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Projet nucléaire marocain, une ambition de plusieurs décennies

Au Maroc, l’intérêt a été porté sur l’uranium et l’énergie nucléaire depuis les années 1940. Des études ont été lancées depuis le début des années 80 pour la construction d’une centrale nucléaire. Aujourd’hui, ayant changé de démarche, le Royaume est tout près de son but.

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Les ambitions nucléaires du Maroc ne datent pas d’aujourd’hui. C’est une longue histoire, au sens propre du terme. Pendant les années 40 du siècle dernier, des missions d’exploration de l’uranium ont été menées au Maroc, mais sans résultats concluants.

En 1953, la Société marocaine de recherches et d’exploitations minières (Somarem), dédiée à cette activité, a été créée. La mine d’Azegour, située dans la province d’Al-Haouz, exploitée dans ce cadre sous le protectorat français, a déjà produit environ 120 tonnes d’uranium en tant que sous-produit. Aujourd’hui, ce site attire de nouveau l’attention, notamment dans le cadre d’un partenariat avec des opérateurs internationaux.

Après l’arrêt de production de cette mine, le Maroc s’est tourné vers une autre ressource, les phosphates, toujours en exploitant l’uranium comme produit secondaire. C’est ainsi que l’entreprise de phosphate Prayon, basée en Belgique et détenue conjointement par l’OCP et Wallonie Entreprendre, a récupéré environ 690 tonnes d’uranium à partir de roches phosphatées marocaines entre 1975 et 1999.

À cause de la chute des prix, la production n’était plus commercialement rentable. En effet, l’uranium s’échangeait entre 8 et 12 dollars la livre de janvier 1989 à décembre 1995, puis de mai 1997 à juillet 2003. Le coût de production était alors entre 10 et 55 dollars la livre.

Actuellement, l’activité devient à nouveau intéressante. La livre se négocie à un peu moins de 70 dollars, alors que le coût de production du yellowcake à partir de l’acide phosphorique se situe entre 44 et 61 dollars la livre, avec une tendance à la baisse à mesure que la technologie d’extraction évolue.

En parallèle avec son programme d’exploration et d’extraction du minerai, le Maroc nourrissait une ambition, somme toute légitime, de se doter de la technologie nucléaire civile pour la production de l’électricité. Après l’Indépendance, dans les années 1960, le Royaume a tenté d’acquérir un réacteur nucléaire avec l’assistance américaine dans le cadre du programme «Atoms for Peace».

Cependant, ces négociations n’ont pas abouti en raison des conditions technologiques et géopolitiques de l’époque. Rappelons qu’à la même époque, la base américaine de Kénitra a été effectivement fermée et évacuée par l’armée américaine. Son évacuation, ainsi que celle des autres bases américaines au Maroc, s’est achevée en 1963.

Changement d’approche
Toujours est-il, en 1984, date de création du Centre national de l’énergie des sciences et techniques nucléaires (Cnesten), dans le cadre de la mise en place de structures nécessaires à la réalisation du programme électronucléaire national, le Maroc avait lancé des études de faisabilité et de choix du site de la première centrale nucléaire.

La région de Sidi Boulbra, située sur la côte atlantique entre Safi et Essaouira, a été identifiée comme un site prometteur pour une centrale nucléaire depuis cette date. Des études de faisabilité menées plus tard en 1994 et réaffirmées entre 2002 et 2005 ont validé la viabilité technique, économique et sécuritaire du projet. Le Royaume projetait de se doter de sa centrale en 2020.

Entre-temps, le Maroc a pu se doter d’un réacteur de recherche, le MA-R1 TRIGA, situé au Cnesten à Maâmoura. Ce réacteur expérimental de 2 MW, construit entre 2004 et 2006 avec le soutien de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et un transfert de technologie de la France et des États-Unis, constitue une installation vitale.

Il emploie environ 260 personnes, dont des ingénieurs et des chercheurs, et a fourni au Maroc une base technique et scientifique cruciale nécessaire à sa transition vers une centrale de production à grande échelle.

Cette approche d’apprentissage par la pratique, à travers des installations de recherche, «constitue une étape fondamentale pour toute nation aspirant à développer un programme nucléaire civil robuste, réduisant ainsi la dépendance future de l’expertise externe pour l’exploitation et la maintenance», est-il souligné dans différents rapports traitant du sujet.

Cette orientation vers le renforcement des capacités internes indique que «le Maroc privilégie l’autonomie et le développement d’un écosystème nucléaire local». Nous l’avons vu, c’est une démarche qu’il a adoptée pour les EnR, la mobilité verte, l’hydrogène vert, l’industrie ferroviaire, l’industrie militaire et l’industrie pharmaceutique, entre autres.

Une démarche qui influencera sans doute son choix de partenaires internationaux. Il favorisera certainement ceux qui proposent des transferts de technologie significatifs, des programmes de recherche conjoints et des initiatives de formation complètes, plutôt que de simples solutions clés en main.


Une technologie déjà dominée
L’utilisation d’applications nucléaires pacifiques au niveau national ne cesse d’augmenter considérablement dans divers secteurs économiques et sociaux. Ces applications sont utilisées à des fins médicales, industrielles, agricoles, de recherche, d’hydrologie, minières et même de surveillance de la sécurité.

En voici des exemples :
Santé publique : diagnostic radiologique nucléaire, en médecine nucléaire et en radiothérapie ;
Industrie : appareils d’imagerie gamma, de mesures et de détection radiologique ;
Agriculture : gestion durable des ressources naturelles, évaluation de l’érosion et de l’efficacité des pratiques de conservation des sols, utilisation efficace de l’eau d’irrigation et des engrais, sécurité alimentaire ;
Surveillance de la sécurité : contrôles douaniers, contrôle des bagages.
Éducation et recherche scientifique : activités de recherche scientifique qui utilisent les rayons X, la diffraction, la spectrométrie, le générateur de rayons X et de nombreuses sources radioactives à faible activité.
L’eau : à travers des programmes d’investigation et d’études liés aux ressources en eau. Ces techniques d’hydrologie radio-isotopique permettent de renseigner sur l’âge de l’eau (renouvelable ou fossile), les mécanismes de remplissage et la circulation des nappes, l’origine de la salinité des nappes phréatiques, l’efficacité du remplissage artificiel de ces nappes, la qualité de l’eau et l’origine des sources de pollution.