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Pneus, jantes, câbles d’acier… Zoom sur un écosystème grandissant
Deux géants chinois, en l’occurrence Sentury Tire et Shandong Yongsheng, permettront bientôt au Maroc d’avoir une capacité de production annuelle de 30 millions de pneus. Éclairage sur la chaîne de valeur de la roue.
Durant ces deux dernières décennies, le Maroc, qui s’est employé à faire de l’automobile une locomotive de l’essor industriel, a réussi à bâtir un large écosystème de production de véhicules particuliers (VP).
Ce pari stratégique a porté ses fruits, puisque le Royaume revendique aujourd’hui un taux d’intégration oscillant entre 65 et 70%, avec à la clé une capacité de production annuelle de près d’un million de véhicules, répartie entre deux constructeurs, en l’occurrence le Groupe Renault et Stellantis.
À l’évidence, l’accroissement continu de la capacité de production automobile au niveau national, facilité par l’élargissement de l’écosystème, a permis à l’industrie automobile, d’atteindre une taille critique à même d’attirer une grappe de fournisseurs de rang1, dont des grands fabricants de jantes et de pneus. D’ailleurs, pas plus tard que le vendredi
23 janvier, la zone industrielle de Betoya, à proximité du Port Nador West Med, a abrité le lancement des travaux de la nouvelle usine de fabrication de pneus du chinois Shandong Yongsheng.
Cette bonne nouvelle pour l’industrie automobile (un des principaux piliers des exportations marocaines), légitime amplement l’exercice consistant à faire le point sur la production nationale d’éléments cardinaux formant la roue, notamment le pneu et la jante. Un tel exercice est d’autant plus utile que le pays ambitionne de porter le taux d’intégration à 80% à l’horizon 2030.
Sentury Tire, le pionnier
Aujourd’hui, il est quasiment impossible de faire l’état des lieux de la production de pneus à l’échelle nationale sans évoquer Sentury Tire. Et pour cause, le géant chinois a investi pas moins de 493 millions de dollars dans une unité industrielle à Tanger Tech, opérationnelle depuis septembre 2024.
Cette usine, qui exporte des pneus «made in Morocco» vers les marchés les plus exigeants pour ne citer que les États-Unis et l’Europe, dispose d’une capacité annuelle de 12 millions de pneus radiaux haute performance (pour voitures et camionnettes). Notons que la manufacture tangéroise est tournée vers l’export, en plus de sa vocation d’approvisionner le marché local.
Pour rappel, la phase 1 du projet a été lancée durant l’été 2023, pour un investissement de 300 millions de dollars, avec à la clé une capacité de 6 millions de pneus par an. Pour sa part, la deuxième phase a mobilisé un investissement de 193 millions de dollars.
Shandong Yongsheng en renfort
Comme indiqué plus haut, le lancement des travaux de la nouvelle usine de fabrication de pneus du chinois Shandong Yongsheng, à Tanger, sonne comme une révolution pour l’écosystème du pneumatique en cours de consolidation dans le Royaume.
Implantée sur une superficie globale d’environ 52 hectares dans la zone industrielle de Betoya (à proximité du Port Nador West Med), la nouvelle usine du chinois Shandong Yongsheng devrait générer 1.737 emplois directs. Doté d’une capacité de production pouvant atteindre 18 millions de pneus par an (supérieure à celle de Sentury Tire), le futur complexe industriel sera la plus grande unité de production de pneus en Afrique.
Le projet porté par le groupe chinois Shandong Yongsheng Rubber, à travers sa filiale locale Goldensun Tire Morocco, mobilisera un volume d’investissement de près de 6,7 MMDH. C’est dire l’ampleur du projet industriel à haute valeur ajoutée.
Au registre purement stratégique, pour ce qui est de l’écosystème national, précisons que le projet du géant chinois bénéficiant d’un positionnement stratégique (à proximité du Port Nador West Med) offre une ouverture directe sur les marchés européen et africain.
L’unité industrielle, qui sera opérationnelle dès l’année prochaine, a également pour vocation de contribuer au transfert de technologies, au développement de la recherche et de l’innovation industrielle. Et ce, grâce à la mise en place d’unités de R&D dédiées.
