant», clame Benhima.

«On est face à plusieurs chefs d’orchestre»
Il regrette une époque, où malgré la subsistance de nombreuses contraintes, «il y avait de la clarté» et surtout de la visibilité. «Pendant les 8 années passées à la tête de l’ONEE, on n’était pas divisés en directions et branches, on a mélangé l’eau à l’électricité. D’ailleurs, la loi relative à la création de l’Office tient sur une seule page et on avait un système électrique performant. Aujourd’hui, les lois sur l’électricité tiennent sur des dizaines de pages, sont très compliquées et, pire, ne répondent pas efficacement aux problèmes. On est face à plusieurs chefs d’orchestre», poursuit Driss Benhima.
Quoi qu’il en soit, les autorités ont pris conscience de toutes ces défaillances organisationnelles qui ont miné les fondamentaux de l’Office, contribuant à sa balkanisation. Déjà en 2019, grâce au contrat-programme signé avec l’État et le protocole d’accord du 11 novembre 2022, puis le grand chantier de réorganisation de l’Office et sa prochaine transformation en société anonyme, «il y a effectivement une bonne volonté de la part du gouvernement de prendre les choses en main. Je salue le travail acharné de l’actuel DG de l’ONEE et la ministre de tutelle qui font tout pour redresser la barre, clarifier les missions et réussir les grands chantiers du secteur, notamment celui de la régionalisation de la distribution de l’eau et de l’électricité», lance Benhima sur un ton optimiste. Le chantier de la réorganisation du secteur de l’électricité figure en effet parmi les priorités de Leila Benali et du gouvernement de Aziz Akhannouch. Dans la note de présentation du projet de Loi de finances 2024, on a été on ne peut plus clair : «Le gouvernement maintiendra son appui direct au profit de l’ONEE, à travers le renforcement de ses moyens financiers, dans le but de lui permettre de poursuivre la production d’électricité et d’alimenter les secteurs économiques à un tarif concurrentiel qui prend en considération le pouvoir d’achat des citoyens», lit-on dans le document.

Le gouvernement en renfort pour accompagner l’ONEE
L’appui du gouvernement ne se limitera pas au soutien financier direct. L’Exécutif accompagnera l’ONEE dans son repositionnement et sa restructuration institutionnelle, visant notamment le redressement de sa situation financière, fortement altérée suite au renchérissement des prix des combustibles et de l’énergie électrique importée depuis le dernier trimestre de 2021. «Une étude lancée par l’Office est en cours d’exécution en vue de la redéfinition du business model de cet établissement stratégique devant précéder et favoriser sa transformation en société anonyme», rappelle le gouvernement dans le rapport sur les établissements et entreprises publics.
L’objectif de cette étude est d’analyser profondément les opportunités et les défis auxquels l’ONEE est confronté et d’évaluer les options de son repositionnement stratégique compte tenu des éléments du contexte, notamment «la transition énergétique, le développement massif des énergies renouvelables, le développement de l’hydrogène vert, l’accélération de la décarbonation de l’économie, la restructuration de la distribution et le développement accéléré de la mobilisation des eaux non conventionnelles», selon le document. Autant de chantiers où l’ONEE figurera comme le principal acteur. La stratégie visionnaire de l’énergie nécessitera un ONEE restructuré, fort et beaucoup plus résilient. Un objectif tracé par l’Exécutif et qu’il devra concrétiser dans les prochains mois.

 


Une cadence d’investissements qui ne fléchit pas
Malgré ses difficultés financières, l’ONEE poursuit ses investissements. Ils ont atteint plus de 3,46 milliards de dirhams (MMDH) en 2022. À fin juin 2023, le programme d’investissement est réalisé à hauteur de 975MDH. Les prévisions en matière d’investissements pour la période 2024-2026 sont estimées à un montant global de 27,4milliards de dirhams (9,3 MMDH en 2024, 9,94MMDH en 2025 et 9,16 MMDH en 2026). Les efforts d’investissement de l’ONEE lui ont permis d’accroître notamment la puissance installée. À fin 2022, elle a atteint 11.055 MW (dont 4.154 MW en EnR) contre 10.968 MW à fin 2021, soit une variation de +0,8%. Cette légère augmentation est due à la mise en service de la 1re tranche du parc éolien de Taza de 87 MW en 2022.


C’est parti pour les sociétés régionales multiservices
Le déploiement du chantier stratégique de restructuration du secteur de la distribution a connu une avancée majeure suite à la publication, en juillet 2023, de la loi n° 83.21 relative à la création des Sociétés régionales multiservices (SRM).
Ce modèle prévoit de confier, pour chaque région, la gestion de la distribution d’eau, d’électricité et de l’assainissement liquide à une seule SRM. L’objectif est de valoriser les synergies et les complémentarités, réduire les coûts d’exploitation, maitriser la panification du développement des infrastructures, éviter les chevauchements des zones d’action et, partant, consolider les performances et la qualité des services aux usagers, souligne-t-on dans le rapport sur les établissements et entreprises publics.
Ce chantier de restructuration est prévu d’être implémenté en 2024 et 2025 en priorisant trois régions pilotes durant l’année prochaine (Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et Souss-Massa).