Affaires
Quand Marrakech retrouve ses couleurs
L’activité touristique bat son plein dans la ville ocre. En témoigne la place Jamaâ El Fna où on entend toutes les langues. L’embellie est appelée à se poursuivre. Reportage.
Dans le hall de cet hôtel, un bon signe. On fait la queue au service de l’accueil. Questionné, un lifter assure que c’est «pratiquement comme ça tous les jours». Rassurante, l’activité touristique reprend de plus belle dans la ville ocre.
À l’extérieur, il fait un temps doux en ce week-end du début de novembre dans la ville des Sept Saints. La place Jamaâ El Fna se réveille. Lentement. Il est à peine neuf heures du matin, mais déjà les troupes d’animation s’installent dans cet univers qui rassemble pratiquement toutes les notes du Royaume.
Sur les terrasses des cafés, des touristes scrutent la place, d’autres déambulent dans les ruelles avoisinantes, alors que les commerces ouvrent leurs rideaux les uns après les autres. Non loin du centre de la place, les travaux de restauration de la mosquée Kharbouch, dont le minaret a été détruit par le séisme du 8 septembre dernier, se poursuivent, tout comme dans les autres sites touchés. L’esplanade de la Koutoubia, elle, est toujours interdite d’accès.
De l’autre côté, dans les venelles menant au Mellah, partiellement atteint, les gens s’affairent à reconstruire leurs maisons. Ici, tout le monde est rassuré et rassurant quant au rythme de la reconstruction. Mais surtout du fait que le tourisme ne s’est pas affaissé comme certains opérateurs le craignaient. C’est qu’à l’exception d’un vent de panique qui a suivi le tremblement de terre, l’on a assisté à un retour progressif à la normale. Mieux encore, la semaine d’après cette catastrophe naturelle, des touristes ont voulu exprimer leur solidarité en restant, d’autres, notamment des Marocains du monde, sont venus exprès pour signifier la leur.
Tout va bien, merci !
«On dirait que c’est carrément l’inverse qui s’est produit», nous dit ce bazariste, tout en égrenant son chapelet. «Il y a de plus en plus de touristes, des locaux comme des étrangers, et les affaires marchent, Hamdoullah», enchaîne-t-il. Avec, surtout, des pics durant les week-ends.
C’est d’ailleurs ce que nous confirme ce responsable d’une unité hôtelière qui nous indique que son établissement «ne désemplit pas». «Nous sommes à 60%, voire 80% de taux de remplissage. Et c’est pareil pour les autres hôtels !», ajoute notre interlocuteur, affirmant, chemin faisant, que les services de réservations ne chôment pas. Certes, il y avait des craintes après le séisme, mais le petit vent de panique a vite cédé la place à un retour progressif à la situation d’avant.
Seul bémol, néanmoins, la guerre entre le Hamas et Israël risque de peser, du fait notamment des annulations qui ont été enregistrées du côté des Israéliens et à moindre mesure des Américains suite aux alertes émises par le département d’État, les appelant à faire preuve de vigilance, renchérit-il. Toujours est-il, rectifie notre source, quand on approche l’équation annulations-réservations, le cursus penche davantage en faveur de la case réservations ! En fait, l’un des points forts de la destination est la diversification des marchés émetteurs, avec l’effort fourni en termes de marketing qui concerne tout le Maroc, auquel il faut ajouter la multiplication des conventions signées par l’ONMT, notamment avec les transporteurs aériens.
Cela explique bien l’état d’esprit qui règne chez les habitants de la ville et plus particulièrement celles et ceux qui vivent du tourisme. Tel ce jeune chauffeur de taxi qui arbore un sourire de satisfaction quand on lui pose la question sur la situation du secteur et le train de son activité. «Tout va bien !», résume-t-il, en ajoutant que c’est la notoriété de la destination qui fait sa force d’attraction. «Et puis, étaye notre interlocuteur, il y a tous ces grands événements que Marrakech accueille, à longueur d’année, et qui renflouent son capital image».
Effet événements
Certainement, il devait y avoir présent à l’esprit les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. On s’en souvient, Marrakech était au centre de la planète finance durant la période allant du 9 au 15 octobre et les effets d’entraînement devront se traduire dans les courbes des arrivées au fil des mois. En particulier, nous dit cet hôtelier, durant la période des fêtes de fin d’année qui s’annonce prometteuse. Or, d’ici là, il faut aussi compter avec l’impact que devra avoir la tenue de la 20e édition du Festival international du film de Marrakech, prévue du 24 novembre au 2 décembre prochain. Et il n’y a qu’à suivre les récentes sorties médiatiques élogieuses du grand cinéaste américain Martin Scorsese, qui sera le parrain de la 6e édition des Ateliers de l’Atlas, pour se rendre à l’évidence de l’effet que cela pourrait avoir sur la destination.
La ville s’arrime parfaitement avec le trend haussier que connaît le nombre de visiteurs qui ont opté pour la destination Maroc. Notamment, cette explosion qu’a connue le mois de septembre avec 970.000 touristes, soit une hausse de 7% par rapport à la même période de l’année dernière. Et Marrakech, on le sait, représente pratiquement le tiers de l’activité du secteur. Selon certaines estimations, l’embellie devra se confirmer au cours des prochaines semaines et l’on se dirigerait vers un chiffre record dépassant les 13,5 millions de touristes au bout de l’exercice en cours.
Une chose est sûre, on ne va pas s’arrêter de parler du Royaume sur toutes les années à venir, grâce notamment à l’organisation de la Coupe du monde 2030, mais avant cela de la Coupe d’Afrique des nations en 2025.
Bons points
Il s’est passé quelque chose dans l’approche des chauffeurs de taxi à Marrakech. Ils sont plus sympathiques, ne font plus dans la «discrimination» entre touristes étrangers et visiteurs locaux. En termes de frais de la course, ils se fient au compteur. Les commerçants aussi semblent, eux aussi, avoir changé d’approche. En effet, les prix, affichés chez certains, sont plutôt corrects et on est loin du topo qui donnait une mauvaise réputation à la destination. Pour les vendeurs des jus, ils restent fidèles à l’affichage des prix.
Un autre aspect et non des moindres, la propreté de la ville. Il paraît qu’il y a un vrai effort consenti de la part des autorités de Marrakech. Visiblement, les préparatifs pour la tenue des Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods sont passés par là. Pourvu que ça dure !