Il convient de garder à l’esprit que les unités industrielles de Sentury Tire et de Shandong Yongsheng doteront bientôt le Maroc d’une capacité de production de près de 30 millions de pneus par an.
Sachant qu’un autre acteur de l’Empire du Milieu, séduit par l’écosystème automobile, a fait une annonce de taille en début de janvier. Il s’agit de Guizhou Tyre, l’une des 10 plus grandes sociétés de pneus en Chine et l’un des principaux producteurs mondiaux.
Le troisième acteur chinois
Suite à l’approbation de son conseil d’administration, l’industriel chinois Guizhou Tyre, fondé en 1958, investira près de 298 millions de dollars (soit près de 3 MMDH) pour l’édification de son projet de construction d’une usine intelligente de pneumatiques radiaux semi-acier d’une capacité de 6 millions d’unités au Maroc.
Selon les informations publiques, l’usine de Guizhou Tyre de Tanger Tech, qui s’inscrit dans une logique d‘optimisation de production mondiale et de renforcement de la compétitivité du groupe chinois, devrait réaliser un chiffre d’affaires annuel de 182,5 millions de dollars et un bénéfice de l’ordre de 40,8 millions de dollars.
En clair, cette future unité industrielle est appelée à renforcer la force de frappe de Guizhou Tyre, notamment sur les marchés européen et d’Amérique du Nord. Il importe de souligner que pour l’heure, la date d’opération de l’usine marocaine de l’industriel chinois n’est pas encore connue.
Un nouveau maillon
Au-delà de l’accroissement de la capacité de production de pneus dans le Royaume et de l’envergure des acteurs internationaux en présence, on assiste également à l’émergence de nouveaux maillons de la chaîne de valeur pneumatique au Maroc.
Pour preuve, Shandong Daye, spécialisée dans la production de fils d’acier pour pneus, a rejoint le tissu pneumatique de la «Perle du Nord» en avril 2025. En cela, l’industriel a annoncé la construction d’une usine spécialisée dans la production de fils de tringle et de câbles d’acier pour pneus.
Le projet piloté par la filiale Daye Morocco mobilisera plus de 1 MMDH d’investissements. Selon les informations publiques, ce projet hautement névralgique pour l’écosystème de la production de pneumatiques sera réalisé en deux phases.
La première permettra la fabrication annuelle de 40.000 tonnes de fils pour talons de pneus et 40.000 tonnes de câbles en acier, tandis que la seconde phase portera la production à 60.000 tonnes par an pour les deux produits.
Au chapitre des maillons de la chaîne de valeur de la roue, rappelons que le Maroc est présent sur le segment de la production de jantes en aluminium.
Grâce au chinois Citic Dicastal disposant de trois unités industrielles au niveau national, le Royaume est doté d’une capacité de production de 6 millions de jantes en aluminium par an à Kénitra (Atlantic Free Zone).
Les jantes made in Morocco sont exportées en grande majorité vers l’Europe et le pays de l’Oncle Sam. Les deux unités de production de jantes de Citic Dicastal, qui emploient près de 1.400 collaborateurs au Maroc, ont mobilisé un investissement global de 350 MDH.
Ce qui séduit les majors internationaux
Il est pertinent d’aborder les facteurs d’attractivité du Royaume aux yeux des grands acteurs de l’écosystème de la roue (pneus, jantes, câbles d’acier, fils pour talons de pneus…).
Aujourd’hui, force est d’admettre que dans un contexte international foncièrement marqué par la guerre commerciale déclenchée par les Etats Unis et les barrières commerciales et écologiques de l’UE (taxe carbone), le Maroc se positionne comme une destination de premier choix pour les industriels chinois, s’inscrivant dans une dynamique de relocalisation stratégique de leurs immenses capacités de production.
Ainsi, en faisant le choix de s’implanter au Maroc, devenu une plateforme industrielle mature, ils tirent profit des multiples accords de libre-échange (USA, UE, Afrique..), de la proximité avec l’Europe, de l’existence d’infrastructures de classe mondiale (ports, aéroports, autoroutes, zones industrielles) et de la disponibilité de l’énergie renouvelable à un prix compétitif. À cela s’ajoute l’amélioration continue du climat des affaires.